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[archive] Intervention du ministre lors de la pose de la première pierre de l'université Denis Diderot - Paris 7
Discours - François Fillon - 30/09/2004

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Mesdames, Messieurs,

Seul le prononcé fait foi

Je suis particulièrement heureux d'être parmi vous ce matin pour la pose de cette première pierre, une pierre sur laquelle va s'élever la nouvelle Université Paris 7 - Denis Diderot.

Certaines pierres sont plus importantes que d'autres. C'est le cas de celle-ci : ce que nous faisons aujourd'hui, c'est au fond construire ensemble une certaine idée de l'université de demain.

La construction d'une université est en elle-même un événement fondateur. Car une université, ce n'est pas seulement un bâtiment. C'est un instrument de culture et de formation pour toute la jeunesse d'un pays : un instrument universel , comme son nom même l'indique - et la France a toujours eu, vous le savez, une relation un peu particulière avec l'universalité.

Gardienne des grands héritages et laboratoire des connaissances futures, l'Université est un foyer de partage et de transmission. Le ciment de la communauté universitaire, ce qui fait le ciment de toutes les briques - ou les pierres¿ - qui la composent, ce ciment ce sont les savoirs. Tous les savoirs¿

Nul ne doit oublier que l'université est d'abord une maison pour les étudiants auxquels nous devons une qualité d'enseignement et de vie. Ce sont eux qui représentent notre avenir sous toutes ses formes.

La pluridisciplinarité est un trait essentiel du programme scientifique de ce projet, à l'image même de l'université Paris 7. Il faut dire que son patronyme, « Denis Diderot », l'y oblige ¿

Contre celui qui s'enferme dans le champ clos de sa discipline ou de son pré-carré intellectuel, Diderot ne s'écrie-t-il pas : « Insensé que vous êtes, détruisez ces enceintes qui rétrécissent vos idées » !

Mesdames et Messieurs,

Cette première pierre est un symbole à plusieurs titres :

¿ D'abord parce qu'elle concrétise le partenariat entre l'État et les collectivités territoriales pour la modernisation de l'enseignement supérieur. C'est la première université construite à Paris depuis plus de quarante ans, et le plus grand chantier universitaire de France.

L'investissement sera principalement pris en charge par l'État qui assumera par ailleurs l'essentiel des coûts de location, permettant ainsi à l'université de continuer à fonctionner pendant la durée des travaux, même si ce n'est pas toujours dans des conditions optimales ;

¿ Symbole ensuite parce que nous portons sur les fonts baptismaux un nouveau quartier universitaire dans l'Est parisien. Avec l'implantation, demain, de l'INALCO, de la bibliothèque universitaire des langues et civilisations et de l'Ecole d'architecture, ce quartier s'inscrit dans le continuum universitaire du Quartier latin et du campus de Jussieu rénové ;

¿ Symbole enfin parce que cette première pierre provient du collège de Reims, édifié au XIVe siècle sur la colline Sainte-Geneviève. Elle nous rappelle que l'Université est ce fil conducteur qui va du monde médiéval à notre monde contemporain. C'est fort de cet héritage, de cette tradition et de cette actualité, que ce chantier nous projette au 21e siècle.

Comment ne rappellerais-je pas la volonté constante du Président de la République de garder à Paris sa vocation de grande capitale universitaire ! Je tiens à souligner aussi la volonté maintes fois affirmée par le Président de faire de notre système éducatif le creuset de l'unité sociale et de tout ce qui touche à notre recherche et à notre enseignement une ambition nationale.

Sur cette pierre, Mesdames et Messieurs, doit donc s'élever l'Université du 21e siècle.

Je voudrais ce matin centrer mes propos sur ce qui est à mes yeux un défi majeur de l'université française : celui de la compétition internationale. Notre système d'enseignement supérieur et de recherche, comme celui de l'ensemble des pays développés, s'insère désormais dans un contexte où l'international est un facteur déterminant.

Mais plus encore, dans le monde où nous vivons, la France n'aura tout compte fait que son atout majeur : celui de son intelligence et de sa performance au service de la formation des jeunes. La qualité de notre enseignement, et particulièrement de notre Université, est le nerf de la compétition économique, sociale et intellectuelle du 3e millénaire.

Certes, la confrontation entre organismes universitaires existe depuis longtemps. C'est d'ailleurs l'un des aspects les plus traditionnels de l'émulation internationale. L'université du Moyen Age, et singulièrement celle de Paris, était par définition ouverte sur le monde.

