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[archive] Clôture des états généraux de la sécurité à l'école : discours de Luc Chatel
Discours - Luc Chatel - 08/04/2010

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Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président, cher Éric Debarbieux,
Mesdames et messieurs les membres du Conseil scientifique,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et messieurs les Directeurs,
Mesdames et messieurs les Recteurs,
Mesdames et messieurs les Inspecteurs généraux,
Mesdames et messieurs,

L’École est le premier rempart contre la barbarie. Là où l’École recule, c’est la civilisation elle-même qui recule. La mort d’un enfant, le jeune Hakim, au sein même de notre École, pendant les heures d’enseignement, en est la plus douloureuse des illustrations.

Car le propre d’une civilisation, c’est sa capacité à édicter des lois, sa capacité à les faire respecter. Placer l’Homme sous la protection de la loi, voila ce qui nous éloigne de l’obscurantisme.

Chacun d’entre nous, quel que soit son niveau de responsabilité, a été bouleversé par le drame du Kremlin-Bicêtre, il y a trois mois. Pour tous, pour nous tous, ce fut un choc effroyable. Un choc qui obligea chacun à s’interroger. Un choc qui imposa une seule résolution : agissons pour que chaque élève soit en sécurité à l’École.

Bien entendu, un événement d’une telle gravité demeure heureusement exceptionnel. Il montre cependant que la violence a changé de nature. Il montre qu’une banale affaire de cœur, qui aurait autrefois donné lieu à un coup de poing à la sortie du lycée, a aujourd’hui dégénéré en meurtre dans l’enceinte même de l’établissement.

Ce drame témoigne du brouillage des repères moraux et de la profondeur du malaise social. Il témoigne aussi de l’ampleur du nouveau défi que doit relever notre École : celui de l’insécurité.

L’insécurité prend racine dans les contrariétés, les angoisses du quotidien et, pour tout dire, dans la peur.

La peur de se faire racketter, de se faire frapper, la peur d’être différent et jusqu’à la peur d’être un bon élève. La peur aussi des parents pour leurs enfants. La peur encore de l’enseignant de ne pas pouvoir faire face, la peur d’être jugé, la peur de ne pas être à la hauteur. Mais la peur la plus insidieuse est aussi la peur la plus silencieuse : la peur de parler, la peur de témoigner, la peur de se confier.

Mesdames et messieurs,

Les incivilités, les dégradations, les discriminations, les agressions, comme les intrusions sont autant d’atteintes à la promesse et à la devise de la République, gravée aux frontons de nos Écoles.

Une atteinte à la liberté parce qu’en démocratie, la liberté c’est aussi la liberté d’apprendre, la liberté d’enseigner, la liberté de s’exprimer, la liberté de vivre ensemble, la liberté de conquérir sa liberté.

Une atteinte à l’égalité parce que l’École doit assurer à tous les mêmes chances de réussite. Et nous savons pertinemment que, sans la sérénité, des apprentissages et, disons-le, sans la sécurité, ce n’est pas le cas.

Une atteinte à la fraternité enfin, parce que les violences, quelles qu’elles soient, portent en elles la négation de la solidarité et du partage, valeurs dont nous avons plus que jamais besoin en cette période de crise.

Oui, quelles que soient ses formes, la violence en milieu scolaire constitue une atteinte intolérable à l’ambition originelle de notre École : enseigner à chaque enfant de la République les savoirs et les valeurs sans lesquels il ne saurait y avoir de cohésion nationale.

Aujourd’hui, au terme de ces deux journées d’échanges, je ne suis pas venu clôturer les États généraux de la sécurité à l’École. Je ne suis pas venu vous présenter un énième plan de lutte contre la violence à l’École. Je ne suis pas venu vous proposer des solutions définitives.

Je suis venu vous remercier pour le travail accompli au cours de ces deux jours. La méthode engagée fondée sur l’écoute et la transparence a permis de débattre en confiance sur des questions complexes. Si nous ne sommes pas d’accord sur tout, le constat nous rassemble et la discussion a permis de faire émerger des pistes d’action prometteuses. Le Conseil scientifique y a largement contribué. Je tiens à le remercier pour la richesse et la profondeur de ses analyses.

