Question d'éducation numéro 1: septembre octobre 2006

Dossier



Une leçon de grammaire doit être conduite dans l’esprit des “leçons de choses”, de façon concrète, pratique ». Ainsi, si l’apprentissage structuré des règles demeure central, le spécialiste invite à « l’imagination créative, l’invention permanente », voire à l’étude du « langage des jeunes comme support d’étude grammaticale ». L’enseignement de la grammaire, sans renoncer à la rigueur de sa logique propre, ne doit pas hésiter à donner vie aux règles, à montrer que la grammaire, ce sont les règles qui donnent vie aux mots.

Parler le même langage

Ultime proposition, également validée : la simplification des termes grammaticaux. « La terminologie est devenue incompréhensible pour les élèves, mais aussi les professeurs et les parents ! Qui, aujourd’hui, parle de “champ narratif”, de “complément d’objet second” ou “d’avant-plan” ? Il faut mettre un terme à ce formalisme aride et ésotérique au profit d’une nomenclature simple, homogène, trans­parente et stable. » C'est ainsi que l'école, les parents et les enfants pourront collaborer, en utilisant un langage commun. L'instauration d'un tel environnement de travail ne pourra que renforcer la réussite des élèves.

pour approfondir

Quels sont Les principaux changements ?

Liste non exhaustive de sept nouveautés apportées par la réforme sur l’enseignement de la grammaire.

  • 1. L’enseignement de la grammaire devient progressif : en fonction de chaque niveau, on va du plus simple au plus complexe et du plus fréquent au plus rare.
  • 2. À l’école comme au collège, la leçon de grammaire devient une matière spécifique à part entière.
  • 3. La conduite d’une leçon de grammaire repose sur l’observation, la manipulation et la réflexion.
  • 4. L’analyse grammaticale des phrases s’érige en priorité.
  • 5. Au collège, les connaissances grammaticales visent à établir des comparaisons entre les mécanismes du français et ceux mis en œuvre par d’autres langues.
 

« Je ne comprenais plus les questions des exercices de Français de mes enfants »


Dominique Desmarchelier, Alain Bentolila et Érik Orsenna, auteurs du rapport sur l’enseignement de la grammaire. Témoignage d’Érik Orsenna.

« Cette réflexion sur l’évolution de la pédagogie grammaticale m’a d’abord intéressé au titre d’auteur et d’homme de lettres, bien sûr. Mais aussi, voire surtout, parce que je ne comprenais plus les questions des exercices de français de mes enfants. Y a-t-il des avancées dans le savoir qui justifient l’emploi de ces nouveaux mots ? Je me suis rendu compte que non. C’est donc un jargon évidemment utile pour les linguistes ou les doctorants, mais pas en classe de sixième. D’ailleurs, on ne parle même plus de grammaire mais d’“observation réfléchie de la langue”. Est-il venu à l’idée de qui que ce soit d’appeler le solfège “observation réfléchie de la musique” ? Cette technicisation du savoir est comme une modélisation

mathématique, et j’y vois une dérive. Ce qui explique que pour beaucoup d’enfants le français est la matière qu’ils détestent le plus. C’est préoccupant, car la langue est le contrat social par excellence, ce qui permet de tisser des liens avec les autres. Il fallait donc changer les choses. Et, au lieu de multiplier les commentaires de textes, il s’agit de revenir à des leçons consacrées à la ­grammaire, de pratiquer des exercices de rédaction, de jouer avec l’apprentissage des règles. Et se mettre aussi d’accord sur un lexique compréhensible par tous pour mettre fin à la ­fracture intergénérationnelle causée par l’approche actuelle de la grammaire. C’est un défi que nous devons relever pour l’avenir de nos enfants. »