Toute l'actualité

[archive] Allocution à l'occasion des assises nationales sur le harcèlement à l'École
Allocution - Luc Chatel - 02/05/2011

Partager cet article
  • Envoyer à un ami

En savoir plus
Pages à consulter

Assises nationales sur le harcèlement à l'École
Les assises nationales sur le harcèlement à l'École sont organisées les 2 et 3 mai 2011 à Paris.

  • Les assises nationales en vidéo
  • Des pistes d'action pour lutter contre la violence
  • Les assises nationales sur le harcèlement à l'École : objectifs et participants
  • Programme des assises nationales sur le harcèlement à l'École

Assises nationales sur le harcèlement à l'École

La prévention et la lutte contre la violence
Prévenir et lutter contre la violence à l'École est une des conditions de réussite des élèves, qui ont besoin de travailler dans un climat serein pour réussir.
La prévention de la violence en milieu scolaire

Harcèlement à l'École*
Allocution à l'occasion de la clôture des Assises nationales sur le harcèlement à l'École
Allocution du 3 mai 2011

Assises nationales sur le harcèlement à l'École
Dossier de presse du 2 mai 2011

Luc Chatel présente un plan de prévention et de lutte contre le harcèlement à l'École
Communiqué de presse du 2 mai 2011

"Refuser l'oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l'École"
Consultez le rapport d'Éric Debarbieux
Brève du 27 avril 2011

Harcèlement scolaire : remise du rapport d'Éric Debarbieux
Actu en images du 12 avril 2011

Remise au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative du rapport d'Éric Debarbieux sur le harcèlement à l'école
Communiqué de presse du 12 avril 2011

Lutte contre le harcèlement scolaire et installation du conseil scientifique sur les discriminations à l'École à l'ordre du jour du conseil national de la vie lycéenne
Communiqué de presse du mardi 29 mars 2011

États généraux de la sécurité à l'École
États généraux pour la sécurité à l'École : consensus sur le diagnostic et premières pistes d'actions sur la question du harcèlement
Communiqué de presse du lundi 14 mars 2011

Site à consulter

Les États généraux de la sécurité à l'École des 7 et 8 avril 2010

  • les enjeux
  • le conseil scientifique
  • le programme
  • les vidéos
  • les documents de référence

Les États généraux de la sécurité à l'École

Consulter le rapport sur le harcèlement à l’École

Refuser l’oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l’École.
Le rapport d'Éric Debarbieux "Refuser l'oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l'École" a été remis à Luc Chatel, ministre chargé de l'éducation nationale le 12 avril 2011.

Télécharger le rapport d'Éric Debarbieux

Dans le cadre des assises nationales sur le harcèlement à l’École, Luc Chatel a réaffirmé son engagement à apporter des solutions concrètes pour combattre ce phénomène.  Le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative a présenté quatre axes d’action dans son allocution d’ouverture mardi 2 mai 2011 : connaître et faire connaître, mobiliser la communauté éducative, former, traiter les cas de harcèlement avérés.

Vidéo : Discours de Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative

 

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Ministre (de l’Éducation des États-Unis, Kevin Jennings)
Mesdames et Messieurs les Recteurs,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs les Inspecteurs généraux,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil scientifique, (EGSE)
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs,

 

Monsieur le Président (Éric Debarbieux), le 8 avril 2010, vous aviez dit, dans votre discours de clôture des États généraux de la Sécurité à l’École, que j’avais "rendez-vous avec l’Histoire". Aujourd’hui, je dirais plutôt que c’est notre École, toute notre institution scolaire, qui a rendez-vous avec l’Histoire. Et si l’école redevenait ce lieu d’humanité qu’elle n’aurait jamais dû cessé d’être.
Cette humanité qui doit prévaloir dans le lieu sans doute le plus emblématique de notre République.

Notre École est en effet ce lieu obligatoire où l'on transmet à chaque enfant de France, dans une perspective humaniste, un savoir et des valeurs.

Or, comment, dans ce lieu de transmission, de compréhension, d’ouverture, n’a-t-on pas pu appréhender les violences répétées dont étaient victimes certains élèves ? Comment, dans ce lieu de formation obligatoire, n’a-t-on pas pu, ne peut-on pas assurer la sécurité de ses principaux intéressés face à cette oppression constante qu’est le harcèlement ?

