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[archive] Installation du comité national français de la décennie pour l'éducation en vue du développement durable
Discours - Gilles de Robien - 11/10/2005

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Le comité national français de la décennie pour l'éducation en vue du développement durable a été installé officiellement le 11 octobre lors d'une rencontre au ministère de l'écologie et du développement durable, en présence de Nelly Olin. A cette occasion, Gilles de Robien a rappelé les trois points qui caractérisent l'adhésion à cette éducation qui doit être généralisée « de l'école primaire au lycée ».
Le développement durable n'est pas une matière particulière qui s'enseigne isolément mais plutôt « une perspective dans laquelle de nombreuses connaissances peuvent être replacées ». Ce qui a été fait lors de la rédaction des nouveaux programmes du collège. La généralisation de cette éducation « signifie aussi que l'Éducation nationale soutient toutes les formes de projets utiles à l'avancement de cette idée dans l'esprit public. » Enfin, « les établissements scolaires eux-mêmes doivent faire des efforts pour intégrer dans leur fonctionnement les normes de l'éco-responsabilité. »



Madame la ministre,
Madame la directrice adjointe de l'UNESCO,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec une vive conscience de l'importance de cette journée que je prends la parole devant vous.

On ne peut signifier plus clairement le sens de ce qui nous rassemble ici : il s'agit pour l'humanité tout entière de faire en sorte que la grande aventure de la vie puisse tout simplement se poursuivre à la surface de notre planète !

C'est là la première définition du développement durable : faire en sorte que nos choix présents ne remettent pas en cause les conditions d'existence des générations futures.

Mais ce n'est pas que cela, bien sûr. C'est aussi faire en sorte que l'aventure de l'humanité se poursuive dans de bonnes conditions.

Ces conditions sont connues :

Une croissance économique capable de satisfaire les besoins de tous les hommes sur la terre ; un développement social équilibré, qui ne nous ramène pas à la « loi de la jungle » des origines, mais nous conduise à une plus grande solidarité ; enfin la préservation de l'environnement, de manière à ce que l'écosystème que forme l'humanité avec la terre soit reproductible indéfiniment dans l'avenir.

S'ils sont faciles à définir, ces « piliers » du développement durable ne sont pas faciles à réaliser.

Or la première condition pour que nous y parvenions, c'est que l'esprit public soit intimement, vivement, profondément conscient de cette ardente obligation !

Et l'esprit public, cela se forme dès le plus jeune âge !

Bref, le développement durable est impensable sans une éducation au développement durable !

D'où l'importance absolument capitale de votre comité, dont je suis heureux de saluer aujourd'hui son président, le professeur Michel Ricard. Sa passion et son dévouement feront merveille, j'en suis sûr.

Un petit point d'histoire d'abord :

L'éducation au développement durable est chose récente.

Jusqu'en 2003, l'enseignement portait essentiellement sur « l'environnement », abordé, surtout - même si je caricature un peu - comme une notion purement biologique (il s'agissait de l'étudier de manière théorique, dans le cadre de l'étude des écosystèmes).

Et même si des approches plus globales se développaient ici et là, sous l'action de pionniers auxquels il faut rendre hommage, elles ne concernaient pas une majorité d'élèves. Bref, après un démarrage marqué dans les années 70, l'éducation à l'environnement ne touchait réellement, en l'an 2000, que 10% des élèves.

A mesure que le concept de développement durable a émergé dans les instances internationales - la France y prenant d'ailleurs une large part - la nécessité est apparue de transformer complètement cet enseignement.

Dans l'élan de la stratégie nationale de développement durable, adoptée en juin 2003 par le gouvernement, le ministère de l'Education nationale a alors lancé un mouvement ambitieux d'éducation à l'environnement pour un développement durable.

Cela a commencé, en septembre 2003, par une expérimentation de grande ampleur : 40 écoles, 22 collèges et 22 lycées ont montré qu'il était possible d'intégrer le développement durable au cœur des enseignements !

Cela a abouti, en juillet 2004, à une circulaire fondatrice, qui généralise l'éducation au développement durable.

J'en profite pour remercier ceux qui ont accompli un travail considérable durant cette période :

  • Madame Le Guen, sous-directrice à la Desco, qui est haut fonctionnaire pour l'éducation au développement durable de notre ministère,
  • Gérard Bonhoure et Michel Hagnerelle, inspecteurs généraux de l'Éducation nationale, qui ont été des pilotes efficaces pour placer le développement durable au confluent des disciplines.

Je disais donc que nous avions décidé de généraliser l'éducation au développement durable.

De quoi s'agit-il ?

Eh bien, la République a décidé de donner à tous les élèves, sur l'ensemble de leur parcours, de l'école primaire au lycée, une éducation cohérente, progressive à l'environnement, en la replaçant toujours du point de vue global du développement durable.

