Toute l'actualité

[archive] Remise des prix "La main à la pâte"
Discours - Luc Chatel - 02/02/2010

Partager cet article
  • Envoyer à un ami
  • Facebook
  • Twitter

Luc Chatel s’est exprimé lors de la remise des prix de "La main à la pâte" à l'Académie des Sciences le mardi 2 février 2010. Il a rappelé que le ministère de l'Éducation nationale et l'Académie des Sciences partagent une ambition : "implanter la démarche scientifique à tous les niveaux de la scolarité, transmettre le goût des sciences et se donner les moyens de le fortifier".

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président de l’Académie des sciences,
Monsieur le Vice-président,
Madame le Secrétaire perpétuel de l’Académie française
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Messieurs les Académiciens,
Monsieur le Recteur de l’Académie de Paris,
Monsieur le Directeur général de l’enseignement scolaire,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et messieurs les enseignants,
Mesdames et messieurs,
Chers élèves,

Parmi les responsabilités du ministre de l’Éducation nationale, il en est une à laquelle je prête une attention toute particulière : transmettre à nos enfants, à tous nos enfants le goût des sciences. Une attention toute particulière car il en va de l’avenir de notre pays dans une société qui se tourne chaque jour davantage vers la connaissance, les savoirs, l’innovation. En effet, faire découvrir les sciences aux jeunes générations, leur transmettre l’amour du savoir, susciter des vocations, c’est tout simplement préparer l’avenir scientifique de notre Nation.

Cette responsabilité est d’autant plus importante que nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise des vocations scientifiques. C’est un paradoxe au moment où la série scientifique du lycée général n’a jamais été aussi demandée par les élèves et leurs familles. J’observe pourtant que cette crise des vocations n’est pas seulement française, mais bien européenne. En effet, partout sur le continent, les formations du supérieur en sciences physiques ont perdu 5, 5% d’étudiants entre 2000 et 2006.

Pourquoi une telle désaffection ? Peut-être en raison de l’éloignement contemporain de la science. La rapidité des évolutions rend moins accessible  la compréhension des principes scientifiques qui sous-tendent les technologies contemporaines. Il y a là également un autre paradoxe : alors même que nous sommes devenus dépendants de l’innovation scientifique, les sciences ne suscitent plus l’enthousiasme du grand public. Et l’éloignement se transforme parfois en inquiétude, une inquiétude croissante face aux découvertes, face aux risques liés à leurs applications.

Pour inverser la tendance, pour réenchanter la science, nous devons nous appuyer sur la curiosité des plus jeunes. Nous devons nous appuyer sur leur soif de découverte, sur leur enthousiasme, pour transmettre le goût de la science et faire émerger des vocations. Mais il nous faut aussi conforter ces vocations naissantes, les accompagner jusqu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur. C’est indispensable pour que les écoliers qui s’imaginent paléontologues, astronautes ou microbiologistes s’engagent, à l’issue du lycée, dans les filières qui leur permettront d’atteindre leur rêve.

Susciter des vocations, disais-je. Cela peut se faire dès le plus jeune âge et quoi de plus efficace que l’observation, le questionnement ou l’expérimentation pour stimuler la curiosité de nos écoliers ? Quoi de mieux que de développer dès l’école la démarche d’investigation pour guider pas à pas les enfants vers la démarche intellectuelle qui fonde le raisonnement scientifique. ?

Voilà toute l’ambition de "La main à la pâte" dont nous honorons aujourd’hui les lauréats. Voilà l’esprit de notre partenariat avec l’Académie des sciences. En ce lieu symbole de l’excellence intellectuelle, en ce lieu où se réunissent nos plus grands savants, je veux saluer l’engagement de l’Académie des sciences aux côtés du ministère de l’Éducation nationale.

Bien sûr, veiller à la qualité de l’enseignement des sciences dans notre pays fait pleinement partie de la mission de votre illustre assemblée. Mais, depuis une quinzaine d’année, vous avez fait le choix d’aller bien au-delà et de vous engager avec nous pour repenser, pour renouveler, pour dynamiser l’enseignement des sciences.