À présent, j’entends partager avec vous les principes qui fondent notre engagement commun pour rétablir le pacte républicain à l’École.

La sécurité à l’École est l’affaire de tous. École et familles doivent parler d’une même voix, celle de l’autorité. Le dialogue, la concertation entre ces deux figures de l’éducation sont donc essentiels.

Ensemble, je vous propose de fixer cinq orientations pour faire reculer la violence en milieu scolaire, pour assurer la sécurité en milieu scolaire.

La première de ces orientations c’est de nous doter des instruments pour mesurer efficacement la violence mais aussi le climat dans les établissements scolaires


La violence a longtemps été un tabou pour l’École. On a longtemps refusé de regarder la vérité en face, avec deux conséquences tout aussi néfastes.

  • D’un côté, des faits de violence exceptionnels ont été surmédiatisés, surinterprétés, au point de stigmatiser certains établissements et de faire peur à l’opinion en laissant planer le spectre d’une insécurité généralisée. Même si les Français ne s’y trompent pas, puisque pour 80 % d’entre eux leurs enfants sont en sécurité à l’École, nous leur devions de rétablir la vérité.
  • De l’autre côté, on a trop longtemps passé sous silence toutes les micro-violences du quotidien, les violences sourdes, les violences impalpables, les violences indicibles, mais aussi les jeux dangereux qui minent les relations entre élèves, entre professeurs et élèves, celles qui dégradent l’ambiance au sein de l’établissement scolaire. Et je veux rendre hommage à Éric Debarbieux qui a si bien su décrire ces micro-violences.


Les témoignages, les rapports, les bilans dont nous disposons permettent certes de dégager des tendances et de dresser un tableau général des violences à l’École. Mais ce tableau demeure parcellaire, incomplet, approximatif et parfois contradictoire. Il est d’autant plus difficile à interpréter que les outils de mesure se sont succédé sans se ressembler au cours des dix dernières années.

Le responsable politique que je suis ne peut se contenter d’impressions vagues, de mesures partielles ou d’analyses incomplètes. En effet, s’attaquer à la violence suppose d’abord de savoir de quoi l’on parle. S’engager contre la violence suppose de se doter d’outils d’analyses et de connaissances fiables et pérennes. Ces outils nous permettront d’identifier les points de tension et, à l’inverse, de faire apparaître, en toute transparence, l’immense majorité des établissements où il fait bon vivre.

Pour mesurer les faits de violence en milieu scolaire, l’Éducation nationale réalise depuis 2007 une enquête annuelle et nationale baptisée Sivis (Système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire). Quelles sont ses limites ? Elle ne porte que sur un panel d’établissements, elle ne mesure pas toutes les formes de violence, en particulier les intrusions ou les phénomènes de bande aux abords. Enfin, elle n’est pas suffisamment harmonisée avec les outils du ministère de l’Intérieur. Voilà pourquoi je vous propose qu’à partir de la prochaine rentrée l’enquête Sivis soit trimestrielle, qu’elle intègre de nouveaux indicateurs pour mesurer l’ensemble des formes de violence et qu’elle soit déclinée, dans un premier temps, au niveau départemental afin que chaque inspecteur d’académie dispose d’un outil de pilotage efficace.

En complément des données chiffrées, une enquête de victimation a été expérimentée en 2009 avec succès dans l’académie de Lille pour permettre aux victimes de déclarer les atteintes aux biens ou à la personne dont elles ont souffert. Pour disposer d’une vue précise sur la délinquance en milieu scolaire, je propose que nous étendions cette enquête au plan national dès la prochaine année scolaire. Il s’agit, pour reprendre les mots d’Alain Bauer, de « dépasser les exagérations ou les négations de la réalité qui sont les plus mauvais guides de l’action publique ». Cette enquête sera conduite par la direction des études, de la prospective et de la performance du ministère de l’Education nationale avec le concours de l’Observatoire national de la délinquance et de l’Observatoire international de la violence à l’École.

