Mission relative à l’évaluation de la mise en œuvre du double projet des sportifs de haut niveau et des sportifs en centres de formation des clubs professionnels
IGJS
Pour une grande majorité de familles la réussite professionnelle de leurs enfants ne peut être sacrifiée à une carrière sportive, fusse-t-elle de haut niveau, avec tous ses aléas et l’horizon d’un retour à la grisaille d’une vie ordinaire.
La France a été pionnière en plaçant la démarche du double projet sportif et professionnel au cœur de sa politique du sport de haut niveau. Mais aujourd’hui les modalités, plus que les principes, d’application de cette politique se concilient moins naturellement avec le corpus de la préparation sportive et avec l’ambition rehaussée de réussite sociale.
Dans la plupart des disciplines sportives, la préparation au haut niveau exige en effet une programmation biquotidienne des séances de travail qui s’étalent sur toute l’année ainsi qu’une mobilité des sportifs à l’échelle de la planète.
Pour une grande majorité de familles la réussite professionnelle de leurs enfants ne peut être sacrifiée à une carrière sportive, fusse-t-elle de haut niveau, avec tous ses aléas et l’horizon d’un retour à la grisaille d’une vie ordinaire. Aussi, la poursuite de formations post-bac et plus encore universitaires, permettant d’accéder à des fonctions qualifiées et de responsabilité, est devenue l’enjeu de la politique du double projet.
Ces enjeux réévalués entraînent cinq conséquences principales.
La première conséquence est que le sportif soit mis en devoir, dès son inscription sur une liste de haut niveau ou la signature d’une convention de formation, de se préoccuper de son avenir à court, moyen et long terme, en se fixant des objectifs révisables aussi bien au plan sportif qu’aux plans scolaires, universitaires et professionnels, et que trace soit gardée de cet itinéraire jalonné. Un livret du sportif d’excellence serait donc ouvert et régulièrement actualisé sous la responsabilité initiale et finale de la fédération d’appartenance. Il constituerait un volet de la base de données du sport de haut niveau dont la maintenance est assurée par la direction des sports.
La seconde est que partout où est organisée la préparation de sportifs de haut niveau et d’apprentis professionnels poursuivant leur scolarité secondaire, ce soit le système de formation scolaire qui s’intègre désormais au système de préparation sportive et non l’inverse. Cela implique que les emplois du temps scolaires soient bâtis autour des emplois du temps sportifs et que soit adoptée une pédagogie participative et individualisée, affranchie de toute obligation horaire, soumise à la seule nécessité de respecter des programmes et de conduire au succès. Cette nouvelle pédagogie requiert une diversification des modes d’intervention auprès des élèves dans une démarche, à priori, voisine de celle qui préside à la réflexion engagée par le ministre de l’éducation nationale sur le métier d’enseignant. Aussi les établissements du ministère chargé des sports et certains pôles isolés peuvent-ils constituer de bons terrains pour expérimenter cette nouvelle pédagogie, dans un travail en réseau autour de l’INSEP.
La troisième conséquence est que le sportif d’excellence soit traité dans toute la singularité de son état et qu’il ne lui soit pas imposé de vivre deux vies en une seule, celle de tous les élèves de son âge et celle d’un sportif de haut niveau. Son environnement matériel doit éliminer les sources de fatigue parasite, de temps gaspillé et de stress ajouté, avec le choix, chaque fois que cela est nécessaire, d’une localisation de la scolarisation au sein de l’établissement sportif, et avec une offre de lieux d’hébergement, de travail scolaire personnel, de repos et de détente, adaptés et laissés à son usage exclusif pendant toutes les années où il fréquente l’établissement.
La quatrième conséquence est que l’offre de régimes de formations post bac, universitaires et professionnelles, conçus pour les sportifs de haut niveau et apprentis professionnels, soit considérablement développée, inspirée de certaines initiatives repérées pour leur pertinence, et portée par le mouvement tectonique de la révolution digitale. Une démarche conjointe des ministres chargés des sports et de l’enseignement supérieur devrait avoir pour objet de susciter de telles propositions.
La dernière conséquence est que les outils de soutien financier et d’aide à l’insertion professionnelle des sportifs de haut niveau soient repensés pour articuler autant que faire se peut les deux objectifs que sont l’insertion professionnelle à long terme dans des métiers épanouissants et la dotation en moyens d’existence à court terme. En complément du dispositif CIP-CAE, qui serait réservé aux sportifs de haut niveau en fin de carrière pour gérer la transition vers l’emploi, le contrat de parrainage du sportif de haut niveau (CPSHN) permettrait à une entreprise ou une administration de procurer des ressources à un sportif en contrepartie d’une préparation de son intégration à terme dans l’entreprise et d’une participation aux temps forts de l’activité de son futur employeur. Ce nouvel outil devrait être accompagné d’une stratégie cohérente d’association des milieux économiques, mais également des collectivités locales, aux évènements qui jalonnent l’activité sportive nationale et internationale.
L’ensemble de ces propositions a pour effet d’accentuer la différence de traitement entre les sportifs de haut niveau ou apprentis professionnels et les autres catégories de sportifs identifiés dans les stratégies d’excellence des fédérations sportives. Aussi il était utile de revoir le tracé distinguant ces différentes populations, en redéfinissant les règles de qualification des pôles France Jeunes et les critères d’inscription sur les listes de haut niveau qui en sont la conséquence, en s’interrogeant également sur l’intérêt du maintien de listes d’Espoirs.
Enfin, les investissements importants à consentir dans les infrastructures de préparation des sportifs reposeront très probablement à l’avenir sur des partenariats Etat-collectivités territoriales, dont la visibilité à long terme doit être assurée. Aussi il est essentiel que le paysage des pôles soit stabilisé et donc que la reconnaissance des structures soit délivrée pour une longue durée, rompant ainsi avec une logique de labellisation à laquelle il est proposé de substituer une compétence de qualification définie par la loi.
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