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[archive] Réunion conjointe des recteurs et des DRAC : discours de Najat Vallaud-Belkacem
Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 09/06/2015

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Najat Vallaud-Belkacem s'est exprimée pendant la réunion conjointe de travail entre les recteurs d’académie et les directeurs régionaux des affaires culturelles (Drac) sur la mise en œuvre du plan national pour l’éducation artistique et culturelle, le mardi 9 juin 2015 à la Cinémathèque française. La ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré, en présence de Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, qu'"ouvrir les portes [est] ce que nous voulons avec le parcours d’éducation artistique et culturelle".

Seul le prononcé fait foi,

 

Ouvrir les portes : voilà ce que nous voulons avec le parcours d’éducation artistique et culturelle.

Ouvrir à nos élèves les portes des théâtres, des salles d’exposition... ou de la cinémathèque, que je remercie pour son accueil. 

Ouvrir aux artistes celles des classes pour y faire naître d’inoubliables émotions.

Les ouvrir aux ambassadeurs de la réserve citoyenne, par exemple à cette journaliste de France Médias Monde, qui, au lendemain des attentats de janvier, m’exprimait dans une lettre bouleversante sa volonté ardente de se mobiliser pour contribuer à l’effort commun.

Ouvrir à chaque enfant les portes de sa créativité, de sa personnalité, de sa liberté.

L’art est liberté. Il élève et il donne confiance. Or les enquêtes internationales le montrent : notre École compte parmi celles des pays de l’OCDE où la peur de l’erreur est la plus grande. Nos élèves ont besoin de reprendre confiance en eux.

L’art, lui, ne va pas sans erreurs ni essais. Il n’y a pas d’art sans tentatives réitérées pour donner le meilleur de soi-même. 

Et c’est bien le meilleur d’eux-mêmes que tous les enfants ont donné dans les vidéos diffusées lors de la cérémonie d’hommage solennel à Germaine Tillon, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Pierre Brossolette, le 27 mai dernier, qu’ils avaient mis tous leurs efforts à préparer.

C’est le meilleur d’eux-mêmes que les élèves de l’école Mont-Lucas à Cayenne ont donné avec leur fabuleuse chanson : "Etre ensemble, c’est une chance" dans le cadre de l’opération "L’École en chœur".

L’éducation artistique et culturelle est une école de la confiance. Une école des sens et du sens, dans un monde où la perte de repères est si souvent pointée. Elle porte en elle un autre rapport à l’enseignement, et donne quelquefois à des élèves en phase de décrochage l’occasion de renouer avec l’estime d’eux-mêmes.

Afin qu’elle dessine pour chacun d’eux un parcours cohérent, c’est l’ensemble des acteurs de l’Éducation nationale et de la culture qui doivent épouser une même démarche nationale, déclinée au plus près des réalités du territoire.

D’où l’importance de la réunion d’aujourd’hui et de la feuille de route qui vous est remise. Cette feuille de route manifeste l’entente qui règne entre nos ministères, Madame la ministre, chère Fleur, au service d’objectifs ambitieux. Elle doit traduire sur le terrain le référentiel du parcours d’éducation artistique et culturelle que nous avons élaboré ensemble et que le Conseil supérieur de l’éducation a adopté. Ce référentiel décline dans les enseignements les trois volets de l’éducation artistique et culturelle que sont la transmission des savoirs, la pratique artistique, et la rencontre avec les artistes et avec les œuvres.

Chaque établissement doit proposer une ouverture à l’art et à la culture. Qu’il s’agisse des territoires ruraux, de ceux de la politique de la ville ou des outre-mer, c’est à l’échelle locale que le parcours doit être pensé et mis en œuvre. Chaque enfant et chaque jeune, et je pense notamment à tous ceux qui sont en situation de handicap, doit avoir accès aux merveilles déposées par le génie humain dans l’histoire universelle, mais aussi dans son environnement culturel immédiat.

C’est pour que l’éducation artistique et culturelle puisse s’appuyer au mieux sur les ressources locales que nous avons souhaité renforcer les moyens des Délégations Académiques aux Arts et à la Culture, par la création de postes de Délégué adjoint dans les académies les moins dotées.

Comme nous l’avons annoncé en février, 8 millions d’euros seront également débloqués à destination des projets collectifs dans les établissements.

Enfin, en renforçant les moyens du Haut conseil pour l’éducation artistique et culturelle, dont les collectivités sont désormais membres, nous nous dotons d’un outil toujours plus efficace pour ajuster notre action aux réalités du terrain.

Notre objectif commun est également de renforcer la formation des acteurs. C’est pourquoi les ESPE placent au cœur de la formation des professeurs les trois piliers de l’éducation artistique et culturelle, comme par exemple à Aix-Marseille, où se construit un partenariat très innovant avec le Ballet Prejlocaj, ou encore à La Réunion, dont nous entendrons un mot tout à l’heure.

Quant à l’Université d’été de l’EAC, qui se tiendra chaque année désormais, elle propose une formation conjointe de tous les acteurs pour une meilleure diffusion des bienfaits de l’art et de la culture auprès des élèves.

D’ici quelques mois, seront également mis à la disposition de tous les acteurs de précieuses ressources en ligne, notamment sur le portail interministériel "arts et culture". Non pour remplacer, mais pour démultiplier virtuellement la rencontre réelle avec les œuvres et les artistes de chair et d’os.  

