La revue de l'inspection générale

numéro 5 - octobre 2008

Les inspections générales de l’Éducation nationale, comme les autres corps d’inspection générale, sont confrontées à des évolutions profondes de l’environnement dans lequel elles interviennent. Les modalités d’action de l’État se modifient inéluctablement, sous l’effet conjugué de difficultés financières durables, d’une exigence croissante des usagers et d’un partage de compétences avec les collectivités locales qui n’a probablement pas encore atteint son point d’équilibre. De ce fait, les inspections générales sont conduites à changer, mais ont aussi un rôle à jouer pour accompagner ces changements.

Le service public de l’éducation, sur la qualité duquel elles ont mission de veiller, connaît également de rapides et irréversibles mutations, qui affectent autant les modalités de gestion du système éducatif que le coeur de l’enseignement lui-même.

Une première évolution est le souci croissant des usagers et des gouvernements pour la performance des services publics, auquel les systèmes de formation et de recherche ne sauraient se soustraire. Cette préoccupation est en permanence alimentée par les nouvelles procédures budgétaires nationales, les analyses comparatives européennes ou encore les classements internationaux. Elle concerne à la fois l’efficacité de l’enseignement et l’efficience de la gouvernance du système, c'est-à-dire les résultats ainsi que les coûts de l’École. En quoi les inspections générales ont-elles fait évoluer leurs pratiques pour contribuer à faciliter ou à orienter ces évolutions en cours ?

Une deuxième évolution est la tendance continue en faveur d’une plus grande autonomie des unités de base du système, qui conduit à développer des pratiques de gestion et des outils de pilotage nouveaux. Comment les inspections générales tiennent-elles compte de ces exigences ? Quel rôle jouent-elles auprès des établissements scolaires, des rectorats, des universités ou bien du ministère ?

Étant donné l’actualité et l’importance de ces problématiques, nous avons voulu leur consacrer ce numéro de la Revue de l’inspection générale. Notre propos est, d’abord, d’inscrire la question dans le contexte général de la réforme de l’État et des nouvelles formes des politiques publiques. Il est ensuite de mieux faire connaître ce qui «bouge» à l’inspection générale, pour répondre aux évolutions en cours et parfois anticiper sur les évolutions à venir : l’autonomie croissante des universités, le rôle nouveau des agences, les outils du dialogue de gestion avec les académies, l’impératif de repenser l’évaluation des performances du système d’enseignement à partir de celle des acquis des élèves, l’efficacité de dispositifs nouveaux tels, par exemple, que les réseaux ambition réussite.
Enfin, il est, en profitant notamment de l’éclairage apporté par d’autres inspections à l’étranger, de réfléchir à l’avenir des inspections générales et aux changements à apporter à leur rôle et à leurs fonctions. Nous espérons que les articles réunis ici contribueront à en frayer le chemin.
 

Thierry Bossard
Chef du service de l'inspection générale
de l'administration de l'Éducation nationale
et de la Recherche
François Perret
Doyen de l'inspection générale
de l'Éducation nationale

 

Ce numéro a été coordonné par Anne-Marie Bardi, inspectrice générale de l’Éducation nationale
et Françoise Mallet, inspectrice générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche.

Réforme de l‘État et mutation de l‘inspection générale de l’Éducation nationale

Christian Merlin, inspecteur général de l’Éducation nationale
Ancien recteur des académies de La Réunion et de Toulouse

Depuis une trentaine d’années, la « réforme de l’État » a pu, non sans raison, apparaître comme un thème répétitif et assez formel, figure emblématique du discours politique, sans que son impact ait fait évoluer l’action administrative de manière très perceptible. Immobilisme ? Il est plus juste d’évoquer un mélange d’immobilisme, de changement et de réforme, qui caractérise autant l’Éducation nationale que d’autres secteurs de l’action de l’État.

