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[archive] Prévention de l'illettrisme
Discours - Luc Chatel - 29/03/2010

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Luc Chatel a présenté un plan pour prévenir l’illettrisme et susciter le goût de la lecture lors de sa visite au Salon du livrele lundi 29 mars 2010. Il a déclaré qu'il fallait "agir de manière précoce, dès la maternelle, car c’est à ce niveau que les enfants s’approprient le langage et découvrent l’écrit." Le ministre a souligné la nécessité de "travailler dès le plus jeune âge, mais aussi tout au long de la scolarité, pour que la lecture ne soit pas perçue comme une contrainte mais réellement comme un plaisir." Les familles, l'encadrement et les partenaires de l'École doivent se mobiliser.

Seul le prononcé fait foi

Madame le Secrétaire perpétuel,
Monsieur le Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations,
Monsieur le Président du Haut Conseil de l’Éducation,
Monsieur le Directeur général de l’enseignement scolaire,
Monsieur le Doyen de l’inspection générale de l’Éducation nationale,
Mesdames et messieurs les recteurs d’académie,
Mesdames et messieurs les inspecteurs généraux,
Monsieur le Directeur du livre et de la lecture,
Monsieur le Président du comité exécutif de la Fondation pour l’égalité
des chances à l’école,
Monsieur le Secrétaire général de la Fondation Schueller-Bettencourt,
Madame la Déléguée générale de la Fondation Total,
Madame la Directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme,
Monsieur le Directeur général de la Ligue de l’enseignement,
Mesdames et messieurs,

Parcourir les allées du Salon du livre, c’est d’abord prendre conscience du dynamisme et de la richesse de la production littéraire française.

Mais pour le ministre de l’Éducation nationale que je suis, le Salon du livre est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur de la responsabilité qui m’incombe. Quelle responsabilité, en effet, que de transmettre le goût de la lecture à tous les enfants de France ! Quelle responsabilité que d’assurer l’accès au livre, c'est-à-dire au savoir, à la connaissance, à la liberté qu’il incarne !

Mais accéder au savoir, c’est d’abord maîtriser les compétences de bases : lire, écrire, compter. Et mon devoir de ministre de l’Éducation nationale est de veiller à ce que chacun de nos élèves maîtrise ces fondamentaux, et d’abord notre langue.

Oui, Madame le Secrétaire perpétuel, la langue est notre héritage, notre patrimoine le plus précieux. Et c’est bien ce patrimoine, ce génie du peuple français, qu’incarne votre illustre compagnie. Et pour rien au monde nous ne souhaiterions voir ce patrimoine réservé à une élite de lettrés. Et pourtant, si l’accès généralisé à l’éducation nous a permis d’éradiquer l’analphabétisme, il ne nous a pas permis d’effacer l’illettrisme.

Il peut sembler paradoxal de soulever ici la question de l’illettrisme, au cœur d’un événement qui célèbre le livre. C’est pourtant une réalité que l’on ne peut ignorer : en France, 3 100 000 personnes sont en situation d’illettrisme, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans. De même, les tests de la Journée d’appel de préparation à la Défense (JAPD) révèlent que 21 % des jeunes âgés de 17 ans sont des lecteurs inefficaces, dont 5 % sont en situation d’illettrisme !

Face à ces chiffres, une question se pose : peut-on évoquer le plaisir du texte, le goût de la lecture sans se préoccuper de celles et ceux qui en sont privés ? Je ne le crois pas. Et je pense au contraire qu’il faut saisir ce moment, profiter de ce lieu pour affronter avec lucidité la douloureuse question de l’illettrisme en France et réfléchir ensemble aux moyens à mobiliser pour combattre ce fléau.

Un illettré, c’est un adulte qui a été scolarisé mais qui a désappris faute d’apprentissages solides et de pratique suffisante. Être illettré, ne pas maîtriser notre langue, c’est une vraie souffrance et une véritable inégalité sociale qui conduit à l’exclusion. Une exclusion d’autant plus dramatique qu’elle est le plus souvent silencieuse. Car l’illettrisme est un handicap que l’on tente de masquer, un handicap dont on a honte.

On le sait, les causes de l’illettrisme sont multiples. Elles sont à la fois sociales, culturelles et économiques. Pourtant, l’École, qui a pour mission d’instruire tous les enfants de la République ne peut pas se désintéresser de ce fléau. Elle le peut d’autant moins que les récentes évaluations de C.M.2 montrent qu’un élève sur cinq ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux, notamment dans les milieux défavorisés.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas pour moi de stigmatiser les acteurs de l’École. Je connais le formidable travail qu’effectuent au quotidien les professeurs des écoles pour que chaque élève maîtrise les savoirs fondamentaux qui lui seront utiles tout au long de la vie.

Pour autant, et même si l’École n’est pas responsable de tout, il faut regarder les chiffres avec lucidité.

Voila pourquoi j’ai décidé de mener une action volontariste au cœur de l’École afin de prévenir l’illettrisme. J’ai consulté très largement et je veux dire ma gratitude à celles et ceux, responsables politiques, académiciens, écrivains, experts, pédagogues qui m’ont accompagné dans la réflexion. Leurs éclairages, leurs analyses et leurs conseils ont été précieux et je suis heureux que nombre d’entre eux soient aujourd’hui à mes côtés.