Car, avec le parcours d’éducation artistique et culturelle, les enfants et les jeunes placent leurs pas dans ceux des artistes.

Ils apprennent avec eux à placer à distance le brouhaha du monde et le flux incessant de l’information. Ils apprennent avec eux à  jouir de ce "droit à la solitude" dont parle magnifiquement Camus dans son Discours de Suède. Une solitude qui est la condition de la vérité. 

Je le dis en ce lieu qui célèbre cette "vérité vingt-quatre fois par seconde" qu’est, pour Jean-Luc Godard, le cinéma. En comprenant mieux le cinéma, les élèves pourront porter un regard neuf sur un monde dont les images défilent à toute vitesse sur les écrans multiples de notre modernité.

C’est pourquoi je me réjouis qu’en plus des actions existantes que nous menons avec lui, comme École au cinéma, Collège et cinéma ou le prix Jean Renoir des lycéens, le CNC ait accepté de mettre à disposition des écoles et collèges 10 films sélectionnés pour les valeurs humanistes et citoyennes qu’ils diffusent.

Car je veux l’affirmer avec force : la logique de partenariat entre l’Éducation nationale et les institutions culturelles à chaque échelle est une des clés de la réussite du parcours d’éducation artistique et culturelle.

C’est pourquoi je me réjouis également des très nombreux partenariats que nous venons de nouer. Via le portail Éduthèque, ils mettent à disposition des enseignants une très grande quantité de ressources. Je pense en particulier aux ressources culturelles de grande qualité désormais proposées par Arte sur Éduthèque.

Cette même logique de partenariat nous permet de lancer, à la rentrée, avec La Poste, un concours de dessins ouvert à tous les collégiens. Il sera l’occasion d’une série de trois timbres sur les thèmes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

C’est toujours cette logique de partenariat, avec France Culture et la Ligue de l’enseignement cette fois, qui est à l’origine du projet intitulé : "À l’école des créateurs", pour lequel de  nombreux artistes se sont déjà portés volontaires dans le cadre de la réserve citoyenne. Ces artistes interviendront auprès des élèves et les accompagneront tout au long de l’année pour la fabrication d’un objet : un livre, un film, un morceau.

C’est cette même logique de partenariat enfin que nous déployons sur l’éducation aux médias et à l’information. J’ai d’ores et déjà signé des conventions avec Radio France et France télévisions pour multiplier les interventions de journalistes dans les classes, pour créer des outils audiovisuels de formation à destination des enseignants et pour travailler à des émissions de décryptage de l’actualité à destination des jeunes.

Nous poursuivons cet effort avec de nombreux autres partenaires comme France médias monde, Le Monde ou le Centre de Formation des journalistes, et souhaitons formaliser avant fin 2015 les engagements réciproques de nos deux ministères au travers d’une convention globale sur l’éducation aux médias, la première du genre.

Mais, pour développer l’esprit critique, rien de tel qu’animer soi-même un média. Un média à l’école, c’est le meilleur moyen pour faire sien le goût de la vérité et de l’intérêt général, pour aiguiser le sens de la critique. C’est l’outil le plus efficace pour placer les élèves à distance de cette pulsion de l’immédiat qui est le mal de notre époque.

Je souhaite qu’un coordinateur du Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information à temps plein soit désormais présent dans chaque académie pour que se développe partout, rapidement, la création de médias collégiens et lycéens. Un référent pour l’éducation aux médias et à l’information sera désigné par académie pour ce qui est du primaire. L’éducation aux médias et à l’information doit constituer un pilier à part entière de l’effort exceptionnel de formation au numérique qui s’engage dès cette rentrée.

Le parcours d’éducation artistique et culturel est un remède contre cette crise de la patience dont souffre notre temps. 

Nos élèves y sont tout particulièrement vulnérables. D’où l’importance d’un parcours exigeant, dans la durée, de la maternelle à l’université, ponctué de projets prenant eux-mêmes quelquefois plusieurs années.

Avec l’application FOLIOS, ce sont tous les élèves, qui, l’année prochaine,  pourront ainsi faire le lien entre leurs différentes expériences culturelles au cours de leur scolarité, en garder la trace et prendre ainsi conscience du temps qu’il faut pour voir aboutir des projets de qualité.

Le parcours d’éducation artistique et culturel et le parcours citoyen vont ainsi dans la même direction, cheminent parallèlement vers les femmes et les hommes libres que l’école républicaine a pour mission de faire advenir.

C’est ce que montre magnifiquement le programme « Dans les pas de Marianne et de Victor », qui, dans l’académie de Besançon fait partager aux élèves les combats de l’écrivain pour la liberté, pour la République, pour la laïcité ou l’éducation.

Car l’art est, pour finir, école d’humanisme et de citoyenneté.

Il signifie libération. Libération des préjugés. Libération de cette image négative que trop de nos jeunes se font d’eux-mêmes.

Ce parcours nécessaire, ce parcours essentiel, qu’est le parcours artistique et culturel, nous devons le tracer ensemble : pour nos élèves et notre société, son chemin court vers un avenir meilleur.

Je vous remercie.

Mise à jour : juin 2015

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