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[archive] Allocution à l'occasion de la remise des prix du concours général des lycées et des métiers
Discours - Luc Chatel - 08/07/2010

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Luc Chatel s’est exprimé lors de la remise des prix du concours général des lycées et des métiers en Sorbonne le 8 juillet 2010.

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Recteur de l’académie de Paris,
Monsieur le Doyen de l’Inspection générale,
Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Monsieur l'Académicien,
Mesdames et Messieurs les Inspecteurs généraux,
Mesdames et Messieurs les Proviseurs,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs,
Chers lauréats,


Notre calendrier scolaire se clôt par l’un de ses plus beaux moments, par une véritable fête des intelligences, des savoirs et des compétences : la remise des prix du concours général des lycées et des métiers. Cette fête, nous avons la chance de la célébrer dans l’un des plus beaux lieux de notre université : cet amphithéâtre où souffle l’esprit de nos grands professeurs, où s’est aiguisé le goût du savoir de générations d’étudiants.

Oui, cette remise des prix du concours général est un superbe point d’orgue de l’année scolaire ; pour vous, chers lauréats, elle est un aboutissement. Car, en ce 8 juillet, à l’issue d’une année scolaire où vous avez, j’en suis sûr, démontré vos compétences et votre envie d’aller plus loin, vous êtes aussi parvenus parallèlement au terme d’un parcours.
 « Les amphithéâtres de jadis étaient ouverts pour le massacre des hommes, les nôtres le sont pour qu’ils apprennent à vivre longtemps » : ce distique du poète Santeul aura rarement trouvé plus belle application qu’aujourd’hui, où vous tous voyez récompensés vos efforts et votre goût du savoir et de l’apprentissage.

Car, pour expliquer votre résultat, je ne crois pas en l’effet exclusif et déterminant du don. Bien au contraire, je crois qu’une intelligence s’affirme au fil des parcours, qu’elle se précise et s’épanouit à la faveur des rencontres avec des camarades et des enseignants, qu’elle s’aiguise des efforts consentis pour assimiler des notions, des techniques, des gestes.
C’est cette tension constante vers  l’excellence, gage d’accomplissement et d’épanouissement, qui vous réunit aujourd’hui.

Je vous félicite donc tous pour l’investissement que vous avez dû fournir pour vous hisser au sommet de ce concours si sélectif.
Vous étiez plus de 15 000 à concourir au départ, vous êtes aujourd’hui moins de 400 à recevoir un prix, un accessit ou une mention. Parmi vous, de très jeunes lauréats et plusieurs benjamines et benjamins : Valentine Fédérico a décroché, à l’âge de 15 ans, un premier  accessit en sciences de la vie et de la Terre ; François-René Burnod, âgé de 14 ans et demi, obtient un quatrième accessit en histoire ; Nicolas Fréry, âgé de 15 ans et demi, a obtenu le troisième  prix de version latine.

Je me félicite également du nombre croissant de jeunes filles lauréates. Vous me permettrez d’ailleurs d’adresser des félicitations toutes particulières à Isabelle Kuss-Bildstein, qui cumule les exploits : elle est la plus jeune primée et elle a obtenu deux prix et une mention dans ce qu’on appelait encore récemment les humanités.
Je tiens enfin à féliciter très chaleureusement deux lauréats : Justine Rucet, qui a obtenu le premier prix de travaux publics, et David Perrier, qui a obtenu le premier prix des sciences et techniques sanitaires et sociales.
Vous êtes tous deux les démonstrations vivantes que l’ensemble des disciplines échappe désormais aux stéréotypes sexistes, qu’elles s’ouvrent aujourd’hui à toutes et tous.

Chacun dans sa spécialité, vous avez su donner le meilleur de vous-même pour arriver ici. Et je sais combien il vous a fallu d’efforts, de persévérance, de réflexion, d’ingéniosité pour goûter l’insigne honneur d’être conviés en ces lieux.
Car, pour en revenir aux mots mêmes, ce concours n’est pas un examen, et vous en avez sans doute fait par cette épreuve la première expérience. Loin de moi évidemment l’intention de dévaloriser les examens nationaux, qui reconnaissent des sommes importantes de compétences. Mais un concours répond, vous en conviendrez tous, à une autre logique. Il vise à atteindre – j’ose le mot – une performance. Le jour J, il ne s’agit en effet pas seulement de passer la moyenne, de s’assurer une validation, mais d’ambitionner le meilleur, de trouver au plus profond de soi-même les ressources pour se distinguer. En cela, ce concours constitue un beau prélude à ce qui fait la spécificité du système éducatif français : la reconnaissance de ceux qui recherchent l’excellence, la méritocratie. Car la méritocratie est au cœur de notre École ; elle est au fondement de notre République.