Une démarche volontariste, pour un enjeu capital

L’enfance et a fortiori l’adolescence ne sont pas le temps de l’innocence. Et si l’École est le lieu de la découverte, de l’apprentissage, elle peut aussi être, malgré elle, le théâtre d’une souffrance et la scène d’un harcèlement destructeur. Marcel Rufo vient de l’évoquer.

Or, disons-le : jusqu’alors, on ne tenait la plupart du temps pas compte des faits de harcèlement à l’École.

  • On les estimait trop insignifiants au regard des violences plus évidentes et plus marquées, les réduisant au statut de gamineries, perçues du reste comme nécessaires à la construction de l’enfant.
  • On les jugeait trop insaisissables pour être appréhendés scientifiquement, trop divers pour se voir apporter une réponse globale.
  • On les considérait comme relevant de la nature enfantine et adolescente : "Il faut que jeunesse se passe", soutenait-on.
  • On ne savait même pas les faire exister par des définitions et des qualificatifs précis.

Eh bien, nous avons fait ainsi le lit d’une violence insondable parce que nous n’avons pas voulu la sonder.
Or, c’est parce que le harcèlement est plus insaisissable que les violences manifestes qu’il est sans doute plus dangereux.
C’est parce qu’il avance masqué que nous devons en dévoiler toute la dimension.
C’est parce qu’il porte atteinte aux valeurs fondamentales de notre République que nous devons le combattre sans merci :

  • atteinte à la liberté, parce qu’il enferme la victime dans le cercle vicieux de la victimisation et la contraint à un rôle aliénant
  • atteinte à l’égalité, parce qu’il réduit à la fonction dégradante de bouc émissaire et de faire-valoir
  • atteinte à la fraternité, parce qu’il montre de l’homme, même en devenir, sa capacité à la cruauté et à la perversion, parce qu’il révèle l’importance de l’effet de groupe qui obscurcit son jugement et détruit son humanité

Le phénomène est divers, fréquent, d’une ampleur considérable : insultes, brimades, violences physiques, cyberharcèlement... Et, comme l’a dit Éric Debarbieux, "lutter contre le harcèlement  c’est lutter contre toutes les discriminations" : sexisme, racisme, antisémitisme, homophobie, atteinte au handicap, au physique, au comportement, etc.
L’enjeu est  donc capital.
Il est d’abord humain parce qu’il entraîne des conséquences multiples et graves pour les harcelés : il l’est d’autant plus aujourd’hui que les nouvelles technologies ne laissent plus de répit ; le cyberbullying traque les élèves jusque chez eux par le biais des réseaux sociaux.

De cette perte d’estime de soi, de ces sentiments de peur, de culpabilité et de honte nés de la position réitérée de bouc émissaire, découlent une érosion lente de la personnalité rendant les victimes incapables de se défendre, une désocialisation, un développement de l’anxiété, des tendances à la dépression, à la phobie scolaire, à la somatisation, aux penchants suicidaires. N’oublions pas non plus le cycle de violence dans lequel le harcèlement peut entraîner, la vie durant, aussi bien les harcelés que les harceleurs.

J’ai eu l’occasion de rencontrer des enfants victimes et leurs parents. Ils m’ont raconté les souffrances qu’ils ont subies.
J’ai rencontré Mathieu qui a aujourd’hui 16 ans et qui, depuis la 6e, est harcelé sur la couleur de ses cheveux :

  • objet de moqueries quotidiennes, de mesquineries et de brutalités
  • victime de cyber harcèlement sur les réseaux sociaux où ses supposés camarades ont constitué un groupe de fans "contre" lui
  • poussé à se couper les cheveux et à demander à ses parents de les lui teindre
  • condamné depuis la 6e à se réfugier au CDI pour échapper à ses harceleurs pendant la récréation
  • face à ces faits répétés dont il a été victime, qu’a fait l’institution ? Rien.

