Discours
- Gilles de Robien
- 11/01/2006

Mesdames et Messieurs,
Je tiens d'abord à vous souhaiter, avec François GOULARD, une excellente année 2006 ; j'espère qu'elle vous apportera le bonheur personnel et l'épanouissement professionnel.
Ce n'est un secret pour personne : nous sortons d'une année difficile.
Notre pays a connu dans les derniers mois des événements douloureux ; le système éducatif n'a pas été épargné.
Tous ici nous sommes conscients que, face à ces difficultés très graves, l'Ecole est une solution.
La réponse qu'elle doit apporter, c'est d'offrir à tous un enseignement exigeant, efficace, diversifié pour assurer l'égalité des chances !
Mais, en 2005, la France a aussi connu, le Président de la République l'a souligné, de grands succès dans le domaine industriel ! Avec l'A380 d'Airbus, avec Ariane 5, avec le système de navigation par satellite Galileo, avec Iter pour l'énergie du futur, notre pays s'est porté à la pointe de l'innovation mondiale. Or, ces succès témoignent de la vitalité de notre enseignement supérieur et de notre recherche, puisqu'ils en sont les fruits !
La prospérité et la croissance trouvent donc, elles aussi, leur ressort dans le système éducatif, et particulièrement dans nos universités, nos grandes écoles, nos organismes de recherche.
C'est pourquoi, avec François GOULARD, nous mettons tant d'ardeur à porter le projet de loi de programme pour la recherche, adopté par le Sénat, et qui sera prochainement examiné par l'Assemblée Nationale. Nous le faisons parce que nous savons qu'il crée les conditions d'un nouveau souffle pour la recherche française !
Ces considérations sur l'année passée dessinent la voie à suivre pour l'avenir :
Tout faire pour l'égalité des chances
Tout faire pour dynamiser notre recherche et notre enseignement supérieur
Mais avant de vous dire comment nous allons décliner ces idées en 2006, je voudrais vous dire un mot sur la méthode.
Au fond, quand un ministre de l'Education arrive rue de Grenelle, il entend deux types de recommandations pour le système éducatif :
D'un côté, on lui conseille de tout réformer, de tout revoir, de tout remettre à plat, bref, d'organiser enfin le « grand soir » de l'Education nationale ! Refrain connu, mais quel sens y a-t-il à vouloir tout changer de la maternelle à l'université ? C'est une illusion ! Les réformes structurelles mettent du temps à s'appliquer, il ne faut pas les multiplier ! Le plus souvent, on en réclame une avant même que la précédente soit vraiment entrée en ¿uvre ! Par ailleurs, certains semblent oublier qu'on ne manie pas des enfants, des hommes et des femmes comme un jeu de construction !
De l'autre, on lui conseille de ne toucher à rien, mais on lui réclame des « moyens », toujours des « moyens » ! Refrain également bien connu, dans un système dont le budget est en constante augmentation depuis trente ans ! Je rappelle qu'aujourd'hui, le budget de l'enseignement scolaire est supérieur au produit de l'impôt sur le revenu !
J'essaie d'inventer une nouvelle manière de faire.
Je pars du principe qu'il faut prouver le mouvement en marchant, c'est-à-dire prouver la possibilité de progresser en choisissant des dossiers délimités, bien précis, stratégiques, et en y concentrant toute son énergie.
Pas des dossiers « périphériques », mais des dossiers qui ont un sens et une importance effective pour tout le monde.
Je pense par exemple à la méthode de la lecture, à la découverte des métiers proposés aux élèves de 3 e , au remplacement des absences de courte durée, à l'accueil des handicapés, à la mise en place de l' « apprentissage junior », ou bien à la montée en puissance du tutorat des lycéens par les étudiants¿
Autant de mesures et d'orientations nouvelles, sur des sujets essentiels, qui se mettent réellement et progressivement en place dans un climat que je veux dépassionner.
En tout état de cause, notre action se placera en 2006 sous le même mot d'ordre qu'en 2005 -l'égalité des chances- qui est devenu l'impératif de la politique du gouvernement tout entier !
Je voudrais donc, brièvement vous décrire quelques uns des chantiers de l'année :
Sur tous ces chantiers, je veux avancer en concertation étroite avec tous nos partenaires : les parents, les enseignants, les chercheurs, les enseignants chercheurs, les lycéens, les étudiants, et tous leurs représentants.
Pour les mener à bien, nous disposons d'un outil efficace : notre administration centrale, qui marchera désormais selon l'esprit de la LOLF. C'est en effet l'ensemble des structures du ministère qui seront refondues en 2006 pour s'harmoniser avec la présentation du budget en mission et programme .
Cela donnera une meilleure lisibilité à notre politique, une gestion plus efficace et une identification plus claire des responsabilités dans le pilotage.
J'en reviens donc aux principaux chantiers.