Mais le monde, à l'époque, c'était l'Europe des clercs : moins un système compétitif qu'un échange complexe des savoirs.

Aujourd'hui, le monde, pour l'Université, c'est l'apparition d'un véritable marché international de l'emploi scientifique et de la formation. Cette compétition concerne depuis longtemps les domaines de pointe. Elle touche désormais l'ensemble des disciplines et des modes d'organisation.

Cette émulation internationale est d'autant plus redoutable que la surenchère entre pays est d'ores et déjà ouverte pour drainer les meilleurs : les meilleurs professeurs comme les meilleurs étudiants.

L'enjeu de cette compétition, c'est bien entendu la qualité, la qualité d'un enseignement qui doit rester un enseignement pour tous. Qualité des investissements que la Nation consacre à son enseignement supérieur, qualité et diversité des formations offertes, qualité de la vie étudiante, qualité de la recherche, moteur de la reconnaissance internationale.

C'est pourquoi j'ai tenu à défendre dès cette année comme priorité l'engagement pour le supérieur. Ainsi, le budget de l'enseignement supérieur dans le projet de loi de finances 2005, progresse près de deux fois plus vite que le budget de la Nation dans son ensemble.

S'agissant des emplois, la progression est de 1000 postes, ce qui permet de consolider les emplois annoncés en 2004 et de recruter 150 maîtres de conférence supplémentaires à la rentrée 2005.

Nous avons également engagé un rattrapage significatif sur les crédits d'équipement, les contrats de plan entrant en phase de réalisation, comme en témoigne ce formidable chantier pour Paris 7.

Enfin, les universités s'inscrivent pleinement dans la stratégie que le gouvernement engage au profit de la recherche, laquelle bénéficie d'une hausse de 10% de ses crédits, avec un milliard d'euros supplémentaires au projet de budget 2005.

Cet effort budgétaire est le fruit d'une volonté politique. Une volonté déterminée pour assurer à notre enseignement supérieur et à notre recherche la place qu'ils méritent dans l'Europe des savoirs.

L'inscription de nos universités dans le cadre européen est un outil stratégique dans la compétition internationale et il faut bien mesurer son effet structurant.

L'Europe est désormais l'horizon quotidien de notre enseignement supérieur. Les trois quarts de nos universités ont aujourd'hui adopté le dispositif européen de diplômes LMD pour lequel notre pays est en avance sur ses partenaires de l'Union. Je n'ignore pas l'effort que cela a représenté et je salue le travail essentiel qu'a constitué cette mise à jour.

De très nombreuses écoles supérieures ont également choisi cette voie, notamment pour la mise en ¿uvre des masters. Bref, chacun a pris conscience que la compétition internationale obligeait à s'ouvrir au large. L'enjeu franco-français est aujourd'hui dépassé.

L'université Paris 7 nous en donne un exemple car vous développez déjà une politique d'excellence en matière de recherche, qu'il s'agisse de recherche biomédicale, dans les « sciences dures » ou dans les sciences humaines et sociales. Par leurs performances, vos laboratoires ont su se faire une forte réputation et nouer des partenariats fructueux avec de grands organismes comme le CNRS ou l'INSERM.

Je voudrais ici rendre hommage à l'effort de modernisation et de mise à jour, notamment à l'occasion de la mise en place du LMD, de toutes les filières et, notamment, en sciences humaines et sociales.

Depuis vingt ans, ces dernières ont relevé le défi du nombre et contribué à la démocratisation de l'enseignement supérieur. Les sciences humaines et sociales ont un rôle crucial à jouer pour l'avenir, au même titre que les sciences tout court. L'enseignement et la recherche dans ces domaines seront plus que jamais indispensables au monde de demain. Nous devons encourager l'ouverture de nouvelles perspectives pour les sciences humaines et sociales, au plus haut niveau d'excellence.

Nous devons aussi profiter de la dynamique du LMD pour franchir de nouvelles étapes.

J'ai décidé d'ouvrir rapidement une concertation nationale sur le doctorat. Les études doctorales sont l'une des pièces maîtresses de la promotion de l'Université : elles sont porteuses, dans l'espace international, de l'excellence des systèmes d'enseignement supérieur ; elles sont l'un des instruments les plus sûrs de leur attractivité.

