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Discours de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche au colloque "Lire et écrire au CP"
Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 25/09/2015

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Najat Vallaud Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a prononcé un discours à l'occasion du colloque "Lire et Écrire en CP" qui s'est tenu à l'Institut français de l’éducation (Ifé) le 25 septembre 2015, en présence du directeur de l’Ifé, Michel Lussault, et du président de l’ENS Lyon, Jean-François Pinton.

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le directeur de l’Ifé, cher Michel Lussault,
Monsieur le président de l’ENS Lyon, cher Jean-François Pinton,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Lire et écrire constituent, dans notre école, des fondamentaux.

Ceci explique que nous y soyons tous attachés. L’intensité de cet attachement se traduit d’ailleurs par les réactions que provoque le sujet. Des réactions passionnées, pour ne pas dire plus.

Pour cette raison, ce colloque offre un moment précieux. Loin des agitations médiatiques et des tribunes enflammées que gouverne l’urgence du court terme, il est un espace où s’expriment les nuances, la réflexion et la finesse d’analyse.

Je suis donc très heureuse d’être parmi vous.

L’étude dont il va être question, nous fournit, sur la lecture et l’écriture, une perspective extrêmement intéressante. Je tiens à saluer Roland Goigoux, qui la dirige, et l’ensemble des enseignants chercheurs de toute la France, qui y contribuent.

Une recherche s’enracine souvent dans une question urgente, qui s’impose, d’une façon ou d’une autre, aux chercheurs.

L’urgence transparaît dans les résultats de Cedre, de Pirls, de Pisa, elle est vécue par les enseignants dans leurs classes : oui, il est urgent de remédier aux importantes lacunes de nos élèves dans la lecture, l’écriture, mais aussi dans les mathématiques.

Face à cette urgence, la recherche prend le recul nécessaire à la compréhension du présent.

Cette prise de recul n’est ni un éloignement, ni un désintérêt, mais une attention particulière.

Cette attention, vous l’avez portée sur deux des apprentissages fondamentaux, "lire, écrire", et sur un âge décisif pour leur acquisition, entre cinq et huit ans.

Si votre recherche se poursuit, ses premiers résultats fournissent cependant des réponses à cette question cruciale : quelles sont les pratiques qui favorisent les apprentissages ?

Car la transmission des fondamentaux ne se résume pas à une formule incantatoire, "lire, écrire, compter". Elle nécessite une pédagogie adaptée et la compréhension des éléments
déterminants pour leur acquisition par les élèves.

Ce sont donc des informations importantes que vous nous apportez.

La première d’entre elle est la complémentarité des différents apprentissages.

L’élève doit certes acquérir le déchiffrage, savoir décoder, s’entraîner à identifier les sons, les syllabes, les phonèmes, à acquérir le principe alphabétique, à écrire, à découvrir, mémoriser et réemployer les mots qu’il apprend, mais il doit aussi comprendre.

Il n’y a pas d’opposition entre décoder et comprendre : ce n’est pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre.

Sinon, le risque est grand de se leurrer. En CE2, 4% des élèves ne maîtrisent pas le décodage.

C’est encore trop, mais cela peut sembler peu. Mais ils sont entre 15 et 20% à avoir une compréhension défaillante. 2 élèves sur dix. Et ces 20%, nous les retrouvons en 6ème.

Ce double travail est donc essentiel pour la lecture.

La compréhension suppose des compétences lexicales et syntaxiques, mais aussi une capacité à percevoir des sous-entendus, des intentions, l’implicite des textes.

Tout ce qui fait précisément la richesse des textes littéraires et celle de la vie. Percevoir l’implicite, c’est comprendre autrui au-delà des mots.

Le second point qui m’a vivement intéressée, c’est l’importance du travail réitéré, de la reprise, de ce qui, dans le sport, s’appellerait l’entraînement, dans la musique, les gammes, ou, au théâtre, les répétitions.

La lecture, l’écriture, cela se pratique. Par la pratique succède, au labeur du déchiffrage, une aisance qui offre un socle solide aux connaissances à venir.

Entre vos résultats et la refondation de l’école, on retrouve des échos, des inspirations et des convergences.

La première, la plus évidence, est la place centrale qui doit être donnée aux apprentissages fondamentaux.

La terminologie elle-même souligne à quel point ils sont au coeur de la refondation de l’école, de la maternelle jusqu’au collège : le cycle 2, du CP au CE2, est celui des "apprentissages fondamentaux" ; le cycle 3, du CM1 à la 6e est celui de la "consolidation" ; enfin, le cycle 4, de la 5e à la 3e est celui des "approfondissements".

À l’école maternelle, une attention particulière est portée à la mobilisation du langage dans toutes ses dimensions, afin d’éveiller chez l’élève une véritable conscience de la relation entre les sons et l’écriture, sur laquelle se fonde l’acquisition des fondamentaux au cours du primaire.


Au cycle 2, le nouveau programme de français met l’accent sur la mémorisation et l’entraînement en lecture et en compréhension de l’écrit. Il y aura des activités quotidiennes de lecture et d’écriture, de dictées et de textes à mémoriser.

À la lecture et à l’écriture, nous ajoutons une troisième dimension, totalement absente du programme de 2008, celle de l’oralité. Le langage oral favorise une meilleur entrée dans l’écrit, et, en retour, l’écrit rend possible une prise de parole plus élaborée.