Ils s'inscrivent dans trois grands domaines :
- les apprentissages fondamentaux dans le primaire et le secondaire ;
- l'accès à l'enseignement supérieur ;
- la mise en place de la loi recherche.
1. Les apprentissages fondamentaux :L'égalité des chances à l'école, c'est d'abord la maîtrise de la lecture !
J'ai écrit la semaine dernière une circulaire sur la lecture. Je vais maintenant l'appliquer.
Dès hier, j'ai demandé aux recteurs, réunis avec les inspecteurs d'académie, de veiller à ce que la formation donnée, dès à présent, dans les IUFM soit conforme à la circulaire.
Je leur ai aussi demandé de veiller de très près à ce que les inspecteurs encouragent les instituteurs et professeurs d'école à utiliser des méthodes à départ syllabique ou phono-synthétique.
En outre, et pour repérer plus tôt les élèves en difficultés, je vous rappelle que nous allons avancer d'un an l'évaluation des connaissances des élèves, qui aura désormais lieu dès le début du CE1.
Une fois posée et assurée cette base, nous devons construire le socle commun des connaissances et des compétences.
Le socle commun, c'est le deuxième grand dossier de l'année : le Haut Conseil de l'Education me rendra son avis sur le sujet avant le printemps.
Il s'agit là du c¿ur même de la loi d'orientation pour l'Ecole, et d'un grand moment dans l'histoire de notre système éducatif ; car pour la première fois depuis la loi Jules Ferry de 1882, nous allons définir clairement le bagage que doit connaître un élève à la fin de la scolarité obligatoire !
La définition du socle du XXIe siècle ne comprend pas que des connaissances. Elle s'étend aussi aux compétences attendues des élèves : leurs capacités à s'exprimer et à utiliser les outils de notre temps, des comportements respectueux des valeurs et des règles.
Cette définition permettra ensuite à l'ensemble de la communauté nationale « d'y voir clair » et de savoir concrètement ce que l'on doit apprendre impérativement à l'école et au collège. J'insiste sur ce point, car depuis trop longtemps, nos compatriotes, en particulier les parents, ont le sentiment de ne plus vraiment comprendre ce que l'on apprend à l'école.
J'en viens au troisième sujet majeur : la définition du cahier des charges de la formation des maîtres.
Cette définition est réclamée depuis longtemps, par les premiers intéressés : les jeunes professeurs. De l'aveu unanime, en effet, elle n'est pas suffisamment en rapport avec la pratique réelle du métier. La formation devra répondre à des questions à la fois simples et essentielles :
Comment parvient-on à transmettre du savoir et des compétences ? Comment parvient-on aussi à exercer l'autorité dans la classe ? Comment explique-t-on la mission de l'école aux parents ? Ces questions sont immenses et elles ne sont aujourd'hui pas assez bien traitées.
Dans ce cadre, nous devrons aussi préparer les futurs professeurs de collèges à être bivalents. C'est d'abord un plus pour les élèves, pour les enseignants, pour l'Education.
Le quatrième sujet, c'est la refonte de l'éducation prioritaire :
La liste des collèges « ambition réussite » sera prochainement publiée. Ils constitueront le « niveau 1 » de l'Education prioritaire. L'effort que nous faisons est sans précédent :
¿ 1 000 enseignants expérimentés supplémentaires y seront affectés dès la rentrée 2006 .
¿ 3 000 assistants pédagogiques seront recrutés pour assurer de l'aide aux devoirs et faire du soutien scolaire.
¿ 300 infirmières renforceront la prévention et l'écoute des jeunes.
J'ai bien l'intention de créer dans ces collèges une dynamique positive, en donnant vraiment plus à ceux qui ont vraiment besoin.
Enfin, l'égalité des chances à l'école, cela suppose aussi que la sérénité puisse régner dans tous les établissements, et qu'aucun d'entre eux ne se transforme en coupe gorge !
Pour cela, je veux que l'on éduque au respect, au dialogue et à la prévention de la violence . Je veux que l'on ait recours à la sanction chaque fois que cela est nécessaire, car la sanction a aussi un aspect éducatif. Je veux qu'on renforce la coopération avec la justice, la police et la gendarmerie. Pourquoi trouverait-on aberrant qu'un policier référent soit présent un peu plus souvent -tienne une permanence s'il le faut- dans un collège ou un lycée, si le besoin s'en fait sentir et si le chef d'établissement le souhaite ?
Par ailleurs, j'ai rappelé aux professeurs qu'ils ne doivent pas hésiter à porter plainte lorsqu'ils font l'objet de menaces. Je suis en train de revoir la circulaire interministérielle de 1998 sur la prévention de la violence en milieu scolaire, et regarder de près ce que font nos grands voisins européens.
Enfin, le respect dû aux enseignants et à tous les personnels travaillant dans les établissements scolaires doit faire partie du comportement attendu des élèves au titre du socle. C'est pourquoi je vous annonce que je vais mettre en place la note de vie scolaire à la prochaine rentrée.