Beaucoup a déjà été fait en France avec les écoles doctorales. Il faut aujourd'hui aller plus loin en renforçant leur rayonnement. Il est indispensable d'y associer toutes les forces scientifiques dont nous disposons, et je pense ici aux organismes de recherche et aux grandes écoles.

En exploitant au maximum ce point de jonction entre formation et recherche, notre politique doctorale doit contribuer de manière majeure à la constitution de pôles scientifiques de référence préfigurant l'organisation du système d'enseignement supérieur français animé d'un même impératif : l'excellence.

Cette nouvelle politique doctorale doit avoir une dimension internationale forte. C'est pourquoi nous rénoverons dès cet automne le texte sur les cotutelles internationales de thèses pour que notre pays soit dans ce domaine aux avant-postes. Dans ce cadre, nous autoriserons nos établissements à déroger à certains aspects de la réglementation actuelle pour favoriser le développement des doctorats conjoints.

De même, je porte un intérêt particulier à l'expérience née sur le terrain avec la mise en place de collèges doctoraux qui renforcent l'attractivité internationale de nos doctorats.

Actuellement, la France attire 9 % d'étudiants étrangers, dont une large majorité au niveau de la licence.

Ce constat est honorable mais il faut faire qualitativement mieux, en améliorant notre dispositif d'accueil, de promotion et de soutien aux initiatives, tout spécialement concernant le master et le doctorat. Grâce au LMD, l'offre française se prête désormais à cet objectif.

S'agissant de nos étudiants, vous savez que j'ai souhaité, dès cette année, augmenter les moyens consacrés aux bourses de mobilité. Cet effort sera poursuivi, de même que devra s'intensifier l'effort de maîtrise des langues étrangères, condition indispensable à toute déclinaison de l'ouverture.

La mobilité doit concerner les professeurs et l'accueil de chercheurs et d'enseignants-chercheurs étrangers au sein de nos universités et de nos laboratoires. C'est pourquoi avec François d'Aubert nous avons lancé un premier programme de chaires d'excellence qui doit être conforté par des initiatives propres aux établissements.

Le renforcement de l'attractivité doit aussi concerner les plus jeunes. Je souhaite intensifier l'accueil des post-doctorants étrangers de même qu'assurer le retour de nos propres post-doctorants.

Cette politique doit permettre à la France d'être en position de force lors du Sommet de Bergen en mai 2005. C'est dans cette perspective que je vous demande de vous mobiliser.

Mesdames et messieurs,

L'ouverture internationale, et la compétition qui s'y attache, nous obligent tous à repenser nos propres schémas et notre organisation.

Les universités et les grandes écoles doivent forger de nouvelles alliances et je trouve très positif que les conférences d'établissements aient engagé un cycle de rencontres régulières.

Les grandes écoles qui développent une stratégie internationale ont déjà pleinement pris conscience du handicap que peut constituer leur taille, souvent modeste, qui ne permet pas toujours l'expression d'une puissance scientifique pourtant réelle.

Il me semble nécessaire d'une part, de poursuivre le renforcement des liens entre écoles et universités et, d'autre part, de fédérer, lorsque c'est la solution la meilleure, les écoles entre elles, quels que soient leurs statuts ou la tutelle ministérielle dont elles dépendent.

Au niveau européen, comme au niveau international, ce n'est pas le statut des établissements qui constitue le facteur discriminant mais l'évaluation de leur qualité. Cela amène à se demander si, dans ce contexte, il ne serait pas finalement préférable d'ouvrir les possibilités de délivrance des diplômes, à la condition expresse que les critères d'évaluation soient homogènes.

Bien entendu, si nous allons dans cette direction, l'appellation « master » ne pourrait pas être utilisée sans contrôle. Seuls les masters garantis par l'État pourront prendre ce nom. Toute autre utilisation du terme « master » ne pourra plus être acceptée. Il en va de la crédibilité de l'enseignement supérieur français comme de la transparence et de l'honnêteté dues aux étudiants, aux familles mais aussi aux professions.

Par exemple, on ne peut prétendre former des juristes dans un cursus majoritairement consacré à d'autres disciplines. Les mentions des masters doivent éviter toute confusion. Les masters de droit doivent être réservés aux établissements où l'on enseigne le droit et où le corps professoral a des compétences reconnues et validées au plan national.