Vous connaissez sans doute certains de vos illustres prédécesseurs. Permettez-moi d’en rappeler quelques-uns, dont les noms ont rejoint et construit notre histoire : Victor Hugo, Charles Baudelaire, Louis Pasteur, Jules Michelet, Jean Jaurès, Marcellin Berthelot, Léon Blum, Georges Pompidou, Jacqueline de Romilly et bien d’autres.
Aujourd’hui, vous rejoignez cette lignée de passionnés qui, dès leur plus jeune âge, se sont sentis appelés par une curiosité, par une culture, par un destin : celui d’accomplir, de déployer tout leur potentiel.

Une autre valeur fondamentale que met en exergue ce concours est la reconnaissance de la diversité des talents.
Car nous savons l’excellence diverse et, pour justement célébrer la diversité de vos talents, le concours général n’a cessé de s’adapter.
Créé en 1744, à la croisée des âges, il portait en germe l’idée nouvelle, révolutionnaire, que la naissance ne peut pas tout, qu’elle ne doit pas tout pouvoir. Cet esprit de renouveau et d’ouverture s’est par la suite prolongé. Une première grande évolution eut lieu en 1924, lorsque le concours qui, à l’origine, s’adressait aux garçons des lycées parisiens s’ouvrit aux élèves de province et aux filles. En 1981, nouvelle ouverture, cette fois aux disciplines technologiques ; elle s’est prolongée en 1995 par un élargissement aux métiers du baccalauréat professionnel.
Vous le voyez, le concours général est un héritage en évolution, comme du reste toute notre École. Aujourd’hui, il intègre 54 disciplines : du thème latin à l’exploitation des transports, du génie des matériaux au russe, de la technologie et gestion hôtelières aux métiers d’art, sa palette très vaste a permis à chacun de vous d’exprimer le meilleur de lui-même.

Mais derrière la diversité de vos talents, de vos parcours, une ligne de force unit vos destins. Une idée fondatrice, contemporaine de la création du concours général, j’oserais dire le moteur même des Lumières : l’idée que le savoir et l’intelligence émancipent, donnent la liberté de construire sa vie. Elle était d’ailleurs au cœur du sujet du concours général de philosophie de la série L cette année, avec cette belle interrogation philosophique : « Qu’est-ce qu’un esprit libre ? ». On ne pouvait trouver sujet plus en rapport avec l’esprit de ce concours, né de l’appel des Lumières.

Sapere aude, « Ose savoir », « Aie le courage de te servir de ton entendement, de vouloir apprendre » : de cette belle injonction, héritée du poète latin Horace, Emmanuel Kant a fait la devise symbolique de ce mouvement des Lumières. Dans cette volonté nouvelle, effrénée, d’élargir sans cesse le champ de la raison, le philosophe voyait en effet une évolution capitale : le passage d’une minorité, d’une enfance soumise et contente de son ignorance, à une majorité assumée et lucide. Car oser penser, c’est vouloir grandir. Vouloir se grandir, et au-delà de sa seule personne, vouloir que tout le monde autour de soi grandisse.
Je suis sûr que ce concours vous a fait grandir. Oui, je suis sûr que cette audace, ce courage, vous les avez montrés pour réussir à parvenir ici, sous ces coupoles où bruissent encore les mots de maîtres de vérité et de liberté comme Louis Pasteur, Marie Curie ou plus récemment Pierre Hadot et Umberto Eco.

Aussi, je vous demande de vous inspirer de cet humanisme qui est à l’origine même de ce concours. Je vous demande d’être plus que des références dans la discipline où vous vous êtes illustrés. Je vous demande d’être des porte-parole d’un idéal, celui de notre École républicaine. De devenir des ambassadeurs de l’excellence scolaire que promeut notre École. J’ai besoin, nous avons besoin de votre énergie, de votre initiative pour aider certains de vos camarades à retrouver une motivation, à y voir plus clair dans leur projet d’avenir, à se construire leur future liberté.
Parce qu’il n’est pas ici vraiment question de s’assurer un débouché, de se ménager un avenir, de gagner quelque chose. Mais parce que vous avez voulu, parce que vous voulez savoir. Parce qu’en vous brûle la passion d’apprendre et de voir progresser vos compétences.
Pour vous et pour les autres. Car il n’en va pas seulement de votre avenir.

