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Discours de Najat Vallaud-Belkacem à la COP21 lors du Thematic Day "Éducation au développement durable", vendredi 4 décembre
Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 04/12/2015

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Najat Vallaud-Belkacem s'est exprimée lors du Thematic Day "Éducation au développement durable" dans le cadre de la COP 21, le vendredi 4 décembre.

Seul le prononcé fait foi,

Madame la Directrice Générale de l’UNESCO, chère Irina Bokova,
Madame la Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, chère Ségolène Royal,
Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle du Maroc, cher Rachid Belmokhtar,
Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique du Gabon, Vice-Président de la CONFEMEN, cher Florentin Moussavou,
Mesdames et Messieurs, venus du monde entier, dans la salle, mais aussi ceux qui nous regardent en direct sur internet,

A chaque fois que des idées novatrices, audacieuses et justes ont été évoquées dans le monde, elles ont, au début, rencontré des résistances, des oppositions et des attaques, provenant de ceux qui pensaient que rien ne changerait et que rien ne devait changer.

Ce fut le cas, lorsque, pour la première fois, on a réclamé le suffrage universel.

Ce fut le cas quand, pour la première fois, on a demandé à ce que les filles reçoivent la même éducation que les garçons.

Ce fut le cas quand on a voulu permettre à l’ensemble d’une population de pouvoir lire, écrire, et compter.

Et pourtant. Pourtant, nous voyons dans de nombreux pays, que ces idées sont devenues entre-temps des réalités tangibles.

Nous voyons les situations évoluer, les mentalités aussi. Nous voyons que le changement est possible. Mais nous constatons également qu’il ne se décrète pas.

Il se construit. Comment ? Avec une volonté politique. Avec des objectifs concrets et précis. Et avec, bien sûr l’éducation.

Car il y a, dans l’éducation, une idée fondamentale : celle du progrès. Non pas un progrès qui se résumerait à du « toujours plus ! ». Mais un progrès qui nous conduit vers du « toujours mieux ».

C’est cela, éduquer. Conduire les élèves vers le meilleur.

Voilà pourquoi la conscience de ce que nous avons à accomplir dans le domaine de l’éducation au développement durable m’enthousiasme.

Voilà pourquoi je crois que nous avons toutes et tous, ensemble, ici réunis, un défi important à relever. Un défi exaltant. Un défi de notre temps : celui de l’éducation au développement durable.

L’éducation au développement durable c’est d’abord une éducation au destin mondial

Le développement durable et l’environnement s’inscrivent pleinement dans les nouveaux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de l’ONU approuvés par tous les pays du monde, il y a quelques mois.

Car dans la notion de développement durable, il y a le mot développement.

Or, les pays du monde entier, cette semaine, sont réunis pour prendre ensemble les décisions qui doivent permettre de réduire le risque lié au réchauffement climatique. Pour réduire ce risque, il y a bien sûr les thèmes qui sont en train d’être négociés par les diplomates. Mais au-delà de ces thèmes, pour réduire le risque lié au réchauffement climatique, nous le savons bien, il faut aussi s’attaquer aux inégalités.

Inégalités entre peuples, inégalités entre populations d’un même pays, et parmi ces inégalités, la première d’entre elles, c’est celle de l’accès à l’éducation.

Inégalités face à la connaissance, entre les territoires où l’éducation a toute sa place et ceux qui sont plus éloignés de cet objectif.

Inégalités face aux connaissances scientifiques qu’ont ou non  les élèves et les enseignants sur le changement climatique pour forger leur conscience sur ces sujets et s’approprier intimement la nécessité de préserver l’environnement.

C’est la raison pour laquelle j’ai voulu organiser cette conférence internationale, pendant la COP21. Je le sais, certains d’entre vous auraient même souhaité que l’éducation soit un thème de la négociation qui se déroule actuellement entre États.

Alors, c’est vrai que les États ont déjà beaucoup de sujets de discussion cette semaine. Mais à vrai dire, plus que par la négociation, je crois que c’est par un changement profond de culture des systèmes éducatifs que nous parviendrons à faire du développement durable un enjeu commun à l’ensemble des disciplines enseignées dans les écoles.

Et pour cela, nous devons envisager notre destin à une plus grande échelle ¬– non pas celle des pays ou des continents ¬– mais celle de la terre.

C’est donc parce que je suis convaincue de ce destin mondial que je crois que chaque ministre de l’éducation doit se sentir concerné, et mobiliser l’ensemble de son système éducatif au niveau national.

Grâce aux travaux récents issus de la recherche, et notamment ceux du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous savons désormais avec une quasi-certitude que les changements climatiques ont 95% de chances d’être liés à l’activité humaine.

