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Signature de la convention sur l'éducation aux médias et à l'information : discours de Najat Vallaud-Belkacem
Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 18/12/2015

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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, s'est exprimée lors de la signature de la Convention sur l'éducation aux médias et à l'information, le jeudi 17 décembre au "BAL" (Paris).

Seul le prononcé fait foi

 

Madame la ministre de la culture, chère Fleur Pellerin,
Madame l'adjointe au Maire du 18e arrondissement, chère Carine Rolland,
Madame la directrice du Bal, chère Diane Dufour,
Monsieur le directeur général du réseau Canopé, cher Jean-Marc Merriaux,
Mesdames et messieurs,

 

Les apparences, comme les discours, peuvent être trompeurs. Nous le savons depuis longtemps.

Mais à l'époque où nous sommes, l'information se déploie sur des supports multiples, avec une rapidité inimaginable il y a seulement vingt ans.

Devant cette profusion, il est encore plus nécessaire qu'autrefois que le discernement, le recul, et l'esprit critique guident notre appréhension des faits et façonnent notre rapport aux médias et à l'information.

Oui, à l'heure où la propagande est à portée de clic, il est essentiel de donner à nos élèves une capacité des ressources qui ont toujours été celles du savoir, de la rigueur, et de la connaissance.

Tel est, précisément, le sens de l'Éducation aux Médias et à l'Information.

 

Et je voudrais, ici, puisque le lieu s'y prête, insister tout particulièrement sur la question de l'image, qui est centrale dans le moment que nous vivons.

Nous sommes en effet, aujourd'hui, dans une situation paradoxale.

Jamais l'image n'a été aussi présente dans nos sociétés. Or, face à cette omniprésence de l'image, nous avons, à bien des égards, une absence : celle de sa compréhension et de sa maîtrise.

Nous avons, oublié, d'une certaine façon, ce que rappelait magnifiquement Degas : "Le dessin n'est pas la forme, il est la manière de voir la forme ".

Au sein de l'exposition "Dust", c'est la beauté de la poussière qui se dévoile lorsque les artistes la balayent de leur regard, lui conférant dès lors une autre apparence. C'est le regard de l'artiste qui permet de nous donner sur l'insaisissable une prise : par la pose qu'il choisit, il nous incite à prendre le temps d'un regard différent.

C'est ce temps du regard, qui est aussi le temps de la réflexion, que nous voulons offrir à tous nos élèves à travers le parcours d'éducation artistique et culturelle.

Le Bal abrite aussi un lieu exceptionnel, unique en France, pour l'éducation à l'image : "La Fabrique du Regard". Une expression très juste. Car le regard se structure, se nourrit, se crée.

Le propre de l'art est de masquer sa fabrique, sa dimension artisanale. Dans une photo, nous voyons une image qui nous semble réelle. Mais elle peut aussi bien, et la photo de Man Ray qui a inspiré l'ensemble de l'exposition « Dust » est à cet égard exemplaire, être surréelle, ou irréelle.

Une photo, c'est un cadrage, qui occulte le hors cadre. Elle ne nous montre qu'une partie du monde, comme le rappelle Raymond Depardon : "[...] tu montes sur une dune, tu prends ton appareil [...] et tu te trouves au centre d'un cercle de 360°, tu y vois à une quinzaine de kilomètres, et avec le plus grand angle du monde, tu ne couvres au maximum qu'un quart du cercle." (Le Désert, allers et retours.)

Travailler la photo, c'est découvrir que la profondeur de champ influe considérablement sur notre perception, que le choix d'une courte focale donne à une image une autre dimension, que la couleur et le noir blanc peuvent donner, à une même photo, des atmosphères radicalement différentes.

Pénétrer dans la chambre obscure, c'est, au fond, donner de la clarté au monde qui nous environne.

Car voir ne suffit pas. Il faut aussi savoir lire, déchiffrer, interpréter.

 

Avec l'image, s'aborde donc un domaine essentiel, que les élèves explorent avec leurs enseignants

Par les connaissances et les savoirs qu'ils leur transmettent, ils les initient à la complexité de l'image et plus largement à celle de la représentation. Informer, l'étymologie nous le dit, c'est aussi mettre en forme.

Le monde ne se donne jamais complètement : il nous est montré, raconté, livré. Et cela, l'École l'enseigne et le transmet.

À travers l'histoire et la littérature, l'élève prend conscience de la complexité à laquelle les récits humains donnent forme.

