RISQUES LIES AUX RAYONNEMENTS IONISANTS
13
La radioactivité est un phénomène naturel, provenant du sol et du soleil. Son utilisation en sources scellées ou non, tant dans le domaine industriel que médical, est très réglementée. Si les expositions à des doses massives sont bien connues, les agents des laboratoires de recherche sont souvent soumis à de faibles doses dont on mesure encore mal les effets sur la santé.
La prévention devra donc être orientée vers la meilleure maîtrise possible des niveaux d'expositions.

   I . EVALUER LES RISQUES

I . 1. DESCRIPTION DES RISQUES

La radioactivité, tant naturelle qu’artificielle, est due à l’instabilité des noyaux, lesquels émettent des particules (rayonnements ,ß ou neutrons) ou des rayonnements électromagnétiques (rayonnements X ou Y).
On distingue les sources non scellées, les sources scellées, les générateurs de rayonnements X et les accélérateurs de particules.


I . 1..1. LES RISQUES LIÉS A LA MANIPULATION DE RADIOÉLÉMENTS EN SOURCES NON SCELLÉES

Les sources non scellées sont des sources dont la présentation et les conditions normales d’emploi ne permettent pas de prévenir toute dispersion de substances radioactives.

Selon le radioélément, les utilisateurs sont exposés à deux types d’expositions :
- l’exposition externe ou irradiation,
- l’exposition interne ou contamination.
La contamination pouvant être :
- cutanée, lorsque le radionucléide est déposé sur la peau,
- incorporée, lorsque le radionucléide a pénétré dans l’organisme par les voies respiratoire, cutanée ou orale.

I . 1.2. LES RISQUES LIÉS À LA MANIPULATION DES SOURCES SCELLÉES, DES GÉNÉRATEURS ÉLECTRIQUES (RAYONS X), DES ACCÉLÉRATEURS DE PARTICULES

Les sources scellées sont des sources constituées par des substances radioactives solidement incorporées dans des matières inactives ou scellées dans une enveloppe inactive, présentant une résistance suffisante pour éviter dans des conditions normales d’emploi, toute dispersion de substances radioactives.

Les utilisateurs sont uniquement soumis à un risque d’irradiation. Il survient lorsque la personne se trouve sur le trajet des rayonnements et cesse dès lors qu’elle en sort.

L’émission des rayonnements est continue dans le cas des sources scellées. Pour les générateurs et les accélérateurs de particules, aucune émission de rayonnements n’est obtenue lorsqu’ils sont éteints.

I . 2. LES UNITÉS UTILISÉES EN RADIOPROTECTION

Becquerel (Bq) : unité d’activité, représente le nombre de désintégrations par seconde.
(ancienne unité : Curie (Ci).)
1 Ci = 3,7.1010 Bq.
Gray (Gy) : unité de dose absorbée, représente la quantité d’énergie cédée par unité de matière quel que soit le rayonnement et quelle que soit la matière traversée.
(ancienne unité : « radiation absorbed dose » (rad))
1 Gy = 100 rads = 1 Joule/kg.
Sievert (Sv) : unité d’équivalent de dose, représente la dose absorbée dans les tissus biologiques.
(ancienne unité : « radiation equivalent men » (rem)).
1 Sv = 100 rems

I . 3. LIMITES D’EXPOSITION DANS LES CONDITIONS NORMALES DE TRAVAIL

I . 3.1. EXPOSITION EXTERNE EXCLUSIVEMENT

Partie du corps exposée

Limite d’équivalent de dose pendant 12 mois consécutifs

Exposition globale de l’organisme entier

50 mSv

Peau

500 mSv

Cristallin

150 mSv

Main, avant-bras, pieds, chevilles

500 mSv

Un décret relatif à la protection des travailleurs contre les dangers des rayonnements ionisants devrait paraître. Il fixera des valeurs inférieures. 

I . 3.2. EXPOSITION INTERNE EXCLUSIVEMENT

La principale voie d’incorporation sur les lieux de travail étant l’inhalation (aérosols ou gaz), on définit la limite dérivée de concentration dans l’air (LDCA) comme la concentration de radionucléide dans l’air respiré, en moyenne sur l’année. Elle est exprimée en Bq/m3.

La limite annuelle d’incorporation (LAI) est l’activité qui, introduite dans l’organisme (inhalation ou ingestion), entraîne à terme pour un individu donné, une exposition égale à la limite de dose annuelle.

Les valeurs des LAI par ingestion ou par inhalation sont définies réglementairement.

Le décret relatif à la protection des travailleurs contre les dangers des rayonnements ionisants et les arrêtés d’application fixeront de nouvelles valeurs réglementaires.

