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[archive] Discours de Najat Vallaud-Belkacem devant l'Assemblée des Lycéens, mercredi 7 octobre 2015
Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 07/10/2015

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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche s'est exprimée, mercredi 7 octobre, devant l'Assemblée des Lycéens.

Seul le prononcé fait foi,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Proviseur,

Mesdames et messieurs,

Chers élus lycéens,



1. Je suis particulièrement heureuse d’être ici parmi vous ce matin, à l’occasion de ce rassemblement des élus académiques « Engagé-e-s pour la vie lycéenne ! ».



Ce moment était attendu. 

Il a été préparé depuis janvier avec les élus du CNVL, avec les délégués et les élus académiques à la vie lycéenne et avec les organisations lycéennes, elles aussi  régulièrement consultées.

Merci à eux, et merci à vous.

Le programme de votre journée, je vous l’avoue, fait envie, et il témoigne d’un esprit d’engagement et de solidarité qui vous honore. 

On évoque d’ailleurs souvent, à propos des textes de lois, ces deux dimensions : l’esprit et la lettre.

Je crois qu’il est important – urgent même – de ne pas se cantonner à celles-ci, mais d’en ajouter une troisième : la réalité.

Sans celle-ci, il nous manque une dimension essentielle.

La réalité, peut parfois être source de déception. Au restaurant, la carte annonce un « Prince des mers sur son lit de fruits de Provence », et vous voyez arriver une banale sardine à l’huile. 

Dans d’autres cas, rencontrant quelqu’un, vous mesurez l’écart parfois immense qui sépare sa description et sa personne, sans parler de sa photo de profil sur Facebook.

Oui, la réalité peut être décevante.

Si j’évoque la relation entre le texte et la réalité, ce n’est pas sans rapport avec la vie lycéenne aujourd’hui.

Il existe en effet – j’y reviendrai – des textes ambitieux sur cette question. Mais ils ne trouvent, dans les faits, que peu de prolongements.

Oui, je suis consciente que la réalité de la vie lycéenne et de la démocratie lycéenne, est bien souvent décevante. 

Trop nombreux sont les lycées qui ne prennent pas en compte les textes règlementaires. 

Trop nombreux sont les lycées dans lesquels la vie lycéenne, la démocratie lycéenne, ne sont que des mots dépourvus de sens.

Il y a, devant cette  situation, de quoi se sentir découragé. 

Face à un tel constat, on pourrait aisément se dire « à quoi bon », tant la tâche semble immense.

Mais face à une situation délicate, il y a deux réactions possibles, que résume cette histoire : 

Deux vendeurs de chaussures se rendent sur des rives lointaines, et en rencontrent les habitants. Quelques instants plus tard, ils rédigent chacun un télégramme, qu’ils envoient à la maison mère. 

Le premier représentant écrit : « Situation catastrophique, ils ne portent pas de chaussures ! ».

Le second représentant écrit : « Situation idéale, ils ne portent pas encore de chaussures ! »

Oui, face au désert que constitue parfois la vie lycéenne dans certains établissements, je pourrais vous parler de ces conseils qui ne sont jamais consultés, de ces élèves qui se retrouvent avec des absences injustifiées alors qu’ils exercent le mandat que leur ont confié leurs camarades, de ces réticences qui continuent d’exister de la part de certains. 

Je ne le ferai pas. 

Je préfère voir, dans cette situation, l’espace possible pour notre action future. Et j’ai bien dit notre action. 

Car je l’affirme ici devant vous, je suis bien décidée à vous donner, à vous, lycéennes et lycéens, les moyens de faire changer les choses !

Et ce qui forge ma conviction, ce qui lui donne sa force, c’est votre présence, à vous toutes et à vous tous, ici, réunis !

Oui, dans un contexte difficile, vous êtes néanmoins nombreux, et votre engagement ne faiblit pas. 

Alors, je vous regarde, et c’est, pour moi, une grande motivation que de me dire que vous donner les moyens d’évoluer dans des circonstances plus favorables, c’est vous donner encore davantage d’importance et que vous saurez vous en montrer dignes !



2. J’ai donc décidé de faire en sorte que les textes en vigueur soient appliqués, et d’établir un diagnostic très précis de ce qui ne fonctionne pas.



Oui, je le rappelle, des textes existent déjà sur la vie lycéenne, le premier date d’ailleurs de 1989. Oui, ils sont déjà porteurs de bien des ambitions. 

Mais ces textes restent trop souvent ignorés. Et des textes qui ne se traduisent pas dans les faits sont des textes fantômes.