J’ai rencontré la maman d’Antoine,

  • un élève passionné d’histoire et jugé trop "intello" par ses pairs
  • lui aussi condamné à passer sa vie au CDI pendant les récréations
  • obligé d’aller aux toilettes pendant les cours pour éviter de s’y trouver en même temps que ses camarades qui le martyrisaient
  • condamné à suivre sa 3e à domicile sur le conseil de son psychologue, qui a attesté qu’Antoine avait dû "subir et supporter des violences et des humiliations jusqu’au point de rupture"
  • là encore, l’institution a failli : alors que, jusqu’en 4e, le Principal du collège avait su contenir le harcèlement et assurer une écoute bienveillante à Antoine, tout a basculé en 4e avec le départ de ce dernier. Antoine s’est retrouvé seul face au harcèlement et la seule réponse qu’on ait apportée à ses requêtes a été une incitation à quitter l’établissement ... c’est-à-dire l’absurde répondant à la souffrance.

Que nous disent ces histoires terriblement humaines ? Que notre École ne sait pas encore anticiper, qu’elle ne sait pas appréhender cette souffrance. Qu’elle ne sait pas protéger ses élèves de ces infraviolences.

L’enjeu est humain, donc. Il est aussi social et économique, car laisser perdurer ces actes au sein de nos écoles, c’est compromettre le vivre-ensemble au sein de notre société future ; c’est aussi repousser le problème pour devoir l’affronter plus tard, et avec plus de moyens, sous ses avatars que sont notamment le décrochage scolaire, la violence de groupe et, dans les cas les plus extrêmes, la délinquance.

L’enjeu, enfin, est éthique, parce qu’il nous interroge sur nos valeurs et la conception que nous nourrissons de l’École qui les porte.

Oui, notre institution a aujourd’hui rendez-vous avec l’Histoire. L’approche que nous engageons est profondément novatrice.
Beaucoup de pays, comme les USA ou la Finlande, ont attendu des massacres au sein de leurs établissements scolaires pour mettre en œuvre des politiques de lutte contre le harcèlement.
Je vous le dis :

  • je n’attendrai pas un malheur de ce type pour répondre au problème
  • je ne remettrai pas ce sujet sous le tapis
  • et je n’en demeurerai pas à l’incantation

Mon engagement en ce domaine est total ; ma détermination à y apporter des réponses efficaces et diverses l’est tout autant. Et je sais que, dans ce défi, je peux compter sur tous les acteurs qui ont accepté de participer à ces assises.

Ce à quoi nous allons travailler pendant ces 2 jours relève d’un enjeu de civilisation :

  • c’est un travail d’humanisation que nous allons mener, dans le creuset de notre Nation
  • c’est à une nouvelle éthique de responsabilisation que nous allons engager tous les acteurs éducatifs
    - pour rapprocher les élèves
    - pour leur faire comprendre que, comme l’écrivait magnifiquement Saint-Exupéry, "si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente"
    - pour leur faire acquérir ce sésame vers l’autre qu’est le sentiment d’empathie

J’ai d’ores et déjà entendu s’élever les chœurs de grincheux et les critiques des soupçonneux qui ne voient dans cette démarche qu’une dérive compassionnelle.
Les grincheux oublient les chiffres de la première enquête de victimation menée dans les écoles primaires. Car, si auparavant, nous avions l’excuse de l’ignorance, maintenant nous savons. Et ne pas agir serait une faute impardonnable.
Les résultats de cette enquête montrent l’ampleur du phénomène :

  • 14 % des écoliers se disent victimes de harcèlement verbal ou symbolique
  • plus de 10 % des écoliers se disent victimes de harcèlement physique et verbal

Et j’insiste sur un point : ces phénomènes ne sont pas cloisonnés, ils se retrouvent dans tous les établissements, quelle que soit leur sociologie.

Dans le même esprit, j’attends pour l’automne les résultats d’une enquête similaire dans les collèges.

Quant aux soupçonneux, je les renvoie aux conséquences traumatisantes du harcèlement. Un enfant qui souffre de harcèlement, c’est bien souvent un élève qui perd pied dans son apprentissage et dans la construction de sa personnalité ; un futur adulte qui verra sa psychologie fragilisée. Parce que j’ai la responsabilité de l’action de notre École, mais aussi parce que je suis père, je me refuse à cet échec.