Pour lutter contre ces changements ou pour en limiter la portée, nous savons également que les deux principaux leviers d’action sont l’atténuation des émissions de gaz à effets de serre, et l’adaptation aux effets du changement climatique.

Sur ces deux leviers d’action, l’École a un rôle fondamental à jouer.

Parce que sans l’École, sans la sensibilisation des enfants dès le plus jeune âge et tout au long de leur parcours scolaire puis étudiant, il ne peut y avoir de société du développement durable.

En France, avec 12,3 millions d’élèves, plus de 840 000 enseignants, 2,5 millions d’étudiants et près de 91 000 enseignants dans l’enseignement supérieur, le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche dont j’ai la responsabilité peut faire la différence. Il peut venir en appui, en France, à la politique environnementale portée par le gouvernement, et je salue ma collègue Ségolène Royal, qui me fait l’amitié d’être là.

Et je pense que ce que je dis est valable dans l’ensemble des pays.

Je ne prétends pas, en disant cela, donner des leçons. J’ai moi-même dû m’approprier ces enjeux de développement durable avant de les porter auprès des professionnels de l’éducation nationale.

Mais je pense que l’ensemble des ministres de l’éducation nationale doivent se sentir concernés par l’éducation au développement durable. Ils doivent s’en sentir responsables, en s’adaptant bien sûr au contexte de leur pays et aux représentations différentes que peut revêtir le changement climatique en fonction des cultures.

La méthode que j’ai choisie pour la France, c’est de repérer les initiatives existantes qui fonctionnent et de les généraliser dans l’ensemble du système éducatif. Car les initiatives sur le terrain, à mon arrivée, étaient nombreuses et ce depuis des années. Mais elles reposaient bien souvent sur la motivation personnelle de certains enseignants ou chefs d’établissement.

Or, l’éducation au développement durable dans les systèmes éducatifs, pour fonctionner pleinement, ne doit pas reposer sur la seule motivation personnelle. Cela ne doit pas être seulement un acte militant.

Cela doit être une véritable politique publique, intégrée à l’ensemble des disciplines que nous enseignons, mobilisant chaque professionnel du système éducatif.

Nous devons faire comprendre, notamment, que l’éducation au développement durable n’est pas un gadget. Ce n’est pas un effet de mode. C’est à la fois un objectif, et un outil pédagogique au service des enseignants.

Apprendre les saisons aux élèves à l’école maternelle, comme le prévoient les programmes scolaires ? On peut le faire en développant des jardins pédagogiques pour observer les différents légumes ou les plantes qui poussent en fonction des saisons.

Apprendre à s’exprimer à l’oral ? Faire des maths ? De la physique ? On peut aussi le faire à travers une simulation de négociation internationale sur le changement climatique au collège ou au lycée : en transmettant aux élèves des connaissances scientifiques sur le changement climatique, en leur faisant calculer un bilan carbone, et en leur apprenant à argumenter à l’oral en représentant chacun un pays différent dans ce jeu de rôle.

Et c’est parce que l’éducation au développement durable est de la pédagogie que la mobilisation des systèmes éducatifs passe d’abord par les programmes scolaires de l’ensemble des disciplines que nous enseignons, de la biologie à la physique, du Français à l’Histoire-Géographie.

Car le développement durable n’est pas une matière à part, une discipline autonome : c’est un rapport au monde, un changement profond dans la façon dont nous inscrivons notre action en tant qu’être humain dans notre environnement. Et c’est pour cette raison que cela concerne l’ensemble des disciplines.

Si l’Ecole prépare les élèves au monde d’aujourd’hui, et, encore davantage, au monde de demain, c’est pour qu’ils en deviennent aussi des acteurs. L’avenir ne se subit pas : nous le façonnons, jour après jour.

Ainsi, l’éducation au développement durable ne se résume pas à des savoirs : elle s’investit dans une pratique. Elle est aussi un savoir-faire et un savoir-être.

Voilà pourquoi, en complément des programmes, nous pouvons nous appuyer sur la pédagogie de projet. Eco-délégués dans tous les collèges et tous les lycées, demande à l’ensemble des écoles, collèges et lycées d’intégrer le développement durable à leur projet d’école d’ici 2020, concours pédagogique entre les enseignants pour valoriser leurs projets, voici les actions que nous avons commencé à déployer en France et que je veux intensifier dans les mois et années à venir.