Et je ne veux pas d’une vie lycéenne fantomatique ! Je veux une vie lycéenne réelle, active, engagée, comme vous savez l’être !

Ces textes doivent donc être appliqués. 

Cela passe par la publication, dès la fin de l’année, d’une circulaire dédiée à la vie lycéenne, pour mobiliser les académies, les corps d’inspection et les chefs d’établissements. 

Je leur rappellerai non seulement le cadre réglementaire, mais aussi les bonnes pratiques à encourager en matière de vie lycéenne.

Je pense, par exemple, à la fréquence des réunions du CVL. Car une assemblée que l’on ne réunit pas, est une assemblée qui n’a aucun sens, aucun pouvoir. 

Je pense, aussi, à la banalisation des créneaux horaires dédiés à l’engagement des élèves. Je sais bien qu’il n’est pas facile d’établir des emplois du temps. 

Pourtant, certains chefs d’établissements parviennent à trouver, chaque semaine, deux heures pour faire vivre la démocratie lycéenne. 

Deux heures au cours desquelles les lycéens, leurs élus, les professeurs et l’ensemble de la communauté éducative se parlent, échangent, débattent.

Parce que c’est cela la démocratie ! L’agora grecque n’était pas une morne plaine où soufflait un vent d’ennui. Le forum latin n’était pas un désert. 

C’étaient des lieux de vie, d’échanges, parfois vifs, parfois cordiaux, des lieux de démocratie !

Et pour que la démocratie lycéenne vive, une consultation fréquente et des conditions favorables au débat sont essentielles. 

Sans cela, la démocratie n’est qu’un mot. Et si ce n’est qu’un mot, ce n’est pas la démocratie.

C’est aussi pour cette raison qu’une charte des droits des lycéens, élaborée par le CNVL, sera distribuée à tous les élèves, et accompagnera le règlement intérieur à la prochaine rentrée scolaire. 

Vous avez certes des devoirs, et ils sont importants, mais vous avez, de façon tout aussi nécessaire, des droits, et ils doivent être connus de tous.

Hegel, dans Les Principes de la Philosophie du Droit, rapporte l’histoire de ce tyran qui avait affiché la constitution en haut d’un mur de six mètres de haut, pour s’assurer qu’elle ne soit pas lue par son peuple. Et le philosophe allemand de rappeler, que le premier principe du droit, c’est d’en porter la connaissance à ceux qui sont concernés. 

C’est pour cela que la remise en avant de vos droits et des textes en vigueur est déjà un progrès. Mais ce ne sera pas suffisant. 

Nous devons aller plus loin, et pour cela, nous avons besoin de connaître la réalité du terrain. 

Je le sais, nous le savons, la situation n’est pas satisfaisante. 

Mais avons-nous des indicateurs fiables ? 

Avons-nous des chiffres sur le nombre de Maisons des Lycéens effectivement mises en place ? Sur la fréquence des réunions des CVL ?

Avons-nous des repères sur lesquels appuyer solidement notre action ?

Non. 

Pour corriger cela, je vais lancer une enquête annuelle. Elle va nous permettre d’avoir une vision claire de la situation actuelle, qui nous fait aujourd’hui défaut. 

Vous imaginez bien que sans carte, un cap est difficile à tenir, une direction, délicate à donner. 

Eh bien, sans une connaissance précise de la réalité de ce qui se passe au sein des lycées, l’action politique n’a pas de sens. 

Et cette connaissance, je ne vais pas la garder jalousement. Parce que nous avons beaucoup à faire, je tiens à ce que les informations soient partagées avec tous ceux qui ont un rôle important à jouer, et vous en faites partie.

L’enquête sera donc communiquée, dans son intégralité, aux élus lycéens.

Car c’est ensemble que nous trouverons les moyens de donner aux lycées une vie lycéenne à la hauteur de nos ambitions.



3. Alors, évidemment, je sais qu’il peut exister une certaine méfiance, quand vous entendez une femme ou un homme politique vous proposer de travailler « ensemble ».



Ensemble, cela consiste souvent à vous consulter, à vous écouter, et c’est important. Mais est-ce suffisant ? Non ! Non, ce n’est pas assez, j’en suis convaincue !

Si nous voulons une vie lycéenne, si nous voulons construire avec vous, un véritable partenariat, il faut aller au bout de la logique, au bout de la démarche, et se donner les moyens de l’action.

J’ai confiance en vous et je ne suis pas la seule. Le délégué national à la vie lycéenne, les délégués académiques, les référents vie lycéenne ont cette même confiance en vous ! 