La deuxième orientation, c’est de renforcer la formation des professeurs car ils sont trop souvent démunis face aux violences et aux conflits qu’ils ont à gérer

Lorsque la violence survient aux abords de l’établissement, comme à l’intérieur, les équipes éducatives réagissent ensemble et, en fonction de la situation, elles peuvent faire appel aux partenaires, qu’il s’agisse des forces de l’ordre, de l’autorité judiciaire, des travailleurs sociaux ou encore des associations de quartier. Mais ce qui me frappe le plus, c’est l’isolement du professeur face aux difficultés auxquelles il peut être confronté dans la classe. Cette souffrance est d’autant plus lourde à porter qu’elle est parfois quotidienne. La salle de classe, que certains n’hésitent pas à qualifier de « boîte noire », ne saurait demeurer la grande muette du système éducatif français. C’est d’autant plus nécessaire que la classe en est le point névralgique. Un conflit peut y naître, s’y révéler, s’y déclencher ou s’y amplifier. Mais quand il y a autorité, quand il y a respect, quand il y a confiance, mutuelle, la classe est aussi le lieu de l’épanouissement.

Face aux chahuts, face aux perturbations, face aux incivilités, mon devoir de ministre de l’Éducation nationale est de briser l’isolement des professeurs, de restaurer leur autorité et travailler en équipe. C’est sur les fondements de ce triptyque que je propose de construire une nouvelle politique de formation dès la rentrée 2010.

Dans le cadre de la réforme des concours d’enseignement, chaque étudiant qui se destine au professorat bénéficiera, au cours de ses années de master, d’une formation spécifique à la gestion des conflits et à la prévention de la violence.

De même, chaque professeur nouvellement recruté suivra nécessairement, lors de son année de stage, un module de formation sur la tenue de classe et la gestion des conflits, élaboré à partir d’un cahier des charges national.

Enfin, en matière de formation continue, de nombreux programmes sont d’ores et déjà proposés par les académies. Je veux m’appuyer sur les plus performants pour concevoir un plan national de formation continue dans ce domaine. Les établissements les plus exposés aux situations de violence se verront proposer des formations sur site à destination de l’ensemble de leurs personnels. Car, je l’ai entendu dans l’ensemble des ateliers où j’ai pu me rendre hier, l’établissement scolaire est une communauté qui doit être solidaire pour agir contre les phénomènes de violence. Et de fait, le problème d’un professeur, c’est le problème de tous. Sous la responsabilité des chefs d’établissement, le travail conjoint des professeurs, des conseillers principaux d’éducation, des assistants d’éducation et des personnels de santé est la réponse la plus efficace pour faire reculer tous les phénomènes de violence au sein de l’établissement. Il est de ma responsabilité de les accompagner dans cette démarche.

Cette politique de formation devra nécessairement s’accompagner de la mise à disposition de ressources, notamment numériques, permettant d’intégrer dans nos programmes de prévention les évolutions contemporaines de la violence en milieu scolaire.

Mais, si la formation initiale et continue est absolument nécessaire, et j’en fais une priorité, elle ne saurait suffire. Aussi, je veux réaffirmer solennellement le soutien de l’institution aux professeurs qui sont confrontés aux violences graves comme aux violences insidieuses. Ce soutien de l’institution se traduira par leur accompagnement systématique par un interlocuteur clairement identifié au sein de l’établissement. Les principaux acteurs de l’accès au droit et de l’aide aux victimes seront pleinement associés à cette démarche. L’institution tout entière doit faire bloc autour des victimes car la solidarité doit prendre le pas sur l’omerta, notamment pour assurer leur protection juridique.

La troisième orientation consiste à renforcer le plan de sécurisation des établissements scolaires engagé à la rentrée 2009

L’intrusion spectaculaire d’une bande armée au lycée Jean-Baptiste Clément de Gagny en mars 2009 a montré l’émergence de nouvelles formes de violences, beaucoup plus radicales. Dans son intervention devant les principaux acteurs de la chaîne pénale et éducative au mois de mai, le Président de la République a demandé une action résolue dans les établissements les plus exposés aux intrusions extérieures.

