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[archive] Séminaire sur la rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie
Discours - François Fillon - 07/04/2005

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Jeudi 7 avril 2005, à l'occasion du séminaire sur la rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie, François Fillon, ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, et Edouard Brezin, président de l'Académie des sciences ont signé une convention. Objectif : rapprocher l'Ecole et le monde des scientifiques afin de réconcilier les Français avec la science. « L'Education nationale sait pouvoir compter sur les académiciens lorsqu'il s'agit de s'engager au service de l'Ecole et de l'enseignement des sciences », a souligné le ministre qui a rappelé que la loi d'orientation pour l'avenir de l'Ecole, adoptée récemment par le Parlement, fixait deux objectifs à atteindre d'ici 2010 : d'une part, augmenter de 15 % la proportion d'étudiants suivant une formation supérieure scientifique et, d'autre part, augmenter de 20 % la proportion de filles dans les séries scientifiques générales et technologiques

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Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

À un moment où le doute saisit parfois notre société sur le bienfait de la science. À un moment où la crise des vocations scientifiques se fait sentir dans notre pays. Au moment où cet enseignement régresse¿ Nous devons faire aimer la science ; nous devons revitaliser le lien qui l'unit à l'École !

Cette alliance trouve son origine au XIXe siècle, à une époque où la science laissait espérer le mieux-être et les progrès ; l'enseignement, progressivement ouvert à tous, en exprimait alors lui-aussi la promesse.

Aujourd'hui, le progrès scientifique et le progrès social - longtemps perçus comme allant de pair - se percutent, parfois avec violence. La vision d'une science qui améliorerait sans cesse les rapports entre l'homme et son environnement suscite des doutes. Nos représentations de la recherche sont devenues ambivalentes : on en attend beaucoup mais on la redoute aussi !

Ce qui a changé, c'est le regard que nous portons sur le progrès, non plus comme une création continue, mais comme une construction qui exige une volonté et un sens critique en éveil permanent.

Je reste pourtant convaincu que la science a généreusement servi notre bien-être et continue de le faire, en nous offrant à la fois la santé et la longévité, en permettant le développement des communications et de l'information, en nous donnant les moyens d'une production de masse plus ambitieuse et plus maîtrisée. Elle a ¿uvré pour le meilleur ; et je n'ai aucune hésitation à placer la science au service de l'homme.

Les applications de la science pèsent, par ailleurs, sur les délicats équilibres économiques de nos sociétés au sein de la compétition internationale. Dans ce contexte, il est essentiel que notre pays se dote des compétences scientifiques dont il a besoin pour relever les défis technologiques qui s'ouvrent à nous.

Pour atteindre ces objectifs, il faut - disais-je - réconcilier les Français avec la science¿ Et c'est bien sûr dès l'école primaire - la première école ! - que tout commence. La curiosité naturelle du jeune enfant pour les « choses » de son environnement doit être cultivée et entretenue, pour mieux ensuite être développée.

Car l'une de nos grandes préoccupations tient dans ce que l'on appelle couramment la « désaffection » des jeunes envers les sciences. La crise des vocations scientifiques se faisait sentir dans notre pays ; nous devions réagir !

C'est en ce sens que la loi d'orientation pour l'avenir de l'École, adoptée récemment par le Parlement, fixe deux objectifs ambitieux, qui devront être atteints d'ici 2010 :

- la proportion d'étudiants suivant une formation supérieure scientifique, hors formation de santé, devra augmenter de 15% ;
- la proportion de jeunes filles dans les séries scientifiques, générales et technologiques, devra, pour sa part, augmenter de 20%. Car en la matière, nous savons qu'il existe une sorte de barrière psychologique et culturelle qui dissuade une large partie des jeunes filles à s'engager dans ces filières. Il faut faire tomber cette barrière !

Cette nette évolution suppose que, dès les premières années, on s'attache à donner goût à la science en transmettant à chacun des bases solides et durables dans ce domaine. Car tous nos élèves, quels que soient leurs parcours professionnels, auront à vivre dans un monde traversé par le développement scientifique et technologique. Tous doivent avoir les connaissances de base pour en comprendre et en saisir les contours.

C'est pourquoi, j'ai décidé d'inscrire la culture scientifique dans le socle des connaissances et des compétences qui doivent être impérativement maîtrisées à l'issue de la scolarité obligatoire. Celle-ci s'inscrit, au même titre que l'apprentissage de la lecture ou des langues étrangères, dans le corpus que nous devons transmettre à nos enfants. Elle est une base essentielle qui permet à chaque individu de se situer dans le temps et dans l'espace et d'y concevoir ainsi le sens de son existence¿

Car dans un monde où les risques liés au développement industriel font l'objet de larges discussions, où les débats publics se multiplient autour de sujets comme les OGM, les crises sanitaires ou encore le clonage thérapeutique, i l n'y a pas de culture générale sans repères scientifiques, sans connaissances techniques, ni compétences de raisonnement.