Et je ne me contente pas de le dire. Je vous le prouve, en vous donnant les moyens d’agir.

Quand je parle de moyens, je parle d’abord, soyons parfaitement clairs là-dessus, d’argent.

Le ministère s’engagera ainsi à vos côtés pour favoriser le développement des Maisons des lycéens et la construction de partenariats, pour lever les nombreuses difficultés rencontrées sur le terrain.

Oui, je connais la réticence des banques à ouvrir un compte bancaire aux associations de lycéens, je connais les hésitations de certains à confier les moyens des anciens FSE aux élèves.

Et pourtant, je sais aussi que lorsque l’on vous accorde de l’autonomie, vous savez vous en montrer dignes.

Vous avez prouvé votre maturité et votre engagement dans la gestion de ces maisons, vous méritez amplement que l’on investisse en vous. 

J’ai ainsi décidé, en 2015, de doubler le montant des ressources allouées à la vie lycéenne, en passant de 500 000 à 1 million d’euros ! 

Et je ne m’arrêterai pas là.

Cette augmentation, je la poursuivrai en 2016, avec 20% supplémentaires, pour un budget total de 1,2 millions d’euros ! Et je souhaite que ces fonds soient régulièrement augmentés dans les années qui suivront.

Je m’assurerai que ces fonds seront bien destinés à la vie lycéenne en créant une ligne budgétaire spécifique. Ces ressources, ce sont les vôtres, elles devront donc être utilisées pour financer vos projets lycéens ! 

Et sur ce budget, le Conseil National de la Vie Lycéenne se verra doté d’une capacité à initier des projets et des partenariats utiles aux académies à travers la gestion directe d’une enveloppe de 200 000 euros. 

Ces projets, vous allez commencer à les construire dès ce matin. 

La procédure d’appels à projets académiques sera donc généralisée, et c’est vous, élus au Conseil Académique de la Vie lycéenne, qui en aurez la responsabilité. 

Vous, élus lycéens, fixerez les cahiers des charges, vous, élus lycéens, choisirez les projets, et vous, élus lycéens, allouerez les crédits.  

Mais les moyens ne se réduisent pas à l’aspect financier. 

A quoi bon des projets, à quoi bon des financements, si vous n’avez pas, sur le terrain, les personnes nécessaires pour les faire vivre ?

Quelqu’un à qui l’on apporterait les matériaux pour bâtir un théâtre en lui disant, « bon courage ! » se trouverait peu avancé.

Cette situation est absurde ? C’est pourtant celle dans laquelle vous vous retrouvez parfois. 

Vous avez un projet, le soutien de vos camarades, mais il manque des gens pour vous accompagner au quotidien. 

Parce que vos projets méritent d’être soutenus,

Parce que la vie lycéenne mérite une mobilisation à la hauteur de ses ambitions,

J’ai décidé que chaque lycée pourra faire appel à deux volontaires en service civique qui seront à vos côtés ! 

Pourquoi des jeunes en service civique ? 

Parce qu’il y a, entre eux et vous, une évidence : l’engagement, la citoyenneté, vous êtes, toutes et tous, soucieux de les faire vivre, soucieux de les traduire, jour après jour, dans des actions concrètes !

En tout, 5 000 jeunes volontaires sur l’ensemble de la France, pourront intervenir avec vous et pour vous, dans vos établissements.

Vous aurez donc, et j’en suis heureuse, les moyens de vos ambitions. 

Mais à quoi bon tous ces moyens, si personne ne vous connaît ?

La question est brutale, je l’admets. Mais elle renvoie au déficit de visibilité dont vous souffrez depuis de longues années.



4. Oui, il est grand temps que la vie lycéenne soit reconnue à sa juste valeur, et que les  élu-e-s le soit aussi.



Et cela passe par différentes mesures.

La première s’appuie sur la communication.

Je sais que la communication a aujourd’hui une mauvaise réputation. Mais je crois que nous avons oublié le sens du mot « communication ».

La communication, c’est le souci de l’autre. C’est s’assurer d’établir, avec lui une véritable relation, fondée sur la reconnaissance de soi-même et de l’autre.

Non pas pour lui dire ce qu’il veut entendre. Mais pour s’assurer que ce qu’on lui dit sera entendu. 

C’est prendre le soin d’expliquer, de partager, d’écouter.

Et je pense que vous avez vocation à être entendus et compris.

Je vais donc vous donner les moyens d’avoir des outils de communication efficaces, et de développer, ainsi que je m’y suis engagée, les médias lycéens. 