Avec le ministre de l’Intérieur, j’ai présenté en septembre dernier un plan de sécurisation des établissements scolaires et j’ai annoncé son accélération le 15 février dernier. Ce plan comporte trois volets principaux :

  • la généralisation des diagnostics de sécurité et la réalisation, dans tous les établissements scolaires, de leurs préconisations, qu’il s’agisse par exemple de l’installation de clôtures, de dispositifs de vidéosurveillance ou bien encore, dans certains cas spécifiques, de portiques pour filtrer efficacement les entrées. À ce jour, 61 % des établissements l’ont réalisé. L’objectif est atteindre 100 % avant la fin de l’année scolaire et je sais pouvoir compter sur les chefs d’établissement pour y parvenir ;
  • le déploiement des équipes mobiles de sécurité. Elles sont aujourd’hui en place dans toutes les académies et ont effectué près de 2 200 interventions avec succès ;
  • la formation des chefs d’établissement à la gestion de crise et aux problématiques de la sécurité. L’objectif est de former l’ensemble des 14 000 personnels de direction à l’horizon 2012, dans le cadre d’un partenariat entre les ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur.


Si ce plan fonctionne c’est d’abord parce qu’il apporte des réponses au cas par cas, adaptées aux attentes du terrain. Il nous faut donc conforter la démarche engagée avec l’ensemble de nos partenaires. Je veux même la renforcer. Voilà pourquoi je propose :

  • de doubler les effectifs et de consolider la place des équipes mobiles de sécurité dans les académies les plus exposées à la violence ;
  • d’amplifier les partenariats entre l’Éducation nationale et l’autorité judiciaire, par la désignation de magistrats référents, à l’image des policiers et gendarmes référents déjà en place ;
  • de systématiser les discussions avec les collectivités territoriales pour accélérer la mise en œuvre des préconisations matérielles issues des diagnostics de sécurité.

La sécurisation des établissements est une nécessité. Nous devons être pragmatiques et ne négliger aucune piste pour adapter nos établissements aux nouveaux visages de la violence.

La quatrième orientation est de responsabiliser les acteurs et de redonner du sens aux sanctions pour mieux faire respecter les règles du vivre ensemble

En matière d’éducation, l’impunité est la pire des choses. Elle est le contraire même de l’éducation car l’enfant a besoin de repères, de modèles, de règles pour se construire. L’adulte a donc une responsabilité fondamentale dans ce domaine : définir précisément les limites qui distinguent ce qui est permis de ce qui ne l’est pas. Le rôle de l’éducateur, qu’il soit parent ou professeur, est aussi de fixer et d’expliquer le plus clairement possible les limites ainsi que les sanctions qui s’appliquent lorsqu’elles sont franchies.

Être éducateur, c’est d’abord prévenir, protéger nos enfants. Et dans le monde complexe qui est le nôtre, de nouveaux risques sont apparus. Je pense en particulier aux jeux dangereux. Je pense aussi aux harcèlements discriminatoires, notamment à l’encontre des élèves handicapés, et à l’ensemble des conduites d’intimidations, celles-là même qu’Éric Debarbieux évoquait hier sous le nom de school bullying. Je pense enfin à l’ensemble des pratiques violentes qui se développent avec les technologies de l’information et de la communication, qu’il s’agisse du happy slapping et de toutes les formes de cyber-violence que les parents ont souvent du mal à contrôler.

L’École doit être à leurs côtés. Voilà pourquoi le brevet informatique et internet, qui doit être validé par tous les élèves, comprend un volet intitulé « Adopter une attitude responsable sur Internet ». Voilà aussi pourquoi, nous venons de lancer surle sujet des jeux dangereux et des pratiques violentes, et pour la première fois, un programme de formation continue pour les personnels sociaux et de santé. Ce programme a été élaboré avec l’aide de Grégory Michel, qui est membre du Conseil scientifique.