Politiques publiques et évaluation

Bernard Dizambourg, inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche
Les derniers mois ont été marqués par une intense activité dans le domaine de l’évaluation des politiques publiques. Succédant aux audits de modernisation, la révision générale des politiques publiques (RGPP) a certainement amplifié les effets de ces derniers sur l’action des administrations de l’État, mais aussi dans le champ particulier d’activité que représente l’évaluation des politiques publiques. Par la simultanéité des thématiques abordées (l’ensemble des ministères et des politiques publiques), par l’importance des équipes mobilisées et la composition de celles-ci (en particulier une présence très forte des cabinets de consultants), cet exercice a vraisemblablement transformé le paysage de l’évaluation des politiques. Il a aussi induit des interrogations dans les organisations qui considèrent que l’évaluation est leur métier premier et éventuellement leurmétier d’avenir par rapport à celui du strict contrôle, à savoir les corps d’inspection.

La France et l’Europe - Retour d’Edimbourg...

Françoise Mallet, inspectrice générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche
Le déroulement d’un séminaire européen constitue un bon révélateur des spécificités françaises. La Standing International Conference of Inspectorates (SICI) est une association regroupant les inspections scolaires d’une vingtaine de pays européens. Elle a pour objectif de favoriser des échanges de réflexions et de bonnes pratiques entre les inspecteurs des pays membres. Elle organisait en juin dernier une conférence à Edimbourg sur le thème suivant : « Nouvelles approches de l’évaluation des établissements scolaires et formation professionnelle des inspecteurs ».

Inspecteurs généraux et savoirs sur l‘École : l’urgence d’un nouveau positionnement

Roger-François Gauthier, Inspecteur général de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche
Longtemps, les connaissances sur l’École n’eurent guère qu’un seul «client», qui était l’État, et un seul fournisseur, qui était encore l’État. Désormais, il y a et il y aura des clients plus nombreux : usagers, organisations internationales, collectivités locales, pilotes des différents niveaux et même acteurs des établissements scolaires, lorsque ceux-ci entreront dans des perspectives d’autoévaluation. Il y a et il y aura aussi des fournisseurs plus divers, variant selon le produit commandé: savoirs des différentes disciplines (notamment les sciences humaines) ou synthèses empruntant à divers champs ; savoirs plutôt spéculatifs ou plutôt orientés vers la recherche de l’efficacité; savoirs issus de connaissances de terrain ou informés des expériences étrangères; savoirs dont l’accès est public ou limité à ceux qui en financeront la production etc.

Les audits d’université dans le cadre de la Loi L.R.U. : un tournant pour l‘I.G.A.E.N.R. dans l‘enseignement supérieur

Pascal Aimé, inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche
La loi L.R.U.: une étape décisive pour rapprocher les universités françaises des standards internationaux. La loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (L.R.U.) introduit des changements majeurs dans le fonctionnement des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (E.P.S.C.P.), qu’il s’agisse de leur mode de gouvernance, avec le resserrement de la composition de leur conseil d’administration ; du nouveaumode d’élection des présidents d’université et du renforcement de leur pouvoir ; de l’adoption d’un nouveau régime budgétaire et financier; de la modification profonde des modes de recrutement des enseignants-chercheurs et, au-delà, d'une plus grande autonomie en matière de gestion des ressources humaines (modulation des services d’enseignement, recrutement d’enseignants-chercheurs contractuels, primes et dispositifs d’intéressement) ou enfin de l’allègement des procédures en matière de prise de participation ou de création de filiales et de fondations universitaires.

De la fonction au métier : une professionnalisation croissante

Alain Dulot, inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche
Longtemps, l’inspection générale a pu paraître extérieure, voire réfractaire à la notion d’évolution. Sa mission même de contrôle, consistant à vérifier la bonne application de la norme, tendait à faire d’elle davantage un frein au changement qu’un accélérateur. Tout est devenu différent dès lors qu’elle a débordé cette seule mission de contrôle pour entrer dans l’ère de l’évaluation. Mais sur ce terrain-là, l’inspection générale n’est pas seule et se trouve confrontée à de nouveaux défis.

