Panel petite section 2021 : qu'en pense la recherche ?

« De ce point de vue de l’acquisition de connaissances fondamentales concernant des sous-domaines, leur évolution, leurs interactions, il est très important d’avoir un suivi de cohorte qui commence très tôt, dès l’entrée à l’école maternelle. », Michel Fayol, Professeur émérite en psychologie cognitive des apprentissages et du développement.

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En quoi la mise en place d’un panel peut-elle servir d’outil de connaissance ?

"Je crois que la réponse à cette question tient en deux points. Le premier point concerne l’apprentissage, le développement de connaissances générales ayant trait à l’évolution. L’évolution de domaines qui peuvent être complexes, celui du langage, celui des mathématiques, celui de l’espace, etc., pour lesquels on dispose en France de très peu d’études longitudinales. Nous en avons deux actuellement : la cohorte ELFE et la cohorte EPIPAGE. Ce sont des cohortes qui suivent les enfants depuis la naissance et pendant un certain temps. Il est important d’avoir une cohorte spécifique qui s’intéresse aux apprentissages et qui les suive. De ce point de vue de l’acquisition de connaissances fondamentales concernant des sous-domaines, leur évolution, leurs interactions, il est très important d’avoir un suivi de cohorte qui commence très tôt, dès l’entrée à l’école maternelle. Ça, c’est le premier point.

Le deuxième point concerne l’intérêt pour le système éducatif c’est-à-dire pas seulement pour les connaissances générales du développement des apprentissages. Le système éducatif est un système dans lequel on a installé des programmes, des curricula, des séries d'exercices et il est important que celui-ci ; le système éducatif, puisse mettre en relation l’évolution des performances, l’évolution des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être en relation avec ce qu’on croit à un certain moment être susceptible de constituer des programmes, des curricula, des types d’activités, des types d’exercices. Et de ce point de vue-là, c’est quelque chose qui nous manque. Nous avons eu peu de panels visant à suivre l’évolution des performances dans des sous-domaines comme pour le français, on pourrait l’avoir pour le dessin, pour la musique, pour l’éducation physique. Donc suivre l’évolution des performances et mettre en relation cette évolution avec les curricula et les programmes, c’est à la fois chercher un peu plus de réalisme et en même temps se demander quelles ambitions on peut avoir pour les apprentissages chez les enfants."

Pourquoi observer les compétences mathématiques des élèves dès la petite section de classe maternelle ?

"Peut-être, pour comprendre, il faut se replacer dans la situation qui  a été la nôtre il y a trois ou quatre décennies. Alors, certes, la scolarité n’était pas obligatoire à trois ans même si elle était déjà partielle. Il était apparu très tôt que le facteur le plus important pour comprendre les différences interindividuelles et l’évolution de ces différences, c’était le langage. Et donc on a pendant très longtemps pensé que le langage était finalement le seul concerné par ces différences interindividuelles. Depuis deux décennies essentiellement, dans l’occident en général, on a commencé à s’intéresser, souvent parce que les performances des élèves à des âges ultérieurs n’étaient pas très bonnes, on a commencé à s’intéresser aux performances appelons-les « arithmétiques », « mathématiques » est peut-être un très grand mot. Et évidemment, plus on a avancé, plus on a cherché à regarder l’état de ces performances chez les enfants jeunes. Et à la surprise des chercheurs, il est apparu que les différences interindividuelles étaient extrêmement fortes, y compris chez les enfants très jeunes, deux ans et demi, trois ans, cinq ans. Et c’était un défi que d’observer ces différences interindividuelles sachant qu’on ne savait pas très bien à quoi les attribuer.

Le deuxième point peut-être est qu’on sait que les performances dans un sous-domaine donné sont très fortement prédites, à un moment « t » par les performances dans le même sous-domaine à un moment « t-1 ». Autrement dit, ce que l’on sait, ce que l’on sait faire dans un domaine permet de prédire ce qu’on saura faire ultérieurement à plus ou moins brève échéance. Et dans le domaine des mathématiques c’est particulièrement vrai parce qu’on peut métaphoriquement se représenter les mathématiques comme une sorte d’escalier, et gravir cet escalier suppose que chacune des marches soit solidement assurée, en tout cas le plus solidement possible. Et donc l’importance de la mise en place d’une détection précoce des difficultés ou bien des capacités supérieures, car les deux volets sont possibles, est importante dans la mesure où elle permet de repérer très vite, très tôt, des difficultés qui peuvent être, je vais y venir, spécifiques de certains sous-domaines."

Mise à jour : novembre 2021