Protéger nos enfants, c’est aussi penser à leur épanouissement, à leur bien-être. Oui, le bien-être, c’est un terme qui est souvent revenu hier. Le bien-être et l’épanouissement supposent d’abord que nos enfants soient bien dans leur corps, comme dans leur tête. Voilà pourquoi, je présenterai avant la fin de l’année scolaire un plan santé.

Mais ce n’est pas tout, s’il y a un domaine où l’épanouissement va de pair avec l’acquisition des règles, c’est le sport. Et je crois vraiment que la pratique sportive peut contribuer à l’intégration comme à la réussite scolaire. Voilà pourquoi, je veux engager une réflexion pour développer la pratique sportive dans les établissements les plus en difficulté. Cela nous conduira à ouvrir le débat sur les rythmes scolaires dans le cadre d’une conférence nationale ambitieuse.

Pourtant, je ne veux pas céder à l’angélisme. Malgré tous nos efforts, certains élèves ne se plient pas aux règles. Je ne me déroberai pas. Ces élèves particulièrement perturbateurs pourront être sortis de la classe. Il ne s’agit pas de les exclure. Il s’agit de les placer dans des structures adaptées, aussi longtemps que nécessaire.

Ne nous y trompons pas, l’objectif est avant tout d’aider l’élève, comme sa famille, qui est parfois dépassée.

Mais, nous le savons tous, sans les parents, il serait illusoire de penser que nous pouvons faire reculer la violence à l’École comme dans la société. Je souhaite donc que les parents soient responsabilisés pour être pleinement intégrés à la communauté éducative. Je ne cèderai pas à la facilité de dire que les parents se déchargent de leur mission d’éducation lorsqu’ils confient leurs enfants à l’École. J’y vois au contraire une marque de confiance et l’occasion d’une responsabilité partagée dans l’éducation des enfants. Et, pour renforcer le lien entre les parents et l’École, les outils numériques ont beaucoup à nous apporter. Je pense en particulier au cahier de texte électronique qui permet de tisser un lien permanent, durable, entre l’École et les familles. Mais là encore, je refuse l’angélisme. Qui pourrait nier que certains parents n’assument pas leurs responsabilités au point de mettre leur propre enfant en danger ? Eh bien, dans les cas les plus flagrants, nous devons aller jusqu’à rendre effectives les sanctions en matière d’allocations familiales, comme la loi le permet. Un travail interministériel est en cours sur ce sujet à la demande du Président de la République pour un aboutissement rapide.

Enfin, mieux faire respecter les règles du vivre ensemble suppose que l’École redonne du sens aux sanctions. Et, de ce point de vue, les procédures disciplinaires doivent résolument s’inscrire dans les principes fondamentaux du droit : le respect de la personne de l’élève et de sa dignité ; le principe du contradictoire qui instaure un dialogue avec l’élève avant toute sanction disciplinaire ; la motivation et donc l’explication de la sanction ; la proportionnalité de la sanction à la gravité du manquement à la règle ; l’individualisation de la sanction.

Pour que les élèves respectent les règles, elles doivent d’abord être connues et assimilées par l’ensemble des personnels chargés de les appliquer. Il revient aux chefs d’établissement d’inscrire le respect de ces règles au cœur du projet et de la vie de l’établissement. Là encore, il n’y a pas la place pour l’improvisation et un volet spécifique de la formation des enseignants sera consacré à la connaissance des règles, des sanctions, des punitions et des modalités de leur application.

Il nous faut redonner tout son sens à la sanction. Voilà pourquoi je propose, dès la rentrée prochaine, de réinstaurer la règle au cœur de la vie scolaire. Je soumettrai au Conseil supérieur de l’Éducation de nouvelles dispositions réglementaires qui porteront notamment sur les points suivants :