La difficulté à laquelle nous sommes tous confrontés, c’est qu’il ne suffit bien sûr pas de proclamer l’importance de l’éducation au développement durable. Le défi auquel tous les Etats sont confrontés dans ce domaine, c’est celui de la conduite du changement : comment impulser le changement culturel qu’implique le développement durable dans des systèmes éducatifs dont ce n’est pas le cœur de métier ? Comment toucher non seulement l’encadrement intermédiaire, mais aussi chaque enseignant, chaque directeur d’école, chaque chef d’établissement ? C’est le thème des tables rondes qui réuniront ce matin des experts représentant des pays du monde entier, qui viendront témoigner de la façon dont leur Etat ou leur région s’y sont pris.

Pour relever ce défi, nous avons la chance, tous, dans nos pays respectifs, de pouvoir nous appuyer sur des partenaires, qu’il s’agisse d’associations, d’ONG, d’entreprises ou de collectivités locales. Il faut avoir l’honnêteté de dire, devant vous, représentants des ONG, que c’est bien souvent vous les premiers qui avez amené les Etats à mobiliser les systèmes éducatifs autour des enjeux de développement durable. Et c’est vous qui continuerez à nous soutenir et nous aider à évoluer dans les années à venir.

Et pour que notre partenariat soit un partenariat durable, nous avons besoin d’engagements clairs, d’engagements précis, d’engagements qui soient la garantie d’un changement réel dans le domaine de l’éducation.

Et c’est pourquoi je le dis devant vous aujourd’hui, à ce moment fort et particulier qu’est la COP21 : je m’engage

Moi, ministre de l’Éducation, je m’engage aujourd’hui, devant vous, à porter les enjeux de développement durable au sein de l’éducation nationale française.

Je déclare que l’éducation au développement durable est un enjeu mondial, car sans éducation, il n’y a pas de développement, et il n’y aura pas de développement durable sans éducation.

J’invite mes collègues ministres de l’Éducation du monde entier à mobiliser leur système éducatif autour des enjeux de développement durable, et plus particulièrement ceux liés à l’environnement et au réchauffement climatique.

Car nous, ministres de l’Éducation nationale du monde entier, avons une responsabilité en la matière.

Et je suis fière et heureuse d’avoir aujourd’hui à mes côtés le ministre de l’éducation nationale du pays qui organisera la COP22, le Maroc : je lui passe le relais pour qu’il puisse continuer à porter ces enjeux d’éducation à l’occasion de la COP 22.

Le ministre de l’éducation nationale du Gabon, en tant que Vice-Président de la CONFEMEN, représente également aujourd’hui de nombreux ministres de l’éducation nationale de différents pays, et je le remercie de venir s’engager aujourd’hui à nos côtés.

Et pour avancer, nous pouvons, je le sais, compter sur le soutien sans faille de l’UNESCO, qui a été précurseur dans ce domaine à l’occasion de la « Décennie des Nations Unies pour l’éducation au service du développement durable ».

Cette mobilisation, ces soutiens, votre présence à toutes et à tous sont précieux. Ils rappellent qu’éduquer au développement durable n’est pas seulement un défi important : c’est une nécessité.

Nous devons changer. Nous devons agir. Et je le dis avec confiance et avec détermination.

Avec confiance, parce que s’il y a un lieu profondément lié au changement, c’est bien l’École. L’École, qui, au fil des siècles, a su elle-même changer, s’adapter. L’École, qui a été une préoccupation constante de toutes ces femmes et ces hommes qui se sont employés par le passé, à changer les choses, à changer le monde, et qui continuent à le faire aujourd’hui.

Oui, dans les temps qui sont les nôtres, l’École a, encore et toujours, un rôle essentiel à jouer pour lutter contre le réchauffement climatique.

Parce qu’à travers ses enseignants, ses personnels, ses directeurs, l’Ecole agit dans un temps qui n’est pas celui, éphémère, d’une déclaration tonitruante sans lendemain, mais dans un temps long.

Cela demande de la patience, des efforts. Cela exige de notre part un soutien sans failles.

Mais c’est ainsi que s’élaborent de vraies réponses aux défis qui sont les nôtres. C’est ainsi que nous changerons les choses, en donnant à nos élèves, et à nous-mêmes, les moyens d’agir, et de ne plus subir.

Pour qu’enfin, un jour, il ne soit même plus nécessaire de préciser durable après développement. Parce que cela ira de soi.

Je vous remercie.

En savoir plus
Page à consulter

Thematic Day Education au développement durable - COP 21

Dans le cadre de la COP 21,  Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, organise le vendredi 4 décembre un Thematic Day sur l’éducation à l’environnement et au développement durable, en présence de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, de Rachid Belmokhtar, ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle du Maroc (pays organisateur de la COP 22) et d'Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO.

Thematic Day Education au développement durable - COP 21

Mise à jour : décembre 2015

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