Je veux tout particulièrement saluer et remercier Hélène Carrère d’Encausse, Alexandre Jardin, Bruno Racine, Marie-Thérèse Geffroy et Alain Bentolila. Je veux aussi remercier Luc Ferry qui m’a beaucoup apporté sur le sujet.

De ces rencontres, j’ai retiré une certitude : il est urgent d’agir. Et d’abord d’agir dans deux directions, qui n’ont pas suffisamment été explorées jusqu’à présent :

  • Agir de manière précoce, dès la maternelle, car c’est à ce niveau que les enfants s’approprient le langage et découvrent l’écrit.
  • En outre, il faut travailler dès le plus jeune âge, mais aussi tout au long de la scolarité, pour que la lecture ne soit pas perçue comme une contrainte mais réellement comme un plaisir.

Mesdames et messieurs,

Je voudrais préciser que le plan que je vous présente n’est pas une réforme de plus. L’école primaire a été réformée par Xavier Darcos en 2008, avec un recentrage salutaire sur les apprentissages fondamentaux. Aujourd’hui, nous avons besoin de temps, de continuité, de sérénité pour que cette réforme porte tous ses fruits.

En revanche, nous devons être plus que jamais mobilisés pour prévenir ce fléau qu’est l’illettrisme.

Tous les spécialistes s’accordent sur un point : une prévention efficace de l’illettrisme est une prévention précoce qui traite le mal à sa racine, dès l’école maternelle. Dès la première étape de la scolarité. Celle des premiers apprentissages. Celle de la préparation aux apprentissages fondamentaux. Cette étape constitue, j’en suis convaincu, un moment clé pour agir contre l’illettrisme. Pourquoi ? Parce que c’est à l’école maternelle que les élèves s’approprient progressivement la langue et découvrent l’univers de l’écrit.

Mon objectif premier est donc de conforter le rôle de la maternelle comme véritable école. L’appropriation de la langue doit être son objectif essentiel.

Pour cela, je souhaite mettre l’accent sur trois points, naturellement dans le respect de la liberté pédagogique de nos professeurs.

  • Il me paraît d’abord nécessaire de faire un effort sur l’apprentissage méthodique du vocabulaire. On le sait, à l’issue de la maternelle, le nombre de mots connus par les enfants varie fortement. Et c’est cet écart qui fait souvent la différence au moment d’apprendre à lire et à écrire.
  • Il me paraît tout aussi important de stimuler la mémoire grâce à l’apprentissage par cœur de textes ou de chansons, à l’école maternelle, mais aussi au-delà.
  • En outre, lire aux élèves de façon précoce des textes de qualité, les grands textes de notre littérature, suscite le plaisir du texte et aide à la concentration de l’attention.
  • Et puis je crois qu’il faut aussi s’appuyer sur ce que permet la réforme de l’école primaire, en particulier sur l’aide personnalisée. Je veux lui donner sa pleine mesure à l’école maternelle et la centrer sur la préparation aux apprentissages fondamentaux.

En ce qui concerne l’école élémentaire, la lutte contre l’illettrisme passe par la consolidation des acquis de la réforme de 2008, et notamment :

  • Installer les automatismes grâce à l’apprentissage par cœur, la répétition et la récitation (notamment pour les conjugaisons et les tables de multiplication). C’est le sens de la circulaire de rentrée.
  • Encourager le plaisir de lire sous toutes ses formes, notamment à voix haute. Il s’agit aussi bien de la lecture du maître (comme à la maternelle) que de la lecture des élèves.
  • Étendre enfin la part des activités de l’accompagnement éducatif consacrée à l’acquisition des savoirs fondamentaux. Je rappelle que l’accompagnement éducatif a été étendu à la rentrée 2008 à toutes les écoles de l’éducation prioritaire et sera proposé dans toutes nos écoles outre-mer à la rentrée 2010.

Vous l’avez compris : je souhaite que notre action de prévention de l’illettrisme soit précoce et continue. C’est à cette double condition qu’elle portera ses fruits. Mais notre action de prévention passe aussi par la mobilisation générale de tous les acteurs de l’école primaire.

Je pense bien sûr aux familles, dont on connaît le rôle dans la réussite de leur enfant. Le dialogue entre les professeurs et les parents doit donc être permanent. Il doit être intensifié pour assurer la complémentarité éducative entre les professeurs et la famille.

Je pense aussi à l’encadrement. C’est pourquoi :

  • Je demande à chaque recteur d’académie de missionner auprès de lui un correspondant chargé de la prévention de l’illettrisme ;
  • Je vais demander aux cent inspecteurs de l’Éducation nationale en charge de la maternelle de concentrer leur action sur la prévention de l’illettrisme ;
  • Je rencontrerai sur ce sujet tous les inspecteurs de l’Éducation nationale du premier degré.

