Question d'éducation numéro 1: septembre octobre 2006

actus pédagogiques

Vocabulaire 
Favoriser l'égalité des chances

Après la lecture, la grammaire et le calcul, le ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche vient de recevoir, le 14 mars dernier, le rapport du linguiste Alain Bentolila sur l’acquisition du vocabulaire à l’école élémentaire.

Maîtriser le vocabulaire, ses nuances, c’est aussi enrichir sa propre pensée, l’affiner. Inversement, le manque de mots est source d’impuissance et de frustration, comme le souligne le professeur Bentolila : « Lorsque les mots précis manquent aux élèves, c’est le sens qu’ils tentent de donner au monde qui s’obscurcit ». C’est pourquoi, la circulaire, qui a été publiée à la suite des recommandations du rapport sur l’acquisition du vocabulaire, vise à donner à chaque enfant les moyens de parler et de penser en utilisant toute la gamme de sens dont notre langue est riche. Il s’agit de favoriser l’égalité des chances en permettant d’ouvrir l’esprit de chaque enfant à un monde de mots plus vaste que celui de sa sphère sociale.

Pour enrichir le champ lexical de chaque élève, quatre recommandations majeures ont été formulées :

Donner des « leçons de mots ». Parce que la simple lecture des textes ne semble pas suffisante pour enrichir son vocabulaire, il est préconisé d’organiser, deux fois par semaine et dès la maternelle, une « leçon de mots ». Elle permettra ainsi de prendre le temps d’étudier les mots, d’en cerner progressivement le sens propre et donc de favoriser l’acquisition des trois cent soixante cinq mots que les élèves n’auraient pas acquis en dehors de l’école.
Enseigner le vocabulaire de manière spécifique et méthodique. Il s’agit d’être progressif, en partant des mots les plus fréquents jusqu’aux mots les plus rares. C’est en déterminant des séquences spécifiques, des activités systématiques et régulières que l’acquisition du vocabulaire pourra être renforcée.
Définir pour chaque classe le fond commun de vocabulaire. Cette troisième recommandation entre parfaitement en cohérence avec l’esprit et la méthode du socle commun de connaissances et de compétences : définir précisément les connaissances que tous les élèves doivent acquérir, graduer leur acquisition, et vérifier, étape après étape, que ces connaissances ont été acquises.
Réaliser un cahier de mots. Il est suggéré à chaque élève de posséder un cahier de mots qui le suivra de classe en classe, et sur lequel il pourra inscrire tous les mots qu’il aura acquis au fil des leçons. Ce sera en quelque sorte son « trésor de mots », qui permettra aussi à chacun de ses professeurs de vérifier qu’il a bien acquis le vocabulaire enseigné.

 
« Permetrre à tous d'acquérir un lexique plus riche et plus précis »

Mon rapport s’inscrit parfaitement dans la logique du socle commun de connaissances et de compétences en ayant pour objectif de donner à tous un lexique riche et précis. A la fin du CE1, les enfants au vocabulaire le plus pauvre connaissent une moyenne de 3 000 mots. Ceux moyennement pourvus atteignent 6 000, et ceux se situant à un niveau supérieur à peu près 8 000. Comme le gain lexical annuel moyen après l’âge de sept ans peut-être estimé à 1 000 mots par an, il y a déjà, à partir de cette classe, l’équivalent de cinq ans de différence entre l’élève doté pauvrement en vocabulaire et celui richement doté ! Il est donc nécessaire d’essayer de réduire cet écart en permettant à tous d’acquérir un vocabulaire plus riche et plus précis ».
Alain Bentolila l professeur de linguistique à l’université Paris-V