Concrètement, cela signifie que :

  • le développement durable n'est pas une « matière » particulière, un enseignement isolé, mais plutôt une « perspective » dans laquelle de nombreuses connaissances peuvent être replacées ; il ne s'agit pas d' « apprendre son développement durable », comme on repasse ses tables de multiplications ! Non ! Il s'agit, à l'occasion d'un cours de biologie, d'histoire, de physique, de français même, de rappeler, d'illustrer, de rendre palpables les exigences du développement durable. Je vais en donner quelques exemples dans un instant.
  • Généraliser l'éducation au développement durable, cela signifie aussi que l'Education nationale soutient toutes les formes de projets utiles à l'avancement de cette idée dans l'esprit public.
  • enfin, cela signifie que les établissement scolaires eux-mêmes doivent faire des efforts pour intégrer dans leur fonctionnement les normes de l'éco-responsabilité. Autrement dit, devenir des « microcosmes » de ce que serait un monde conforme aux exigences du développement durable !

Je reviens sur chacun des points.

D'abord les enseignements :

1. Les enseignements

Pour vous dire d'abord que je veille de près à ce que l'on recherche de manière systématique tout ce qui peut donner lieu, dans les programmes actuels, à réflexion sur le développement durable, que ce soit à l'école primaire, au collège ou au lycée.

Par ailleurs, les nouveaux programmes actuellement sur le métier comportent tous, de manière explicite, des questions de développement durable ; c'est ainsi le cas pour les nouveaux programmes de Sciences de la Vie et de la Terre, de Maths, de Physique, de Chimie, en 6e, 5e et 4e. Egalement pour les programmes d'Histoire et Géographie de la série Sciences et technologies de la gestion. Ils comprennent aussi des questions transversales, faisant intervenir plusieurs disciplines sur un même thème.

A tous les niveaux, il importe de lier l'aspect théorique à l'aspect pratique ; car il s'agit bien d'une éducation au développement durable et pas seulement d'une instruction abstraite ; le but est de former des citoyens éco-responsables. Non pas d'inculquer une doctrine ou de conditionner des jeunes gens, mais d'éveiller de futurs citoyens au sens de la responsabilité.

Pour cela, les enfants doivent acquérir un certain nombre de gestes élémentaires, en comprenant toujours pourquoi il est bon de les faire. Et pourquoi il est périlleux, dangereux, irresponsable de ne pas les faire.

Ce lien entre le théorique et le pratique, il est toujours possible de le tisser.

L'expérience le prouve :

Je pense par exemple à l'école du « Clair logis », à Chalon-sur-Saône, où les élèves, du CP au CE2, ont appris à fabriquer du papier recyclé dans le cadre du cours de technologie et ont ensuite créé, dans le cadre du cours d'éducation civique, un guide des « petits gestes » pour l'environnement.

Je pense aussi à l'école Paul-Arnault de Bourges, où les classes de CE2, dans le cadre du cours de mathématiques, ont abordé la question du recyclage, en évaluant la masse de déchets produits par l'ensemble de la classe en une année, ainsi que la masse qui pouvait être économisée grâce au recyclage. Cela a débouché sur une meilleure compréhension de l'importance de pratiquer le tri sélectif des déchets.

Mais ici, je veux insister sur un point : l'éducation au développement durable dépasse la simple éducation à la prudence ; il s'agit aussi, dans un monde où l'empire de la technique, de la vitesse, de l'utilitarisme est presque total, d'inviter les jeunes à la contemplation.

Je mesure bien l'ambition immense que suppose un si grand mot !

Mais après tout, la motivation ultime du développement durable, avant même l'intérêt bien compris de notre civilisation, c'est une réflexion toute simple : le monde est beau.

Les hommes devraient donc apprendre à regarder un paysage sans se demander ce qu'il serait possible d'en « tirer ». Nos civilisations urbaines ont oublié ce sens de la beauté du monde tel que la nature nous l'a donné, et je crois que l'éducation au développement durable pourrait le faire renaître.

Sur ce sujet, je pense précisément à l'expérience d'une école : l'école des Bréseux, dans l'académie de Besançon, où les CE1, CE2, CM1 ont étudié l'impact de l'activité humaine sur les paysages. Cela a débouché sur la production, par les élèves, d'une plaquette de sensibilisation à la beauté des paysages et à la nécessité de les préserver.

Je pense aussi à l'expérience d'un collège : le collège Pierre-Mendès-France à Lillebonne, où une classe de 6e a travaillé sur la pollution sonore en enregistrant les effets du bruit sur le comportement. Les élèves de 5e ont travaillé sur les nuisances sonores dues aux divers matériels d'écoute et les 4e sur les effets de la musique sur le comportement. Bref, les enseignants ont essayé de faire apprécier le silence de la nature à leurs élèves ! En passant de l'école au collège, l'approche des problèmes gagne en complexité ; à ce niveau, l'aspect théorique peut évidemment être abordé de manière plus approfondie, puisque l'algèbre, les premières notions de sciences physiques, de chimie, de biologie peuvent intervenir.

Ainsi, au collège Stéphane Mallarmé de Paris, en Sciences physiques, les élèves ont comparé les différents moyens de transport en fonction des gaz émis ; en Sciences de la Vie et de la Terre, ils ont appris, par exemple, à modéliser mathématiquement l'effet de serre pour le définir.