  • rédiger une charte des bonnes pratiques qui sera déclinée dans les règlements intérieurs. Elle fixera les règles élémentaires de civilité, de comportement dans la cour ainsi que le rituel d’entrée dans la classe. N’ayons pas peur de le dire, nous avons perdu de vue les habitudes et les usages qui forment le savoir-vivre : se lever en présence d’un adulte ; ne pas couper la parole et la demander en levant le doigt ; se ranger et faire silence avant d’entrer en cours ; adopter le registre de langue adapté à la situation ; vouvoyer le professeur et l’élève ;
  • rendre à l’exclusion de la classe ou de l’établissement son caractère exceptionnel ;
  • renforcer la place des travaux d’intérêt général dans l’échelle des sanctions ;
  • instaurer, entre l’élève et l’adulte responsable, pour toute sanction, une motivation écrite et une explication orale ;
  • instaurer un dialogue entre l’établissement et l’élève pour mieux suivre son comportement et, le cas échéant, effacer certaines sanctions de son dossier lorsqu’elles auront été comprises ;
  • rendre systématique et automatique le déclenchement des procédures disciplinaires en cas de violences verbales ou physiques à l’égard des personnels de l’établissement ;
  • organiser le conseil de discipline à l’extérieur de l’établissement.

Ces nouvelles dispositions seront intégrées dans le Code de la vie scolaire qui sera diffusé dans tous les collèges et les lycées à la rentrée prochaine.
Au-delà de ces quatre premières orientations qui concernent l’ensemble des établissements scolaires, il nous faut conduire une réflexion spécifique sur les lycées, les collèges, voire les écoles où le climat est le plus dégradé. 10 % des établissements concentrent en effet 50 % des actes les plus violents.

L’ensemble des échanges que nous avons eus au cours des dernières heures ont en effet montré que la violence scolaire est un phénomène contrasté qui ne prend pas partout le même visage, qui ne frappe pas l’ensemble des établissements scolaires de la même manière.

La cinquième orientation consiste donc à engager des actions ciblées dans les établissements les plus exposés à la violence


Depuis trente ans, les dispositifs d’aide et de soutien aux établissements en difficulté se sont multipliés, se sont enchevêtrés, sans toujours être évalués : établissements sensibles, zones violences, réseaux de réussite scolaire. Et encore, je n’évoque pas les onze systèmes indemnitaires qui coexistent aujourd’hui au sein de l’éducation prioritaire ! Au moment où les contrats urbains de cohésion sociale sont redéfinis, au moment où nous évaluons les réseaux « Ambition réussite », nous devons profiter de l’occasion historique qui s’offre à nous pour substituer aux dispositifs existants une nouvelle cartographie des établissements concentrant le plus de difficultés sur le front du climat et de la violence. Au croisement de critères transparents, consensuels et objectifs, définis en concertation avec l’ensemble de nos partenaires ministériels (Intérieur, Justice, villes, Famille notamment), je propose de créer un nouveau programme centré sur l’ambition, l’innovation et la réussite que nous pourrions baptiser CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite).

Ce programme pourra être expérimenté dès la rentrée 2010 dans une centaine d’établissements situés dans les académies les plus exposées aux phénomènes de violence, avant d’être généralisé à la rentrée 2011, le temps de définir les critères en concertation avec nos différents partenaires et en étroite articulation avec la redéfinition de la carte de l’éducation prioritaire.

Le programme CLAIR se caractérisera par trois innovations majeures :

  • des innovations dans le champ des ressources humaines. Tout le monde est d’accord pour dire que la stabilité des équipes est essentielle à la sérénité au sein de l’établissement. Je veux donc que les chefs d’établissement puissent choisir leurs équipes et disposent des moyens pour attirer les professeurs déterminés à relever ce défi. La formation des personnels devra également être renforcée ;
  • des innovations dans le champ de la pédagogie. Seule doit compter la validation du socle commun de connaissances et de compétences au terme de la scolarité obligatoire. Je veux donc laisser toute latitude aux équipes pédagogiques pour mettre en œuvre le projet pédagogique pour atteindre cet objectif. Pour cela, je les encouragerai à recourir le plus largement possible aux expérimentations permises par la loi ;
  • des innovations dans le champ de la vie scolaire. Un préfet des études sera nommé par niveau. Il en aura l’entière responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif.