La formation des élus CAVL à la communication sera généralisée et assurée par les chargés de communication des académies.

Parce qu’au-delà de la communication, ce sont aussi d’outils de réflexion, d’engagement et de débat dont vous avez besoin, j’ai souhaité développer les médias lycéens. 

Grâce à l’augmentation de ses moyens, avec la nomination d’un coordinateur CLEMI à plein temps dans chaque académie, le CLEMI vous accompagnera pour déployer l’objectif d’un média par établissement du secondaire. 

Les coordonnateurs académiques du CLEMI siègeront dorénavant dans les CAVL à vos côtés pour vous apporter leur appui.

Car à l’heure d’internet, on a parfois l’impression d’être davantage au courant de ce qui se passe à l’autre bout du monde que de ce qui se déroule à côté de chez nous.

Alors, oui, c’est important de savoir ce qui se passe dans le monde. Mais si c’est pour laisser des injustices se développer devant nos portes, cela n’a aucun sens. 

Pourquoi regarder au loin, d’un air pénétré, si c’est pour ignorer ce qui nous entoure ?

Pour cette raison, des modules de formation à la création de médias lycéens seront développés à destination des élèves et des adultes qui les accompagneront. 

Plusieurs conventions ont d’ores et déjà été signées avec des partenaires de la presse et des médias, Radio France et France télévisions, notamment, pour développer les formations à l’éducation aux médias et l’accompagnement des projets d’éducation aux médias.

Et je dois vous avouer que lorsque je feuillette la revue de presse annuelle du CLEMI, en découvrant ce qui a déjà été réalisé dans plusieurs lycées, la qualité du travail mené par vos camarades que ce soit à la radio, sur des blogs ou des journaux, je suis encore davantage convaincue de l’importance de ces médias lycéens.

Le ministère signera donc une convention avec l’association de la presse lycéenne Jets d’encre, pour accompagner son action et favoriser la formation des lycéens par des lycéens.

Et parce que la communication se déploie sous des formes diverses, d’autres mesures sont, en collaboration avec vous, actuellement à l’étude. 

C’est le cas par exemple de l’application pour smartphone qui renforcera la communication des acteurs de la vie lycéenne, mais aussi du journal papier qui sera édité et distribué aux 20 000 élus lycéens.

L’information forme les racines de toute action. Il est impensable de vous en priver.

Mais la reconnaissance se manifeste aussi au quotidien.

Je n’ignore pas les difficultés que vous pouvez rencontrer au jour le jour.

Vous n’avez pas à dépendre du bon vouloir des uns et des autres, mais des règles et des droits qui régissent votre fonction !

C’est pour cela que je demanderai que les absences liées à votre mandat ne soient plus notées, ne soit plus comptabilisées, même comme absence justifiée ! 

C’est pour cela que je demanderai à ce que le rattrapage des cours ainsi manqués vous soit facilité !

Mais ces problèmes quotidiens pointent en réalité un problème plus grave. Plus vaste.

L’absence, au sein des lycées, mais plus généralement, au sein de l’institution, d’une reconnaissance de ce que vous faites et de ce que vous êtes.

J’ai inscrit dans le socle commun des compétences l’oral, l’argumentation, j’ai tenu à ce que les valeurs de la République soient au cœur de l’école, à ce qu’elles soient non seulement enseignées, mais pratiquées.

Alors, je l’avoue, j’ai du mal à comprendre pour quelle raison vos compétences et votre engagement ne seraient pas reconnus à leur juste valeur. 

Et la reconnaissance institutionnelle, cela passe par différentes voies.

Par un certificat, souvent, et dès lors vous sera remise, en fonction de votre niveau d’engagement naturellement, une attestation de compétences acquises, signée par le proviseur ou le recteur.

Mais j’encourage aussi vivement, cela ne dépend malheureusement pas directement de moi, la création d’une rubrique « engagement de l’élève » dans les bulletins trimestriels.

Et si je sais que cela peut aller parfois contre les habitudes de notre pays, je tiens à rappeler que cela se fait déjà dans de nombreux pays, non des moindres.

Les étudiants d’Harvard, par exemple, ne sont pas recrutés que sur leurs notes. Les parcours et la personnalité comptent énormément et sont reconnus comme des qualités à part entière ! 

L’expérience que vous êtes en train de vivre est tout sauf anecdotique. Vous pourrez, tout au long de votre vie, y puiser de nombreuses ressources.

Je veux donc donner à l’institution le moyen de reconnaître l’importance de votre engagement. 

Pour cette raison, le portail APB permettra désormais de faire valoir les compétences développées par les lycéens engagés.