Mais mettre les fondamentaux au coeur de l’école, ce n’est pas les circonscrire à des heures réservées. C’est faire en sorte qu’ils innervent constamment les activités et les apprentissages de tous les élèves. Au cycle 2 par exemple, du CP au CE2, en plus des dix heures classiques de français, ce sont dix heures par semaine qui seront consacrées à des activités quotidiennes d’oral, de lecture et d‘écriture.

On apprend autant à lire en faisant des recherches pour un exercice d’arts plastiques que dans un manuel de lecture.

On apprend autant à écrire en rédigeant des lignes d’écriture qu’un discours qui sera prononcé devant la classe.

Et lorsque vous insistez sur les compétences "inférentielles", par exemple la compréhension de ce que font ou veulent des personnages dans une fiction, ce sont précisément elles qui sont convoquées lorsque les élèves pratiquent du théâtre.

Il n’y a donc pas d’un côté des savoirs fondamentaux, et, de l’autre, des connaissances annexes. Les deux sont intimement liés.

Les fondamentaux, sont, par définition, partout présents. Il nous appartient donc de tout mettre en oeuvre pour que cette convocation soit régulière et systématique.

Consolider leur apprentissage passe ainsi par des réponses pédagogiques adaptées.

Cela passe notamment par la mise en place en cette rentrée au début du CE2 d’une évaluation diagnostique systématique du niveau des élèves en français et en mathématiques.

Elle n’a qu’une vocation : que les professeurs puissent identifier plus facilement les origines des difficultés et mettent alors en place une réponse adaptée pour chaque élève.

Ce souci non seulement de faire acquérir mais aussi de consolider se traduit par des mesures fortes adoptées depuis 2012 : le dispositif plus de maîtres que de classes, dans le premier degré, qui affecte un maître supplémentaire dans l’école pour renforcer l’encadrement des élèves, et le travail en petit groupe ou l’accompagnement personnalisé au collège.

Autant de nouvelles organisations qui nous permettent de nous adapter à la réalité du terrain et à la singularité de chaque établissement.

Car nous ne sommes pas égaux face aux fondamentaux.

Si l’on reprend la statistique de 20 % d’élèves ayant une compréhension défaillante de l’écrit, l’écart entre les élèves des Réseaux d’Education Prioritaire et les autres est d’environ 8 points, et celui entre les enfants de cadres et les enfants d’ouvriers est de 15 points.

Sans une politique cohérente de réduction des inégalités, aucune équité n’est possible.

Si nous insistons tant sur la préscolarisation des moins de 3 ans dans les Réseaux d’Éducation Prioritaire, c’est parce qu’elle favorise l’acquisition des fondamentaux, en particulier en matière de compréhension et d’expression orales.

La recherche montre que l’apprentissage du lexique entre un an et trois ans se traduit par des écarts très importants en fonction du milieu social et culturel.

Dès l’âge de trois ans, au moment de l’entrée en maternelle, les enfants des familles aisées ont un vocabulaire trois fois plus riche que ceux des familles à faible revenu. La richesse n’est pas que financière, elle est aussi langagière.

Ces écarts, s’ils ne sont pas comblés, produisent des inégalités tout au long de la scolarité.

Les défis, on le voit, sont nombreux. Nous nous attachons à les relever, en prêtant une attention particulière à des travaux comme les vôtres. Car l’action politique a, elle aussi, besoin d’appuis solides.

Vous en êtes, à bien des égards, les fondamentaux. Un savoir n’est rien s’il n’est transmis et porté par quelqu’un. Un point sur lequel votre étude insiste.

On peut envisager l’apprentissage de la lecture et de l’écriture sous bien des aspects, un point demeure : les enseignants ont un rôle fondamental – j’insiste sur ce terme – à jouer.

Votre étude le montre : les pratiques enseignantes ont des effets sur les apprentissages des élèves.

C’est pourquoi la formation, la mise à disposition de ressources pédagogiques et didactiques et l’accompagnement des enseignants est ma priorité.

Les ressources de très grande qualité que les enseignants de maternelle ont reçues à la rentrée pour mettre en oeuvre le nouveau programme de maternelle et l’exceptionnel effort de formation continue que j’ai décidé pour la réussite de la mise en oeuvre de ces nouveaux programmes le prouvent.

Car sans eux, les programmes resteraient lettre morte. Ce sont eux qui vont les porter, et, plus encore, les incarner, au quotidien, pour des millions d’élèves.

Les enseignants du 1er et du 2nd degré vont donc recevoir une formation et des ressources pédagogiques de qualité afin qu’ils puissent être prêts dès la rentrée 2016, et mener à bien cette mission essentielle, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Car sans lire et sans écrire, on se retrouve sans ressources, privé de ces deux activités par lesquelles, bien souvent, nous donnons sens au monde et à notre existence.
Sans lire et sans écrire, c’est aussi à une mauvaise maîtrise de l’oralité que l’on se trouve condamné.

Et sans ces fondamentaux, on se prive des piliers sur lesquels reposent des communications précieuses, à l’instar de celles que nous sommes, à l’instant même où je vous parle, en train d’établir.

Je vous remercie.

Mise à jour : septembre 2015

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