    II . PRÉVENIR LES RISQUES

La radioprotection nécessite la classification des lieux de travail, celle des travailleurs ainsi que la mise en œuvre de mesures de contrôle.
Les appareils de mesure en temps réel de la radioactivité permettent de s’assurer de la pertinence des mesures de prévention adoptées.
La détention et l’utilisation de sources radioactives nécessitent une autorisation de la Direction Générale de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (DGSNR).

II . 1 LA PERSONNE COMPÉTENTE EN RADIOPROTECTION (PCRP)

La personne compétente en radioprotection est chargée par le chef de service, de la maîtrise des risques lors de la manipulation de sources, de générateurs X ou d’accélérateurs de particules.

Elle a reçu une formation agréée et validée. Elle propose les mesures à prendre pour prévenir les risques et préconise les mesures à mettre en œuvre en cas d’urgence.

Elle doit s’assurer que les contrôles sont faits et les recommandations appliquées. Elle doit fournir au service médical la liste des personnes habituellement exposées et leur classement. Elle assure la distribution et le ramassage des films dosimétriques. Elle doit être informée notamment quand des modifications sont réalisées.

II . 2 LA DOSIMÉTRIE

Le port d’un dosimètre (poitrine, poignet, doigt) permet d’évaluer à posteriori une dose individuelle. Il est inopérant dans le cas d’émetteurs de rayonnement ß de faible énergie (carbone 14, tritium, soufre 35, ...).
Pour les personnes pénétrant en zone contrôlée, la dosimétrie doit pouvoir être lue en temps réel (dosimétrie opérationnelle).


II . 3 LES MESURES GÉNÉRALES DE PRÉVENTION

Tous les manipulateurs appelés à travailler avec des rayonnements ionisants doivent avoir été

déclarés aptes par le médecin de prévention.

En cas d’allaitement, les femmes ne doivent jamais être exposées à un risque d’incorporation.

Afin de prévenir les risques radioactifs, il est nécessaire de :

II . 4 LES MESURES COMPLÉMENTAIRES DE PRÉVENTION DES RISQUES D’EXPOSITION INTERNE (SOURCES NON SCELLÉES)

Les mesures de prévention consistent à éviter la dispersion et la pénétration dans l’organisme.

Il faudra donc :

II . 5. LES MESURES COMPLÉMENTAIRES DE PRÉVENTION DES RISQUES D’EXPOSITION EXTERNE

Pour limiter ces risques, il faut :


II . 6. CONSIGNES EN CAS D’ACCIDENT

II . 6.1. EXPOSITION EXTERNE

Identifier les personnes victimes de l’incident.

Recenser quelques données :
- Pour un générateur de rayonnements X : les conditions de tension, l’intensité...,
- Pour une source radioactive : la nature et la forme physico-chimique du radioélément, son activité à la date de l’incident,
- La durée estimée de l’exposition,
- L’emplacement des films dosimétriques d’ambiance et ceux portés par les personnes présentes.

Demander le développement urgent de l’ensemble des dosimètres.
Faire une évaluation médicale (médecin de prévention ou IRSN).

II.6.2 CONTAMINATION SURFACIQUE

Il faut décontaminer dès que possible avec le concours de la personne compétente.

D’autre part, il est nécessaire :

La décontamination procède de la démarche inverse de celle du nettoyage en évitant tout étalement. Le bord extérieur de la tache est d’abord traité, la plus forte contamination étant traitée en dernier.

 


II . 7 CONSIGNES EN CAS DE CONTAMINATION CORPORELLE

Attention : les valeurs limites ont été fixées réglementairement pour une population de travailleurs sains, étant entendu que toute irradiation peut avoir un effet.

La prévention consiste donc à diminuer voire éliminer toute exposition. L’urgence médicale prime toujours sur le traitement de l’exposition externe, de la contamination externe ou de la contamination interne.


III. GESTION DES DECHETS

Les déchets radioactifs doivent être triés et conditionnés le plus en amont possible.
Ils sont triés en fonction de leur période radioactive, les déchets de période courte (inférieure à 100 jours) sont mis en décroissance par la PCRP, les autres déchets seront confiés à l’ANDRA.

Les déchets sont stockées dans des locaux dédiés, qui devront respecter la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement
.

 

   

 


Textes de référence

Décret n°2002-460 du 4 avril 2002 relatif à la protection générale des personnes contres les dangers des rayonnements ionisants.
Décret n°86-1103 du 2 octobre 1986 modifié relatif à la protection des travailleurs contre les dangers des rayonnements ionisants.
Circulaire DGS/SD7D/DHOS/E4 n°2001-323 du 9 juillet 2001 relative à la gestion des effluents et des déchets d’activités de soins contaminés par des radionucléides

POUR EN SAVOIR PLUS

Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs : www.andra.fr
Ministère, Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (DGSNR), sous-direction des activités industrielles et de recherche : www.asn.gouv.fr
Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire : www.irsn.fr

Sommaire