Mesdames et messieurs,

Je souhaite pour terminer aborder la question de notre politique de sites dont la clarification est à l'évidence liée à la promotion internationale du dispositif d'enseignement supérieur français.

Des besoins et des situations contrastées nous conduisent depuis longtemps à repenser la différenciation des sites.

Autant l'offre de licence doit être générale, autant il est légitime qu'au niveau du master et du doctorat, et a for tiori de la recherche, des spécificités soient encouragées, puisqu'il s'agit précisément de valoriser l'excellence scientifique. Je souhaite que là aussi une réflexion soit menée entre tous les partenaires concernés.

Cette évolution est nécessaire. Elle ne doit pas être source de crispations territoriales. Au contraire, il suffit de qualifier les sites par le ou les segments de qualité qui leur sont propres et d'assurer clairement leur légitimité universitaire.

L'engagement dans la concurrence internationale nous oblige à organiser l'espace de l'enseignement supérieur et de la recherche en sites ou campus universitaires de standard au minimum européen, voire mondial.

Ces sites universitaires, que certains appellent des « campus de recherche », pourraient être en mesure de fédérer nos forces scientifiques et pédagogiques, aujourd'hui trop dispersées. En assurant la diversité des besoins de formation, en stimulant le développement de la recherche, la valorisation et la diffusion de la culture scientifique et technique, ces nouvelles unités doivent permettre à la France de demeurer en tête de la bataille de l'intelligence et de l'innovation.

Ils doivent être attractifs pour les meilleurs, qu'ils soient Français ou étrangers, et constituer des partenariats scientifiques pour les entreprises comme pour les collectivités territoriales.

Dans ce contexte, il nous faudra également avancer sur la question centrale de l'évaluation. L'évaluation des structures au sein desquelles travaillent les enseignants-chercheurs et les chercheurs répond désormais autant à une nécessité proprement universitaire qu'aux règles de la compétition internationale.

Dans ce domaine, il me semble nécessaire de faire confiance en premier lieu aux acteurs eux-mêmes, c'est-à-dire aux établissements, en développant en leur sein et à leur initiative une véritable culture de l'évaluation et d'en valider publiquement les bonnes pratiques.

Si l'on veut qu'à terme nos grands pôles soient des centres d'excellence jouissant d'une visibilité internationale, il faut que les acteurs (c'est-à-dire au premier chef les dirigeants des établissements d'enseignement supérieur et des organismes de recherche) soient à même de nouer des partenariats crédibles pour anticiper et accompagner le développement scientifique grâce à la fédération des énergies.

Il convient de rapprocher les règles qui régissent les uns et les autres et d'accroître les marges d'action des établissements pour conclure des accords.

Les établissements d'enseignement supérieur qui jouissent déjà du statut d'autonomie n'ont cependant pas la pleine maîtrise de leurs moyens. A terme ce sera un handicap majeur, d'autant que la loi organique sur les lois de finance conduit naturellement à une évolution qui correspond aux standards universitaires mondiaux. Dans cette perspective, la maîtrise des moyens est donc une nécessité pour les universités et les écoles.

Les contrats d'objectifs prévus par la loi organique constituent le nouveau cadre du contrat que l'État conclura, sur des objectifs mesurables, avec des établissements devenus maîtres de l'utilisation de leurs moyens.

À partir du moment où les uns et les autres auront pleinement la possibilité de conclure des alliances fortes et durables, ils pourront ensemble mieux valoriser le formidable potentiel scientifique qu'ils produisent.

Plutôt que de définir une réorganisation du dispositif national conçue « d'en haut », je préconise de forger dans l'action et par les résultats de cette action les outils d'une coopération exigeante et durable entre les différents acteurs de notre système d'enseignement supérieur et de recherche. Et cela, au service des grandes orientations définies par l'État au bénéfice d'objectifs nationaux et internationaux ambitieux.

Mesdames et messieurs,

C'est bien une pierre historique que nous venons de poser.

Désormais, c'est ensemble que nous allons nous atteler à la construction de l'édifice. Et à ceux qui croient impossibles les grandes ¿uvres, invitez-les à relire le prospectus de l'Encyclopédie, dans lequel Diderot mit en exergue cette citation en réponse au ch¿ur des pleureuses :

« Regardons comme possible et excellent tout ce qui peut être exécuté ¿ par plusieurs individus, sans pouvoir l'être par un homme isolé ; par la succession des siècles sans être possible à un seul siècle. »

Mise à jour : août 2006

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