Un travail scientifique dans le prolongement des EGSE

Nos assises s’inscrivent dans la continuité des États généraux de la Sécurité à l’École, c’est-à-dire une méthode et une volonté pour appréhender de manière objective et complète les phénomènes de violence à l’École.
Certes, comme le dit Éric Debarbieux dans son rapport, "il n’y a pas de recette miracle ou de programme magique mais adaptation de ces programmes à des problèmes différents, dans des réalités locales et culturelles". Pour autant, sur la base du rapport qu’il m’a remis le 12 avril, j’ai dégagé 4 axes d’action sur lesquels je vous propose de travailler aujourd’hui et demain.

Les 4 axes d’action

Connaître et faire connaître

Le premier axe relève de l’approche scientifique de ces phénomènes et de la diffusion de l’information.
Il nous faut en effet d’abord veiller à poursuivre notre effort de connaissance, nous constituer un corpus scientifique de haut niveau, évolutif, en prise directe avec le réel et le vécu des victimes et se nourrissant des politiques menées dans d’autres pays. Je remercie à cette occasion Kevin Jennings qui a élaboré la campagne qu’a lancée, le 10 mars, le Président Obama ; je remercie également Hana Shadmi, qui va nous présenter la politique israélienne de prévention du harcèlement. Les actions menées en Pologne vous seront également présentées cet après-midi.

Si l’intolérance, qui fait le lit de la violence, est toujours l’expression d’une ignorance, nous ne pouvons la combattre que par la connaissance.
C’est pourquoi j’ai décidé d’intégrer le harcèlement dans la nomenclature de SIVIS : ce sera fait dès septembre 2011.
Nous allons également pérenniser les enquêtes de victimation à une fréquence régulière, tous les 2 ans, pour le premier comme pour le second degré. (Les prochaines seront donc menées en 2013).

Au niveau des établissements, pivots du système scolaire, des enquêtes de victimation et de climat scolaire peuvent désormais être réalisées par les équipes mobiles de sécurité, qui ont été formées par Éric Debarbieux Il appartiendra aux chefs d’établissement de se saisir de cet outil, car je souhaite que la question du climat scolaire soit intégrée dans leur lettre de mission.
Ainsi, chaque chef d’établissement pourra s’attaquer au harcèlement et mobiliser la communauté éducative de manière adaptée et spécifique.

Bien sûr, cette communauté, nous allons l’aider à identifier les cas de harcèlement. C’est tout l’objectif :

  •  du guide sur le harcèlement à l’École, qui sera mis à disposition des équipes éducatives dès l’automne et que nous réaliserons grâce à l’aide de tous les pédopsychiatres qui sont là aujourd’hui, à nos côtés pour que les enfants qu’ils voient dans leur cabinet ne soient plus abandonnés à leur sort
  •  et de la mise en ligne immédiate du nouveau guide sur les jeux dangereux qui a été réalisé avec nos partenaires, dont l’association SOS Benjamin

Mobiliser toute la communauté éducative

Plus la connaissance se répandra dans nos écoles, plus efficace sera notre action. Car nous avons besoin de l’engagement de tous. C’est le 2e axe majeur de notre action.
Quand je dis "tous", 

  •  je pense aux parents, dont Éric Debarbieux a montré dans son rapport combien les comportements excessifs, qu’ils soient permissifs ou ultra-autoritaires et violents, pouvaient avoir des effets sur la mise en œuvre d’une mécanique du harcèlement enclenchée chez leur enfant ;
  •  je pense aussi, évidemment, à toute la communauté éducative : le chef d’établissement en pivot,  les surveillants, les enseignants, infirmières, tous les personnels, et ce dans tous les lieux et tous les instants sous la responsabilité de l’École :
    - dans les classes
    - dans les couloirs
    - dans les cars scolaires
    - aux intercours et pendant les récréations