Un mot sur Etampes : les inspecteurs généraux n'ont pas terminé leur rapport, parce qu'ils n'ont pas encore pu rencontrer Mme Montet-Toutain, qu'ils devraient voir demain. J'ai pour ma part longuement parlé à Mme Montet-Toutain. Je l'ai assurée de ma solidarité dans son épreuve physique et morale. J'ai prévu de la recevoir dans les jours prochains pour voir comment nous pouvons l'aider à poursuivre sa carrière.
Après l'école, le collège et le lycée, nous passons à l'enseignement supérieur.
2. Accès à l'enseignement supérieurLà aussi, le principe d'égalité des chances guide notre action avec François Goulard :
L'objectif général est clair : permettre aux lycéens des quartiers difficiles d'accéder à l'enseignement supérieur, et de le faire avec de réelles chances de succès.
La première condition pour que les jeunes accèdent au supérieur, c'est d'abord qu'ils puissent accéder au lycée dans de bonnes conditions. Pour cela, nous avons décidé de multiplier par trois le nombre des bénéficiaires de bourses au mérite qui permettent aux élèves de troisième de poursuivre leur scolarité au lycée avec succès. Elles apportent un complément à des élèves déjà boursiers. Il y en a moins de 30 000 aujourd'hui : ils seront 100 000 à la rentrée 2006.
Ensuite, il faut que les lycéens soient à même de s'orienter en connaissance de cause ; qu'ils se repèrent dans les filières de l'enseignement supérieur et qu'ils en connaissent les débouchés professionnels. C'est le but du schéma d'orientation et d'insertion professionnelle, que nous vous présenterons avant le printemps et que nous mettront en place à la rentrée 2006.
Concrètement, il s'agira d'un vaste système d'information disponible sur internet, qui permettra aux lycéens d'éviter les mauvaises orientations, les fausses routes et les échecs. C'est absolument capital pour l'orientation professionnelle des lycéens qui ne disposent pas des connaissances, des réseaux qui font que certains autres savent immédiatement où sont les « bons filons » !
C'est également très important pour l'efficacité de notre système universitaire.
Enfin, les lycéens motivés qui en ont besoin doivent pouvoir être aidés en amont, pour préparer leur entrée dans l'enseignement supérieur : à cette fin, 100 000 étudiants de l'université et des grandes écoles seront invités, sur la base du volontariat, à accompagner et préparer 100 000 lycéens à l'enseignement supérieur.
Cette mesure s'inspire d'une certaine manière de ce que l'ESSEC avait mis en place, en partant du principe que l'équité républicaine, ce n'est pas d'abaisser les barrières pour établir une égalité purement apparente ! Non l'équité républicaine, c'est de donner plus à ceux qui ont moins -plus d'aide en particulier- pour leur permettre de franchir la barrière comme les autres.
J'ajoute que nous allons développer aussi dans le supérieur la formule de l'apprentissage et de la formation en alternance, qui a fait ses preuves dans de nombreuses écoles. J'en ai parlé ce matin même au Conseil des ministres.
J'en viens maintenant au Pacte pour la recherche.
3. Pacte pour la rechercheOutre la création de 3000 postes de chercheurs et la programmation d'investissement sans précédent jusqu'à 2010, cette loi crée les conditions d'une montée en puissance de notre recherche sur la scène internationale !
Vous connaissez les nouveaux instruments qu'elle met en place : les PRES et les CAMPUS, je n'y reviens pas. Leur but est clair : donner à notre recherche la visibilité qui lui manque, et lui faire atteindre la masse critique pour créer de véritables ruptures dans des domaines d'avenir.
Eh bien, l'année 2006 portera déjà les premiers fruits de cette démarche. Car, d' ores et déjà, ces deux outils suscitent l'enthousiasme : des projets très sérieux de synergie des forces sont en cours de finalisation dans toutes les grandes villes universitaires de notre pays : à Lyon, à Montpellier, Bordeaux, Strasbourg ou Grenoble. En région parisienne aussi, les projets fourmillent.
Partout, c'est le même engouement pour définir un projet scientifique cohérent et définir la meilleure organisation, le meilleur outil pour le mettre en ¿uvre.
Les effets de ces rapprochements ne se feront pas attendre.
Mais François GOULARD va sans doute vous en dire plus !
Vous l'aurez compris : nous avons d'ores et déjà la certitude que l'année qui commence sera, comme l'a souhaité le Premier Ministre, une année utile ! Utile à la Nation, utile à tous les élèves et à tous les étudiants, utile à tous les personnels de l'éducation nationale, utile à nos chercheurs, -pour que notre système éducatif et notre recherche donnent à nos concitoyens des raisons d'être fiers de la France ! Je vous remercie.
Mise à jour : août 2006
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