Au lycée, a fortiori, les questions sont abordées de manière encore plus réflexive : à travers la questions du développement en Histoire, du risque sanitaire en Biologie, des conditions durables de la croissance économique en Sciences économiques et sociales.
Mais cela peut aussi prendre une forme, si je puis dire, quasi opérationnelle ! Ainsi, au « lycée des métiers » Nicolas-Louis-Vauquelin, dans l'académie de Paris, les élèves ont réalisé des maquettes de véhicules propulsés par des moteurs alimentés par des piles à combustibles ou des capteurs photo-voltaïques.
Après avoir validé la faisabilité, les élèves ont fabriqué un véhicule pour participer aux épreuves du Marathon Shell. Je m'arrête car, je pourrais continuer pendant des heures ! Vous le voyez, les expériences jaillissent de tous les établissements scolaires.

Je vais vous dire le fond de ma pensée : je pense qu'une génération nouvelle sortira de nos écoles dans dix ans ; une génération profondément consciente des enjeux climatiques, environnementaux, consciente de la nécessité de modifier radicalement nos modes de consommation, de production d'énergie ; une génération qui pour autant ne sera pas « anti-scientifique », bien au contraire !

Grâce aux efforts de l'ensemble du corps enseignant, cette génération aura compris que le remède aux nouveaux périls passe par plus de science et par l'invention de nouvelles technologies.

Il y a là un secteur d'avenir pour notre économie. D'ailleurs, si l'on observe les recherches les plus en pointe aujourd'hui dans notre pays, elles portent souvent sur les technologies propres : cela va des sacs biodégradables au réacteur ITER, en passant par les véhicules non polluants ou les dispositifs de stockage du CO2.

Outre ces enseignements, je voudrais mentionner quelques projets en cours :

2. Exemples de projets :

Des opérations pilotes seront menées dans l'académie de Rouen, particulièrement sensible puisqu'elle comporte 185 sites classés Seveso, mais aussi dans les académies de Grenoble et Poitiers. Il s'agit d'organiser une sensibilisation aux risques technologiques majeurs, en collaboration avec les directions régionales de l'industrie et de l'environnement (Drire).

Une autre le sera, et je m'en réjouis, dans l'académie d'Amiens, sur l'environnement urbain.

Je veux aussi évoquer les actions menées en partenariat avec des associations, des entreprises ou bien encore des collectivités locales ; je pense en particulier à « Mille défis pour ma planète », qui invite des jeunes, du primaire au secondaire, à mettre concrètement la main à la pâte, pour agir en faveur du développement durable.

Enfin, comme je le disais en commençant, l'éducation au développement durable doit s'inscrire aussi dans le fonctionnement même des établissements.

3. Des établissements éco responsables

Dans cet esprit, en partenariat avec le Comité 21, et sous le haut patronage du ministère, des « agendas 21 » seront appliqués à une dizaine d'établissements scolaires : cela consistera pour eux à mettre au point un mode de fonctionnement conforme aux exigences du développement durable ; qu'il s'agisse des dépenses d'énergie, d'eau, de la gestion logistique des fournitures, du chauffage, de la nourriture… Cette expérience, au vu de ses résultats, pourra être étendue très largement.

Dans l'abbaye de Thélème, que décrit Rabelais, la devise était : « Fais ce que vouldras » ; dans ces établissements éco-responsables, elle sera : « Fais ce qu'il faut, pour que la terre soit sauvée ». Je trouve qu'il y a là un grand signe d'espoir pour l'avenir.

*

Pour conclure, je dirais que si le développement durable est une nouveauté dans l'enseignement scolaire, il s'y insère très naturellement.

Je crois même qu'il pourrait donner, aux yeux des élèves, un supplément de sens à de nombreux enseignements.

Au fond, il est passionnant de connaître la biologie, la physique, les mathématiques pour elles-mêmes et j'admire profondément la passion spéculative ; mais lorsque les élèves comprennent que la maîtrise des sciences est utile à la préservation de notre planète, et qu'elle permet aux hommes de prendre en main leur destin, certains peuvent y trouver une motivation supplémentaire.

Le développement durable, c'est aussi une forme d'éducation morale. Oui, j'emploie le mot !

Car au fond, que nous apprend l'éducation au développement durable ?

- Elle enseigne avant tout, et d'une manière particulièrement frappante, les ravages de l'inconséquence ;
- elle enseigne le lien indéfectible entre les droits et les devoirs, entre la liberté et la responsabilité ;
- elle enseigne surtout, et cela à l'échelle d'une cage d'escalier comme à celle d'une ville, et finalement de la planète, que la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Que le Sud et le Nord sont solidaires, et que nous sommes tous les gardiens de nos frères.

Ce faisant, l'éducation au développement durable n'est pas autre chose qu'une instruction civique étendue aux dimensions de la terre. Car en prenant conscience des périls qui menacent notre planète, les élèves comprennent qu'ils sont aussi des citoyens du monde.

Je vous remercie.

Mise à jour : juin 2006

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