Dans les principes de notre École, la transmission des savoirs est absolument indissociable de l’éducation et de l’humanisation. Et l’on sait trop bien que le harcèlement s’installe partout où les adultes abandonnent les enfants à eux-mêmes et à cet état primaire.
Aussi, les membres des équipes, mais aussi les parents, les médecins doivent se rencontrer pour se parler, pour analyser les situations et élaborer des stratégies d’actions concertées.
Des espaces de dialogues entre élèves, parents et tous les professionnels existent. Je pense naturellement aux comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté ou aux instances de la vie lycéenne. Dans ces instances la question de la prévention du harcèlement devra être débattue et des politiques locales arrêtées, comme j’ai  d’ailleurs moi-même fait le choix d’inscrire ce sujet à l’ordre du jour du Conseil national de la vie lycéenne du 28 et 29 mars dernier. Et je peux vous dire que les délégués, dont certains sont présents dans cette salle, constituent une force considérable de propositions, lorsqu’on sait les écouter.
À ceux qui opposeront ce discours volontariste à la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur 2 partant à la retraite, je répondrai ceci : l’enjeu ne relève pas de la question des postes ; il relève de l’engagement de chacun, d’une mobilisation générale et fédérée, d’une vigilance et d’une écoute constante, d’une détermination affichée à faire respecter les règles de l’établissement, d’une éthique professionnelle de tous les instants. Le harcèlement ne pourra être combattu que si des règles de fonctionnement très précises sont établies et acceptées de tous et si tous les adultes jouent leur rôle éducatif.

C’est dans cette perspective générale que j’ai décidé de lancer à l’automne prochain une campagne d’information nationale à l’attention des enfants et des parents sur un site internet dédié au problème du harcèlement.
Sur ce site, sera proposé tout un environnement d’apprentissage virtuel, et ce sous diverses modalités : jeu informatique, forum, base documentaire, etc.

Je l’ai dit tout à l’heure : le cyber harcèlement se développe avec les usages des réseaux sociaux sur Internet. Nous n’en avons pas pris la pleine mesure, nous les adultes qui n’avons pas la même facilité avec ces outils que nos enfants. Or ces outils permettent en quelques clics de combiner plusieurs formes de violence, sans risques apparents pour les auteurs et alors que la victime est souvent trop seule devant son écran.

C’est pourquoi ce site permettra également :

  •  de discuter en famille du harcèlement que facilite le partage d’informations sans limite
  •  d’envisager ensemble les réactions possibles en cas de harcèlement en ligne
  •  de faire de chaque enfant un garant de la convivialité sur le net en le sensibilisant sur la nécessité d’aider tout camarade qui deviendrait victime de harcèlement.

Ainsi nous permettrons qu’Internet ne soit pas détourné de sa finalité : celle d’un lieu de partage fraternel et solidaire.

Former

Le corollaire de cette information, c’est la formation. C’est le 3e axe structurant, qui déterminera la portée et la longévité de notre action.

Et, là encore, je suis convaincu que tout le monde doit apprendre et veiller à la traduction, dans le quotidien des rapports humains, de cet apprentissage des valeurs républicaines. Il nous faut en effet lutter contre ce décrochage, si souvent constaté, entre la théorie et la pratique, entre l’apprendre et le vivre. Réconcilier apprentissage et comportement, connaissance et action.
D’abord chez les élèves.
Trop longtemps en effet, on a cru qu’il suffisait d’être humain pour savoir faire preuve d’humanité. Il n’en est rien : l’humanité, le respect de l’autre, la sympathie sont affaires d’éducation, de civilisation.
Or, le harcèlement s’installe et se développe lorsqu’il n’y a pas de limites clairement fixées à la toute-puissance d’un enfant ou d’un groupe d’enfants, lorsque le cadre de la vie sociale n’est pas prégnant. C’est précisément le rôle des éducateurs, parents comme enseignants, de faire connaître et comprendre les limites. L’éducation, c’est aider l’enfant à aller vers l’autre, vers l’ailleurs.