L'une des missions essentielle de l'École est de former les futurs citoyens. Pour ce faire, elle se doit de préparer à l'exercice de la liberté de penser, c'est-à-dire de s'interroger sur les choses, les faits, les vérités. L'enseignement des sciences peut être l'une des voies de cette éducation. Il conduit à appréhender le statut de la vérité scientifique, qui résulte d'une démarche rationnelle faite de doute méthodique, d'examen critique, de vérification et d'interrogations.

Un des académiciens qui ont accompagné la rénovation de l'enseignement des sciences, Yves Quéré, a plusieurs fois évoqué les vertus de l'enseignement des sciences au premier rang desquelles il place, précisément, le respect de la vérité, la modestie, le sens de la rigueur.


Mesdames, Messieurs,

Pour doter les élèves de connaissances et former leur esprit, il importe de revaloriser l'atelier de sciences, ce terme ayant sans doute plus de pertinence que celui de leçon de sciences¿

Donner le goût des sciences aux enfants, c'est d'abord entretenir leur curiosité et éveiller chez eux la conscience de leurs propres capacités de raisonner à partir du réel. Placée au service de cette culture scientifique, ce fut le sens de la démarche préconisée par « La main à la pâte ».

Contournant l'écueil d'une maîtrise parfois trop désincarnée des connaissances, elle invite à construire, pas à pas, les différentes étapes de la démarche scientifique. En plaçant l'enfant au centre de celle-ci, elle l'engage à observer, à raisonner, à réagir à partir de phénomènes et d'objets empruntés à son environnement.

Je trouve cette initiative remarquable ; car en faisant des élèves d'apprentis chercheurs, on les encourage à se respecter, à se poser des questions et à formuler des réponses.

Le travail de grande qualité des pionniers a été étendu. C'était le sens du plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école.

À l'école primaire, la rénovation est bien engagée. Le travail exemplaire de nombreuses équipes volontaires doit aujourd'hui entraîner l'ensemble des enseignants vers de nouvelles pratiques. Nous avons des raisons d'être optimistes même si nous savons que la rénovation de l'enseignement des sciences touche aux habitudes de travail des enseignants. Cet aspect sensible pour les maîtres doit être réellement pris en compte ; aussi, je souhaite que la formation continue progresse dans ce domaine, car c'est le facteur clé d'un bon développement de la rénovation.

Les programmes des sciences à l'école primaire soulignent cette place qu'il convient d'accorder à l'investigation raisonnée des élèves. Ils précisent le cadre des connaissances et des compétences que tous les élèves doivent maîtriser à l'issue de chaque cycle ; nous verrons comment elles s'intègrent, ou au moins une partie d'entre elles, dans le socle de culture scientifique défini pour la fin de la scolarité primaire. Ces programmes valorisent la place des activités d'expression, de lecture et d'écriture dans les activités scientifiques. Et ceci vaut de la petite section d'école maternelle au cours moyen deuxième année.

Cette rénovation doit être poursuivie au collège et au lycée car l'apprentissage des démarches et l'assimilation des notions demandent progressivité et continuité.

Déjà, dans la foulée de l'école primaire, les nouveaux programmes des enseignements scientifiques du collège privilégient une démarche d'investigation. Celle-ci s'appuie sur le questionnement des élèves sur le monde réel, en sciences expérimentales, et sur la résolution de problèmes, en mathématiques. À l'issue de ses études au collège, l'élève doit s'être construit une première représentation globale et cohérente de son environnement.
L'élaboration d'une représentation globale et cohérente du monde passe par l'étude d'objets de connaissance essentiels pour les individus et la société, tels que l'énergie, l'environnement et le développement durable, ou encore la santé¿ Ces objets d'études sont introduits dans les nouveaux programmes sous l'intitulé des thèmes de convergence.

Pour prolonger cette dynamique, l'enseignement des sciences au lycée est conçu pour faire aimer la science aux élèves, en leur faisant comprendre la démarche intellectuelle, l'évolution des idées, la construction progressive du corpus de connaissances scientifiques. Il incite certains élèves à s'orienter vers les filières à dominante scientifique et à choisir plus tard des métiers liés aux sciences et aux technologies. Mais pour ceux qui choisiront une autre voie, cet enseignement devra les amener à continuer de s'intéresser aux sciences et, à éclairer leurs choix de citoyens sur des problèmes où la science est impliquée.