Car un élève ne se résume pas à des notes ! Ses compétences ne se réduisent pas à des examens ! Votre engagement vous caractérise aussi et doit être reconnu ! 



5. Et le meilleur moyen de vous assurer de ma reconnaissance, c’est de faire, de vous, des partenaires à part entière.



Vous allez, cette après-midi, avoir un atelier d’improvisations sur le racisme, l’antisémitisme, les discriminations. Je m’en félicite, c’est un art que j’apprécie énormément pour avoir eu l’occasion de le pratiquer.

Je ne me risquerais pas aujourd’hui à vous en faire une démonstration, mais je tiens à en profiter pour vous rappeler une condition essentielle dans l’improvisation.

L’écoute de l’autre. L’attention à l’autre. L’échange. 

On n’improvise jamais tout seul.  Improviser, cela se fait à plusieurs, avec d’autres comédiens, ou avec le public. 

Chacun doit contribuer à bâtir une improvisation réussie. Les comédiens italiens, qui s’y connaissaient un peu en improvisation, parlaient de jouer à l’épaule, à la spalla. 

Si vous rentrez en scène frénétiquement et qu’à la question que vous lui adressez fiévreusement, votre partenaire ne répond pas, ne vous relance pas, croyez-moi, votre scène, même si elle ne dure que trois minutes, va vous sembler bien longue.

Combien de films s’arrêteraient brutalement si, lorsqu’on lui annonce que les plans ont disparu, le héros répondait négligemment « Ah bon ? » et refermait la porte de son bureau ? 

Ce que j’attends de vous, c’est de continuer à être, à part entière, une force de proposition. 

Je vous l’annonce aujourd’hui, le ministère va établir le bilan de la réforme 2010 du lycée. 

Je tiens à ce que vous occupiez une place importante dans ce travail en apportant votre analyse et vos propositions. 

C’est pourquoi j’ai demandé qu’un atelier soit organisé ce matin sur ce sujet, pour que les premiers concernés, les lycéens, prennent la parole pour parler de leur quotidien.

C’est aussi pour cette raison que je souhaite que vous soyez consultés non seulement sur les questions de vie lycéenne, mais aussi sur les enjeux de pédagogie.

Une réforme qui répondrait aux idées d’une seule personne, n’est pas une réforme : c’est une lubie. 

Une réforme, une vraie réforme, et c’est le sens de toutes celles que j’ai menées jusqu’à présent, n’a de sens que si elle répond aux besoins de ceux qu’elles concernent. Pour cette raison, j’ai besoin de vous.



6. Et lorsque je le dis, ce n’est pas une formule creuse. Les enjeux d’aujourd’hui sont immenses.



Il y a, actuellement, dans notre pays, une étrange atmosphère. Je pense que vous vous en êtes toutes et tous rendus compte. 

Elle est même, lorsque l’on entend certaines déclarations, franchement délétère.

Mais le plus inquiétant, c’est de constater que ces discours entraînent parfois l’adhésion d’une partie de notre jeunesse.

Oui, à notre époque, des jeunes de votre génération, sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le parti du repli sur soi et de la peur de l’autre. En termes de chiffre, c’est même le second parti de la jeunesse après l’abstention.

Abstention et abandon des valeurs républicaines ne sont pas des alternatives viables. Ce sont les symptômes d’un désarroi profond.

Et elle est grave, elle très grave la situation d’un pays dont la jeunesse désespère. 

Il devient alors difficile d’envisager l’avenir avec sérénité.

La tentation est grande, face à une telle réalité, de détourner le regard, de s’aveugler.

Mais fermer les yeux n’a jamais rien changé. La seule chose que nous assure l’aveuglement, c’est d’aller droit dans le mur.

Gardons les yeux ouverts. Grand ouverts. Car à côté de ce constat inquiétant, je vois, heureusement, bien des raisons d’espérer.

Et la première raison, elle est là, devant moi. C’est vous.

Merci à vous d’être là, d’être ce que vous êtes, avec votre exigence, avec votre attente et votre engagement.

Je vois, en vous, une force prodigieuse, essentielle, si nous voulons un avenir à la hauteur de nos ambitions, et à la hauteur de nos valeurs.

Oui, quand je vous vois, quand je vois votre engagement permanent, cela, je n’hésite pas à le dire, me donne beaucoup, beaucoup de courage et d’envie pour l’avenir ! 

Et cet avenir, c’est ensemble que nous le bâtirons, et cela commence dès maintenant ! 

Je vous remercie.

Mise à jour : octobre 2015

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