Éric Debarbieux l’a dit dans son rapport : "Le pari majeur est d’augmenter le réseau de solidarité, et l’empathie pour les victimes et leurs familles".
Ce pari, c’est celui d’une éducation civique vivante et concrète.
Car l’ignorance de l’autre, la loi du silence, la non-assistance à personne en danger ne sont-elles pas les exacts contraires d’une éducation active à la citoyenneté ?
Cette éducation sociale et civique est pleinement inscrite dans le socle commun de connaissances et de compétences (pilier 6), qu’on demande à chaque élève d’avoir acquises à l’issue de sa scolarité obligatoire. L’enjeu d’humanité et d’éducation épouse donc totalement l’enjeu républicain.
Aussi, je demande à chaque enseignant de faire de la lutte contre le harcèlement un des objectifs concrets de la mise en œuvre des valeurs acquises dans le cadre du pilier 6 du socle commun, en montrant à chaque élève que, face à un cas de harcèlement d’un élève par ses pairs, il doit avoir le courage de montrer sa réprobation et de soutenir la victime. Je lui demande de faire vivre cette éducation sous sa forme la plus sensible, en appréhendant les problématiques du harcèlement présentes dans chaque classe.

Et, pour cela, je compte sur tous les supports de formation et d’information. Le film Kenny, que vous allez voir en début d’après-midi, me semble notamment un moyen précieux pour libérer la parole et amener à la réflexion.
Je compte également sur la prévention du cyber harcèlement qui sera intégrée dans le cadre du B2I, le Brevet Informatique et Internet.

Je l’ai dit bien souvent : je crois en la force d’entraînement de l’expérimentation. D’une expérimentation évaluée.
Dans cet esprit, nous allons expérimenter un programme global d’amélioration du climat scolaire et de lutte contre le harcèlement.

Il se déclinera autour de 3 expérimentations :

  •  un programme de formation à la problématique du harcèlement entre pairs et au développement de l’empathie en écoles maternelle et élémentaire
  •  la médiation entre pairs lycéens et collégiens
  •  et l’élaboration d’outils pédagogiques

Comme en Finlande, où le programme de lutte contre le harcèlement, Kiva Koulu, a été expérimenté, les établissements scolaires sur tout le territoire seront invités à se porter volontaires pour innover, expérimenter et évaluer. L’ensemble de ces programmes seront financés dans le cadre du Fonds d’Expérimentation pour la Jeunesse.

Les élèves ne sont pas seuls concernés. Nous le savons depuis les États généraux de la Sécurité à l’École : pour lutter contre la violence, il faut former nos personnels.

Je pense d’abord aux chefs d’établissement, car ce sont eux qui sont au cœur de la mobilisation des équipes éducatives. Je souhaite qu’au cours de leur formation, ils soient désormais sensibilisés à  la question du repérage et du traitement du harcèlement. Je suis sûr que Nicole Catheline, pédopsychiatre au Centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers, et auteur d’un ouvrage qui a nourri ma réflexion, Harcèlements à l’École, 2008, viendra en voisine à l’ESEN mettre sa connaissance à disposition de nos chefs d’établissement.

Je pense ensuite aux équipes de formateurs sur la tenue de classe qui sont aujourd’hui opérationnelles. Elles aussi devront être détentrices de cette connaissance du harcèlement, afin d’aller au plus près du terrain sensibiliser les équipes éducatives.

Enfin, je n’oublie pas la formation initiale des enseignants sur laquelle Éric Debarbieux insiste, à juste titre, en faisant de nombreuses propositions pour parachever la réforme de la formation des enseignants. Je transmettrai son rapport à ma collègue Valérie Pécresse et attirerai son attention sur toutes les propositions qui y sont faites à ce sujet.

 Traiter les cas de harcèlement avérés

Enfin, et c’est le 4e et dernier axe de notre action, la prévention doit s’allier à une politique déterminée pour traiter les cas de harcèlement avérés. À ce sujet, nous devons en finir avec le triple écueil de la cécité, de l’angélisme et de la sanction inefficace.

Aussi, je souhaite que, dès la rentrée prochaine, les commissions éducatives, que nous avons initiées dans le cadre de la réforme des procédures et sanctions disciplinaires, et qui seront mises en place en septembre avec l’entrée en vigueur des nouveaux textes, soient  le lieu de la prévention et du traitement des cas de harcèlement signalés ou repérés dans l’établissement. Dans la circulaire d’application, je demanderai que les personnels de santé et sociaux rattachés à l’établissement y siègent, car tous les professionnels doivent se mettre autour de la table pour se parler, pour analyser les situations et élaborer des stratégies d’actions concertées.