L‘inspection générale de l‘Éducation nationale et les violences scolaires en 1979 : les leçons à tirer du passé

Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale
Cet article peut sembler éloigné du thème que l’inspection générale a choisi de traiter dans la présente livraison de sa revue. Pourquoi en effet revenir sur un travail effectué il y a trente ans alors qu’il n’est pas demandé ici aux inspections générales de se pencher sur leur passémais de se projeter dans l’avenir, « de changer pour accompagner le  changement » ? Si l’on veut bien accepter l’idée qu’il est sans doute utile d’entretenir la mémoire des travaux de réflexion conduits dans un passé relativement proche pour éclairer les ministres et accompagner efficacement les politiques scolaires d’aujourd’hui, nous pensons au contraire être au coeur du sujet.

L‘IGEN et les évolutions récentes de l‘enseignement des langues vivantes en France

Geneviève Gaillard, inspectrice générale de l’Éducation nationale
Aujourd’hui, la nécessité de connaître plusieurs langues, dans un contexte de construction européenne et d’ouverture internationale, conduit de nombreux pays à se doter d’une politique linguistique renouvelée et ambitieuse. C’est le cas de la France, avec la mise en place, en 2005, du Plan de rénovation de l’enseignement des langues vivantes étrangères.

Entre distance et proximité : quel positionnement pour le groupe RAR de l‘IGEN ?

Anne Armand / Viviane Bouysse, inspectrices générales de l’Éducation nationale
Le bilan d’une année de travail au sein du groupe permanent «RAR» permet demettre en évidence ce qu’il peut y avoir de nouveau dans sonmode de fonctionnement et dans sesmissions et d’examiner, sous cette lumière, une voie possible pour un nouveau positionnement de l’inspection générale.

Les inspecteurs généraux de l‘Éducation nationale, correspondants académiques

Marc Fort, inspecteur général de l’Éducation nationale
L’inspecteur général de l’Éducation nationale, correspondant académique (COAC) est mentionné dans les statuts de 1989. Depuis, cette fonction a connu de nombreuses évolutions et reste toujours d’un contour assez souple. Une des questions est de savoir comment l’IGEN correspondant académique peut à la fois participer au pilotage pédagogique de l’académie et évaluer les politiques éducatives au niveau académique. Avec la décentralisation et la déconcentration, cette dernière fonction est devenue indispensable. Si elle est conçue de manière constructive, c’est-à-dire comme un facteur de progrès pour l’académie, elle est tout à fait conciliable avec une participation au pilotage pédagogique. Enfin, l’action du correspondant académique contribue à la cohérence nationale de la politique éducative.

Une inspection générale en phase avec son temps

Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale
L’inspection générale de l’Éducation nationale a bien des mérites. Elle compte nombre de personnalités très compétentes, elle joue un rôle non négligeable dans le système éducatif français. Et pourtant, si « elle tourne», elle ne tourne pas bien, au ressenti et aux dires tant des inspecteurs généraux eux mêmes que des acteurs ou des observateurs. C’est que le décalage va croissant entre une institution qui continue largement à vivre sur son âge d’or passé et un système éducatif en profonde évolution, dans une France et un monde qui bougent. Les travaux du bicentenaire le montraient déjà. Ce décalage est flagrant sur trois points : les missions, le recrutement, l’organisation.

Achever la révolution de 89 ?

François Perret, doyen de l’inspection générale de l’Éducation nationale
L’histoire de l’inspection générale de l’Éducation nationale s’inscrit dans le temps long et c’est sur la longue durée qu’il faut juger de ses évolutions. Dans sa contribution à l’ouvrage collectif Deux cents ans d’Inspection générale 1802-2002, Pierre Garrigue s’interrogeait ainsi : « Sommes-nous en présence, avec le statut de 1989, d’une réforme qui viendrait s’ajouter à toutes celles qu’a connues l’institution au cours de deux siècles d’existence ou d’une révolution de nature à remettre en cause les principes fondateurs ? ».