Vous êtes évidemment un espoir pour votre famille. Mais, plus largement, vous êtes aussi un espoir pour votre pays et, plus largement encore, - je le souhaite -, pour l’humanité. Vous êtes notre avenir : des fruits de vos formations, de vos découvertes, naîtra le monde de demain.
Voyez donc ces prix comme une reconnaissance de vos capacités, mais surtout comme un encouragement à mener plus avant votre apprentissage. Songez qu’à travers votre formation, ce n’est pas seulement votre avenir que vous construisez, votre personnalité que vous enrichissez et approfondissez. C’est aussi au bien de vos concitoyens que vous travaillez. Là réside le véritable humanisme, celui auquel Montaigne appelait : l’épanouissement de l’individu pour le bien de toute la communauté. Cet humanisme, les Lumières en ont hérité pour en faire l’idéal où a puisé l’esprit du concours général : apprendre pour exceller, exceller pour aider les autres.
Cet esprit doit encore nous habiter aujourd’hui. Il doit demeurer une exigence personnelle, une éthique.

Mesdemoiselles et Messieurs les lauréats,
Vous entrez aujourd’hui dans l’histoire d’un concours vieux de plus de deux siècles et demi.
C’est assurément un aboutissement, mais ce n’est pas un achèvement.
C’est un encouragement, mais ce n’est évidemment pas une fin.
Car rien n’est dès à présent acquis, et ces prix ne sont en aucun cas un blanc-seing. Voyez en eux la reconnaissance de votre parcours et de vos efforts, mais surtout une incitation à les poursuivre.
Aussi, profitez des circonstances, de  la satisfaction de faire partie d’une confrérie qui cultive le même idéal, de la joie de la rencontre : l’occasion est rare et mérite d’être savourée. Mais ne vous arrêtez pas à cette satisfaction passagère. Continuez à donner le meilleur de vous-mêmes, exprimez tout votre potentiel : c’est dans cette dynamique, dans cette tension permanente vers votre accomplissement que vous trouverez votre plénitude.
Ne vous contentez pas de peu : il n’y a pas de satisfaction dans les courses trop tôt arrêtées. Il n’y a pas de panache, comme aurait pu le dire Cyrano, à se limiter à un moyen terme.

Dans la diversité de vos parcours, je sais que vous avez bénéficié du soutien de vos familles. Mais très souvent aussi, je pense qu’à l’origine du parcours qui vous a menés ici, il y a une figure : un professeur qui vous a fait confiance, qui vous a transmis son savoir, qui a tout fait pour vous faire progresser.
Je veux rendre hommage aujourd’hui à tous ces « passeurs de feu », pour reprendre une belle expression de Rimbaud. À tous ces professeurs qui ont cru en vous. À tous ces enseignants qui, souvent bien au-delà de leur service, vous ont transmis leurs connaissances et leur goût du savoir. Qui ont veillé à attiser cette flamme de la connaissance, de la curiosité, de l’envie d’apprendre qui brûle en vous. Qui ont voulu vous accompagner vers cette réussite.
A la base de l’humanisme dont je parlais tout à l’heure, il y a la transmission, il y a l’échange : les professeurs qui vous ont aidés à arriver ici font vivre cet idéal.
Mesdames et Messieurs les professeurs ici présents, je sais combien cette cérémonie constitue pour vous aussi un aboutissement. En cette occasion particulière, je tiens à vous remercier, vous et vos collègues, du dévouement que vous montrez à vos élèves, à votre métier et à cet idéal éducatif que représente le concours général.


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Il est des pays qui abandonnent leur jeunesse à la loi du plus fort, d’autres qui la soumettent à un égalitarisme démobilisateur, d’autres enfin qui la réduisent à la sélection de l’argent. La France, elle, peut s’enorgueillir d’un idéal dont le concours général est justement investi : celui d’une incitation à l’excellence et de la célébration du mérite, de tous les mérites.
Ce concours appartient à notre patrimoine éducatif et intellectuel, à notre culture, à notre idéal républicain. Avec la perpétuation de cette tradition, nous maintenons vivants le goût du savoir et de l’épreuve, la recherche désintéressée de l’excellence, la valorisation par l’Éducation nationale des meilleurs de ses élèves.

Encore un grand bravo à toutes les lauréates et à tous les lauréats !

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  • Deux types de concours
  • Les professeurs proposent des candidats
  • Récompenses
  • Historique

Le concours général : un prix d'excellence

Mise à jour : juillet 2010

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