Si nous devons agir de manière déterminée, nous devons aussi le faire

  •  sans cataloguer l’élève harceleur
  •  sans l’enfermer dans sa posture présente, dans cette pseudo-identité qu’il s’est conçue
  •  sans le figer dans une caricature de soi.

Nous devons mettre en œuvre une justice réparative, qui ne se départisse jamais de son ambition éducative.
Car n’oublions pas que l’enfant, l’adolescent harceleurs sont en devenir, en construction, et qu’il faut donc leur donner la possibilité d’échapper au schéma pervers dans lequel ils se sont enfermés : leur permettre de se reconstruire.
C’est tout l’enjeu et l’esprit de la réforme des procédures et des sanctions disciplinaires, qui sera mise en œuvre à la prochaine rentrée et qui propose une nouvelle mesure de responsabilisation : le travail d’intérêt général, grâce auquel l’élève responsable apprend la remédiation et s’ouvre à la prise de conscience de sa faute.

Enfin, afin que le harcèlement sur internet trouve une réponse efficace et rapide, un guide de procédure sera mis à la disposition des chefs d’établissement. Il faut par exemple que l’on rappelle aux enfants que, lorsqu’ils ouvrent un compte sur Facebook, ils s’engagent expressément sur une déclaration des droits et responsabilités qui leur interdit d’intimider ou de harceler un autre utilisateur.
En outre, il sera rappelé aux parents que, s’ils constatent que l’école ou l’établissement de leur enfant ne prend pas en compte le harcèlement qu’il subit, ils sont en droit de s’adresser à la Médiatrice de l’Éducation nationale, elle-même garante de la prise en compte de l’ensemble de ces cas. Un numéro d’appel national sera mis en place à destination des parents.

Je n’admettrai plus qu’en cas de harcèlement, les équipes pédagogiques "bottent en touche" ou expliquent aux parents que leur enfant a un problème psychologique. Désormais, l’École ne sera plus cette institution qui considère le harcèlement comme ne relevant pas de sa compétence.

Vous le voyez : sur le modèle des États généraux de la Sécurité à l’École, nos axes d’action sont pluriels et complémentaires. Ils embrassent l’ensemble des problèmes qui se posent à nous.
Les ateliers que nous vous proposons aujourd’hui doivent nous permettre de donner chair à ces lignes.

Mesdames et Messieurs,
L’École est le lieu du devenir, où chaque élève, à travers son parcours de connaissances et de compétences, peut se construire et se projeter vers son futur.

  • Par son histoire, qui la lie substantiellement à la République
  • par sa nature, celle d’accueillir tous les élèves de France
  • par son ambition et son idéal d’ouvrir à l’universel

notre École ne saurait accueillir, ne saurait abriter, ne saurait tolérer l’intolérable et l’injustice. Elle ne saurait continuer à admettre en son sein les phénomènes de harcèlement. Il faut en faire un problème ; leur donner enfin un statut de réalités, les nommer ; lever ce poids de peur, de honte, de culpabilité rentrée dont souffrent les élèves victimes ; briser le mur du silence et rompre le cercle vicieux de l’isolement des victimes.

Pour cet enjeu de civilisation, j’en appelle aujourd’hui à la mobilisation générale : élèves, parents, équipes éducatives dans leur grand complet.
Parce que le harcèlement est cette violence diffuse qui se déploie à l’écart des adultes, quand la vigilance faillit et que le sens de l’idéal collectif n’est plus assez affirmé, il nous faut faire œuvre d’éducation.
Une éducation à la compréhension, à la solidarité, à la reconnaissance de l’autre dans la richesse de sa différence. À l’humanité.

"L'homme libre ne doit rien apprendre en esclave", écrivait Platon, La République, VII. À chacun de nos enfants, nous devons apprendre cette liberté, cette humanité de refuser l’asservissement de la violence.

Je vous remercie.

Mise à jour : juin 2011

Partager cet article
  • Envoyer à un ami
  • Imprimer
  • Agrandir / réduire la police

C'est pratique

Handicap, tous concernés

Le handicap


calendrier
 
 
     





DISPOSITIF VIGIPIRATE

Consignes de sécurité

Nous suivre

Facebook Twitter LinkedIn Snapchat Youtube lettres d'information

Nous contacter



picto accessibilité sourds et malentendants