Mais ce n’est pas tout. Je l’ai dit : l’illettrisme est un phénomène social global. Cela signifie que l’École n’est pas seule. Qu’elle ne saurait assurer seule la prévention de l’illettrisme. Elle doit le faire avec ses partenaires de toujours, avec ceux qui sont d’ores et déjà impliqués dans cette démarche, et avec tous ceux qui souhaiteront nous rejoindre.

Voilà pourquoi je signerai dans quelques instants trois partenariats qui témoignent de cette volonté d’agir ensemble pour faire reculer l’illettrisme :

1. D’abord une convention avec l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme dont je salue la directrice Marie-Thérèse Geffroy, pionnière et infatigable défenseur de cette noble cause. L’objectif est de mieux faire connaître les ressources de l’agence aux cadres de notre ministère, d’organiser des rencontres académiques et de mutualiser les bonnes pratiques.

2. Ensuite un protocole d’accord avec les mécènes de l’Association pour favoriser une école efficace, que je remercie de leur présence. Je salue en particulier Augustin de Romanet, le directeur général de la Caisse des dépôts, Gérard Worms, le président du comité exécutif de la Fondation pour l’égalité des chances à l’École, Catherine Ferrant, la déléguée générale de la Fondation Total, très engagée sur la question, et Armand de Boissière, le Secrétaire général de la Fondation Schueller-Bettencourt. Ensemble, et avec le concours du fonds d’expérimentation pour la jeunesse, nous allons accompagner 3 000 élèves supplémentaires de CP issus de l’éducation prioritaire dans les académies de Créteil, Versailles et Lille. Il s’agit là encore de renforcer le lien entre l’École et les familles, en matière d’apprentissage de la lecture.

3. Enfin, une déclaration d’intention avec la Ligue de l’enseignement dans le domaine de la prévention de l’illettrisme et de la promotion de la lecture. Dans le cadre de notre partenariat historique, l’objectif est de développer les ateliers d’écriture, les résidences d’écrivains, les manifestations autour du livre.

Chacun des partenaires aura l’occasion de préciser son engagement au moment des signatures, mais je souhaiterais auparavant évoquer quatre perspectives qui me tiennent particulièrement à cœur :

Je pense d’abord au "Dictionnaire de l’Académie de Créteil", réalisé sous le regard bienveillant de l’Académie française. Depuis le mois de septembre, des écoliers définissent des mots, sur le modèle du travail mené lors des séances du dictionnaire de l’Académie française. Je crois profondément en la force pédagogique de ce projet. Nous allons prochainement l’évaluer et, si le résultat est positif, nous réfléchirons à son extension.

Je pense aussi au développement des activités de l’association "Lire et Faire lire", dont Alexandre Jardin, l’emblématique fondateur, est aujourd’hui parmi nous. Depuis dix ans, partout en France, des écrivains et des bénévoles vont à la rencontre des écoliers pour leur transmettre le goût de la lecture. En partenariat avec le ministère de la Culture, la Ligue de l’enseignement et l’Union nationale des associations familiales, l’Éducation nationale entend prendre toute sa part à la démultiplication de cette très belle initiative, dont le succès est unanimement reconnu. Mon collègue Frédéric Mitterrand aura l’occasion de vous en dire plus très prochainement.

Je crois encore qu’il est de ma responsabilité de ministre de l’Éducation nationale que la lecture ne s’arrête pas aux portes de l’École. Voilà pourquoi je souhaite que chaque élève de CM2, et pourquoi pas de CE1, reçoive, à la fin de l’année scolaire, un livre pour l’été, issu du patrimoine littéraire français. Ce sera une façon d’encourager la lecture tout au long de l’année. Je travaille actuellement au montage de cette opération et je souhaite vivement l’engagement de mécènes à nos côtés.

Enfin, vous le savez, nous avons récemment relancé l’Observatoire national de la lecture en élargissant ses missions au goût de la lecture et à la diversification des supports. Il s’agit à présent de désigner son président, ce que je ferai au plus tôt.

L’illettrisme est une réalité dans notre pays. Je l’ai constaté quand j’étais en charge de l’industrie. Dans un contexte de crise, j’ai rencontré plusieurs fois des salariés qui avaient perdu leur travail et n’étaient même plus capables de postuler par écrit à des offres d’emploi. Cette situation dramatique, personne ne peut l’accepter.

Car si l’illettrisme est une réalité, ce n’est pas une fatalité. C’est une situation dont on peut et dont on doit sortir. L’École de la République a pour mission d’apprendre à lire, à écrire et à compter à tous les enfants de France. Plus que toute autre institution, elle a un rôle décisif à jouer pour prévenir l’illettrisme et susciter le goût de la lecture.

Aujourd’hui, avec nos partenaires, je suis fier d’inscrire cette ambition au cœur de notre action éducative.

Au moment où triomphe la technologie, le livre témoigne de la singularité européenne. Il revient à l’école de transmettre cet héritage qui fonde notre identité, sans craindre l’évolution des supports.

Je vous remercie.

En savoir plus
Page à consulter

Présentation du plan de prévention de l'illettrisme
Communiqué de presse du 29 mars 2010

Mise à jour : avril 2010

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