Au souci d'intégration des diverses disciplines dans une conception globale de la science, s'ajoute la volonté de situer les acquis, les découvertes dans le contexte historique. Ainsi, un certain nombre de développements scientifiques emblématiques seront examinés à la fois dans les cours de sciences et dans les cours d'histoire dont les programmes rénovés englobent cette dimension. De la même manière, les questions traitant de l'environnement seront abordées sous des angles complémentaires. L'élève doit prendre conscience que pour comprendre les problèmes d'environnement, il faut faire appel au-delà des sciences de la vie et de la Terre, aux sciences physiques, aux mathématiques, à la géographie voire à d'autres disciplines.

Mais le propos d'aujourd'hui n'est pas de parcourir par le menu le cursus scolaire en sciences¿ Aussi, je me limiterai à ces éléments que les intervenants pourront compléter à d'autres moments, Monsieur l'inspecteur général Piétryk, en particulier.

Je souhaiterais, en revanche, vous livrer quelques mots sur le nécessaire partenariat qui doit se nouer entre l'École et la communauté scientifique.

Car pour développer la culture scientifique, l'École doit certes compter sur ses propres forces ; mais elle ne saurait se limiter à celles-ci¿ C'est pourquoi la communauté scientifique a été et reste partie prenante du plan qui vise à faire partager le goût de la science au plus grand nombre afin de préparer une « relève » indispensable.

Outre l'appui de la communauté scientifique, l'École a bénéficié de l'intérêt et de la richesse des partenariats qui se sont développés avec le monde associatif, avec les instituts universitaires de formation des maîtres, avec le centre national de documentation pédagogique et avec l'institut national de recherche pédagogique.

En témoigne d'abord la production abondante de documents relatifs aux sciences et destinés à aider les maîtres : aucun autre domaine n'a bénéficié d'autant de ressources depuis 4 ans ; le prochain document, qui sera diffusé dans les semaines qui viennent, concerne l'école maternelle qui était un peu négligée jusqu'alors. Le renforcement d'un site Internet de très grande qualité et déjà très fréquenté, créé par l'INRP en association avec l'Académie des sciences, donne toute satisfaction. Des centres de documentation et de mutualisation de ressources ont été créés dans de nombreux départements ; je sais qu'il en sera question dans l'après-midi.

Une charte pour l'accompagnement en sciences et technologie à l'école primaire a été définie en 2004 ; elle constitue un outil pertinent pour favoriser le développement des sciences et de la technologie dans le premier degré. Elle identifie les différents modes d'accompagnement, définit le profil de l'accompagnateur et précise un ensemble de règles générales.

L'accompagnement vise à rapprocher l'école et le monde des scientifiques à travers un échange de savoirs scientifiques et de pratiques expérimentales ; il peut contribuer à rendre plus accessibles les sciences et les techniques au plus grand nombre et à valoriser les filières scientifiques et technologiques ; il doit aider les enseignants à mettre en ¿uvre réellement le rapport au concret, à susciter un questionnement, à inciter à l'argumentation et à l'expérimentation. L'accompagnateur ne saurait se substituer à l'enseignant mais s'il lui donne confiance, s'il représente un surplus d'intérêt pour les élèves, alors sans doute il est le bienvenu à l'école ; mais vous en reparlerez aussi dans la journée.

L'Académie des sciences, et aujourd'hui l'Académie des technologies qui s'est associée à notre travail, demeurent des partenaires privilégiés parce que l'Académie est un gage d'exigence et d'excellence. L'Éducation nationale sait pouvoir compter sur les académiciens lorsqu'il s'agit de s'engager au service de l'École et de l'enseignement des sciences. Nombreuses sont les réalisations qui ont bénéficié de leur soutien ; je forme beaucoup d'espoir dans les futurs projets communs¿ À cet égard, la convention que je signerai avec le Président de l'Académie des sciences permettra de conforter les alliances fécondes qui se sont peu à peu nouées.



Mesdames, Messieurs,

Je nourris beaucoup d'ambitions pour la place de la science et de la technologie à l'École. Pour ce faire, j'ai besoin de vous, inspecteurs d'académie, correspondants sciences, services rectoraux et IUFM¿ Je compte sur votre volonté, votre ténacité et votre esprit d'initiative.

La science et la recherche font la fierté d'une Nation.

Si elles représentent, pour toutes les générations, un facteur d'espoir, elles sont d'abord pour les plus jeunes, un vecteur de rêve.

Cette part de rêve, l'École en est le vecteur.

Elle se doit de la faire vivre au travers de ses moments d'émerveillement et de découverte. C'est ainsi qu'elle préservera la curiosité des enfants, qu'elle développera la vocation de jeunes adultes et qu'elle éclairera les jugements de nos concitoyens.

Mise à jour : juin 2006

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