Covid19 - Tribune des ministres de l’éducation de France et de Finlande

Ce dont l'Europe a besoin maintenant, c'est d'investir dans l'avenir. En investissant dans l'éducation dès le plus jeune âge : la tribune des ministres de l’Education de France et de Finlande face à la crise du coronavirus-covid19.

Nous n'avons pas encore de vaccin contre la Covid-19 mais nous disposons d'un puissant remède à la crise du coronavirus.

Depuis plusieurs mois, l’Europe, comme le monde entier, est touchée par une épidémie d’une ampleur inédite. Cette nouvelle crise nous a amené à nous adapter à une transformation soudaine de notre façon de vivre, d'agir et de travailler sans précédent dans notre histoire.

À l’évidence, l’infléchissement durable de la courbe épidémique et l’éradication définitive de ce virus ne seront possibles qu’en adoptant des solutions mondiales, c’est-à-dire en construisant de nouvelles solidarités européennes et internationales. Pour protéger des vies humaines, la priorité absolue de nos pays a été de garantir le bon fonctionnement de nos systèmes de santé. et nous avons réussi dans cette tâche. Alors que nous continuons à combattre le virus, nous devons commencer à construire une trajectoire durable de sortie de crise. Bien que nous ne disposions pas encore d'un vaccin contre le Covid-19, nous possédons le plus grand remède contre la catastrophe sociétale provoquée par la crise : l'éducation et la formation. L'égalité d'accès à une éducation et une formation de qualité signifie l'égalité des chances, la capacité d'innovation, la croissance économique et des citoyens informés.

La crise exerce une pression énorme sur nos sociétés et nos économies. Pour que les sociétés européennes aient la résilience nécessaire à une reprise durable et rapide, nous devons investir dans nos citoyens : nous avons besoin d'un plan de relance qui place l'éducation et la formation au cœur des priorités. Alors que la plupart des écoles ont fermé leurs portes ce printemps, nos élèves ont malgré tout continué à apprendre et à travailler grâce à la motivation de nos professeurs hautement qualifiés. Partout en Europe de nouvelles méthodes d'apprentissage, de communication, de travail et de collaboration se sont développées. Si l’enseignement à distance, les ressources numériques et les salles de classe virtuelles étaient déjà utilisés avant la crise, ils ne l’avaient jamais été à une telle échelle. Le saut numérique provoqué par la crise crée une opportunité pour une transformation numérique plus durable après la crise.

Les nouveaux usages numériques développés durant cette période particulière sont ainsi une occasion extraordinaire de nous doter d’une véritable stratégie numérique éducative qui peut nous aider à réussir davantage encore, dans le nouvel environnement mondial de plus en plus caractérisé par des facteurs tels que l'IA, l'évolution technologique et la juste transition vers un monde neutre en carbone. Nous devons construire un avenir où les progrès technologiques s’accompagneront d'une amélioration du bien-être humain. L’humain ne sera pas remplacé par la machine. Il la maîtrisera. 

Pour réussir cela, la formation des professeurs pour et par le numérique est un préalable indispensable. Nous devons également accompagner avec volontarisme la filière du numérique éducatif, en veillant au respect le plus strict des règles de protection des données des utilisateurs.  

Au moment où il faut investir fortement dans l'éducation et les citoyens européens, la création d'un véritable espace européen de l'éducation est une question de plus en plus pressante. Ainsi, le développement de la mobilité européenne de nos professeurs, de nos étudiants et de nos élèves doit être poursuivi et amplifié. Le programme Erasmus+ est l'une des grandes réussites de l’Europe et de la construction d’une citoyenneté européenne. Etudier, travailler, vivre dans un autre pays européen est une chance et nous devons la préserver. 

Enfin, la soutenabilité à long terme de nos systèmes éducatifs est conditionnée aux objectifs écologiques ambitieux que nous devons nous donner dès à présent. L’éducation doit jouer un rôle majeur dans la transition vers des sociétés neutres en carbone.

Tous ces enjeux doivent se traduire dans la stratégie future de l’espace européen de l’éducation ainsi que dans le Plan d'action pour l'éducation numérique et dans l’Agenda pour une Europe verte. 

Étape par étape, l'Europe relancera son économie et se redressera. Outre les conséquences de la crise, nous devrons faire face aux effets du changement climatique, à l'évolution technologique rapide et aux défis démographiques. Quoi de mieux pour garantir une reprise rapide qu’un plan dédié pour traiter ces défis. Il nous faut investir davantage dans le domaine de l’éducation, en appui aux collectivités locales, pour le changement écologique de tous nos équipements scolaires et pour assurer de bonnes conditions de travail à nos professeurs. 

L'importance du capital humain sera encore plus évidente en période de reprise. L'Europe ne se redressera pas par l'austérité, la modération salariale et d'autres politiques économiques rigoureuses qui affaiblissent notre foi en l'avenir. Ce dont l'Europe a aujourd’hui besoin, c’est d’investissements pour l'avenir. En investissant dans l'éducation dès le plus jeune âge, dans l’acquisition des savoirs fondamentaux, dans les sciences et la culture, nous avons à cœur de montrer que des temps meilleurs viendront après la crise, et que nos gouvernements et l'UE feront tout ce qui est en leur pouvoir pour reconstruire notre continent et améliorer le modèle social unique qui est le nôtre. 
 

Mise à jour : mai 2020