Que voulons-nous faire avec ce programme ? Rechercher le juste équilibre entre la confiance accordée aux équipes de terrain et le nécessaire soutien que doit leur apporter l’institution. Fruits de l’innovation et de l’engagement des personnels, les résultats de ce programme seront une première étape qui devra nous servir de base pour la résolution de la problématique de la carte scolaire.

Nous n’avons pas le droit d’échouer, il en va de la réussite et de l’avenir de nos enfants, il en va de la cohésion de la Nation.

Mesdames et messieurs,

La violence en milieu scolaire n’est pas une fatalité. À une seule condition. La mobilisation générale de l’ensemble de la communauté éducative et de ses partenaires au service de cette ambition.

Cela a toujours été ma conviction : l’École doit prendre toutes ses responsabilités. Mais elle n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle trouve à ses côtés les femmes et les hommes qui croient en l’idéal qu’elle incarne. Voilà la signification profonde des États généraux de la sécurité à l’École.

Quelles que soient nos convictions, quelles que soient nos origines, quelles que soient nos fonctions ou nos responsabilités, nous avons su, pendant deux jours, dépasser nos divergences pour trouver, ensemble, des solutions innovantes, pragmatiques, à un phénomène qui mine la société française depuis trop longtemps : la violence en milieu scolaire.

Responsables politiques, élus locaux, chercheurs, dirigeants syndicaux, acteurs associatifs, personnels d’encadrement, professeurs, représentants des élèves ou de leurs parents, nous avons accepté de prendre le temps. Prendre le temps du constat. Prendre le temps d’entendre les scientifiques. Prendre le temps de partager des expériences, qu’elles soient locales ou internationales. Prendre le temps surtout de réfléchir ensemble.

De temps nous en aurons encore besoin dans les semaines, dans les mois, et peut-être même, dans les années qui viennent.

Comme responsable politique, je refuse l’incantation. Je refuse l’effet d’annonce. Je refuse les promesses sans lendemain. La violence en milieu scolaire est un sujet trop sérieux pour se prêter à de telles facilités.

Je veux prendre un engagement devant vous : les propositions issues des États généraux de la sécurité à l’École seront mises en œuvre dans la concertation. L’Éducation nationale en sera le moteur, mais rien ne se fera sans vous.

Pour préserver le consensus qui s’est dégagé au fil de nos discussions, je vais mettre en place, sous l’autorité conjointe du directeur général de l’enseignement scolaire et du président de l’Observatoire international de la violence à l’École, un comité de pilotage chargé de préparer, de suivre et d’évaluer la mise en œuvre des propositions issues de nos travaux.

Ce comité, dont le fonctionnement sera nécessairement souple, réunira les responsables des différents ministères qui ont activement participé à ces États généraux de la sécurité à l’École et je les en remercie, ainsi que des membres du conseil scientifique qui les ont préparés.

Je veux prendre en autre engagement devant vous : nous l’avons tous souligné depuis deux jours. Si l’on veut faire reculer la violence en milieu scolaire, ces États généraux de la sécurité à l’École ne doivent pas rester sans lendemain. Aussi, je vous propose un premier rendez-vous au début du mois d’octobre pour un point d’étape sur la mise en œuvre des orientations que je viens de tracer. 

Mesdames et messieurs,

Tout ce que nous voulons, tout ce que nous entreprenons serait condamné à rester vain, si nous n’étions pas capables d’assurer à tous nos élèves, à tous nos professeurs, dans tous nos établissements, la sécurité et la sérénité auxquelles ils ont droit.

Sans la sécurité, il n’est pas possible de transmettre. Sans la sécurité, il n’est pas possible d’apprendre. Sans la sécurité, il n’est pas possible de vivre ensemble. Sans la sécurité, il n’est pas possible de réussir.

Oui, la vérité c’est que la sécurité est la première condition de la réussite à l’École. Nous avons l’ardente obligation de réussir pour faire reculer la violence. Nous le devons aux enfants de la République.

Je vous remercie.

En savoir plus
Pages à consulter

États généraux de la sécurité à l'École les 7 et 8 avril 2010
Présentation, déroulement, vidéos, documents de référence, etc.
Les états généraux de la sécurité à l'école

Mise à jour : avril 2010

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