À travers les enseignements artistiques, il aborde des thèmes de l'histoire des arts et des pratiques, qui prennent, dans notre époque, une résonance particulière.

Oui, connaître les nombreuses critiques auxquelles a donné lieu l'image, la façon dont on l'a envisagée tour à tour comme un trompe-l'oeil ou comme le dévoilement d'une vérité supérieure, nous en dit aussi beaucoup sur la fascination qu'elle exerce aujourd'hui.

Le regard doit en effet être aiguisé, affûté, pour affronter le flux incessant d'images qui nous environne. L'oeil ne doit pas être un organe passif, mais un oeil, pour reprendre la formule de Jean Starobinski, "vivant".

 

L'éducation aux médias et à l'information, permet ainsi à nos élèves d'aborder le monde avec un esprit critique

Elle est donc confortée dans les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire. Elle trouve pleinement sa place, dès le 1er degré et jusqu'au lycée, dans une pédagogie de projet dont la classe du lycée Henri Wallon d'Aubervilliers ici présente nous a donné une très belle illustration.

Elle nécessite en effet par son objet, une approche collective et collaborative, qui est au coeur de la convention que nous allons signer.
Celle-ci réunit trois acteurs essentiels : le ministère de la Culture et de la Communication, et le ministère de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur, et de la Recherche et son opérateur sur l'éducation aux médias, le Clémi, service du réseau Canopé.

Nous initierons ainsi différentes dynamiques : une dynamique locale, par une mise en réseau des acteurs et une mutualisation des pratiques ; un déploiement de la formation initiale et continue à l'éducation aux médias.

 

Mais aussi une dynamique d'ouverture. Car l'École doit s'ouvrir

Il serait en effet dommage de se priver des apports que constituent l'expérience et le savoir-faire des professionnels de l'image, qu'ils soient photographes, reporters, ou cinéastes.

Nous multiplierons ainsi les interventions de professionnels dans les classes, que ce soit par le biais de partenariats, comme celui que nous avons noué avec le Bal, ou par la réserve citoyenne. Car comprendre les médias et l'information, c'est aussi comprendre comment elle se fabrique aux côtés de ceux qui la font.

C'est ce que vous faites ici, au Bal, où vous organisez la rencontre et le travail conjoint des artistes et les scolaires, avec les établissements de Paris et de plusieurs autres villes. Et c'est aussi ce que vous développez à travers la plateforme numérique d'éducation à l'image, que vous préparez et que nous soutenons pleinement.

Cette plateforme proposera aux enseignants et aux artistes à la fois des outils d'éducation à l'image et un espace de création. Elle verra le jour en mars prochain.

C'est pour cela que nous mettons aussi l'accent sur l'action et l'engagement des élèves dans l'élaboration de radios, de journaux ou d'émissions sur leur école, leur collège ou leur lycée. Car il n'y a pas de meilleure éducation aux médias que de fabriquer soi-même un média.

Faire faire pour mieux savoir : tel est notre objectif.

Voilà pourquoi cette convention permettra aussi de valoriser les initiatives des élèves. Car c'est par l'action que l'on fait ensuite des lecteurs et des spectateurs avisés, informés, et critiques, c'est-à-dire à même d'avoir, face aux images, une certaine distance.

C'est cette distance, cet écart qui constitue l'espace nécessaire à l'élaboration du sens.

Mais on ne peut aborder la question de la distance sans s'interroger aussi sur celle qui sépare actuellement nombre d'élèves des journaux et des médias en général. Pour réduire celle-ci, des liens sont nécessaires.

Cette convention prolongera et consolidera donc la logique du partenariat, et développera ainsi la formation des enseignants à l'EMI, les interventions de professionnels des médias dans les classes, et le tutorat des médias collégiens et lycéens.

 

À la complexité des médias et de l'information, doit donc répondre la cohérence de cet enseignement, et notre mobilisation à toutes et à tous

Car il n'y a pas d'un côté le savoir, et de l'autre la pratique. Faire, c'est ancrer les connaissances dans la force d'une expérience vécue, et les échanges que nous avons eus en témoignent.

Nos élèves acquièrent ainsi une familiarité avec les médias, qui n'est pas une fascination passive, mais une compréhension active.

Et par là, ils n'acquièrent pas ce soupçon délétère et mortifère qui nourrit le complotisme : mais cette juste distance qui fonde un regard informé. Un oeil vivant. Et un esprit critique.

Je vous remercie.

 

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Mise à jour : décembre 2015

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