Je veux donc rendre hommage à l’initiative féconde du professeur Georges Charpak, qui, en 1996, a imaginé "La Main à la pâte" avec ses confrères Pierre Léna et Yves Quéré, qui sont avec nous aujourd’hui.

Près de quinze ans après le lancement de "La Main à la pâte", la cérémonie d’aujourd’hui nous permet de mesurer le chemin parcouru. La méthodologie fondée sur l’observation, le questionnement, l’expérimentation s’est imposée dans les écoles, dans les classes. L’esprit de « La Main à la pâte » est explicitement évoqué dans les programmes d’enseignement de l’école élémentaire et dans le socle commun de connaissances et de compétences. J’ajoute, et je m’en réjouis, que nos liens sont formalisés depuis plusieurs années dans le cadre d’une convention de partenariat dont l’ambition s’élève d’année en année.

Mais surtout, la qualité et l’originalité des projets qui viennent d’être évoqués témoignent de l’engagement des professeurs dans la démarche que vous avez imaginée. Ces projets montrent l’ancrage de « La Main à la pâte » dans la réalité éducative de notre pays, dans nos écoles, dans nos classes. Ce n’est donc pas un hasard si notre partenariat fait aujourd’hui référence en Europe et au-delà, si la démarche engagée essaime à l’étranger.

Plus symbolique encore de l’engouement suscité par "La main à la pâte", plusieurs écoles et collèges de notre pays portent désormais le nom de Georges Charpak. Peut-on imaginer plus bel hommage ?

Au regard de ces succès, il est évident que notre partenariat a aujourd’hui atteint une véritable maturité. Le moment est donc venu d’aller plus loin, d’engager une nouvelle étape. Oui, mesdames et messieurs, l’esprit qui souffle en ces lieux doit nous inspirer, traverser nos programmes et nos pratiques d’enseignement au-delà même de l’école primaire.

Voilà pourquoi je porte beaucoup d’intérêt à l’expérimentation d’un enseignement intégré des sciences au collège. Le dispositif que vous avez imaginé repose sur un constat très simple : la démarche scientifique se joue des cloisonnements disciplinaires. Pour en donner une vision unifiée, pour faciliter aussi l’entrée au collège, vous avez proposé de regrouper, en classes de 6è et de 5è, les enseignements de physique, de technologie et de sciences de la vie et de la Terre, dans le respect des programmes nationaux.

Expérimenté depuis 2006 dans une cinquantaine de collèges, l’enseignement intégré des sciences et des technologies donne des résultats très encourageants. Les prix "collège" qui viennent d’être remis pour la première fois montrent aussi la fécondité de la démarche.

À présent, il nous faut songer à l’avenir. Voila pourquoi j’ai décidé d’élargir le dispositif à partir de la rentrée prochaine et d’étendre progressivement cette expérimentation à trois cents collèges. Le mouvement est engagé et je sais que vous serez à mes côtés pour le soutenir, pour l’amplifier

Mais, je le disais au début de mon intervention, mon devoir de ministre n’est pas seulement de susciter des vocations. Il est aussi de les conforter pour que les scientifiques en herbe deviennent les chercheurs, les ingénieurs, les techniciens de demain.

C’est l’un des objectifs majeurs de la réforme du lycée qui entrera en vigueur à la rentrée 2010.

  • Pour enrichir et élargir l’horizon scientifique des lycéens, j’ai tenu à ce qu’ils puissent approfondir les questions qui leur tiennent à cœur. C’est le rôle des travaux personnels encadrés, mais aussi l’un des objectifs de l’accompagnement personnalisé offert à tous les élèves de la seconde à la terminale. Mais c’est aussi l’ambition de l’enseignement d’exploration "méthodes et pratiques scientifiques" proposé en classe de seconde. Il s’agit en effet d’aborder, grâce à l’apport complémentaire des différentes disciplines scientifiques, les questions que soulève une société moderne. Il s’agit aussi de découvrir la diversité des métiers scientifiques.

  • Pour conforter les vocations, nous renforçons également notre dispositif d’orientation. Le tutorat mais aussi l’accompagnement personnalisé permettront ainsi d’encourager les élèves à persévérer dans leur vocation scientifique.

  • En outre, pour engager la spécialisation et mieux préparer l’entrée dans l’enseignement supérieur, j’ai souhaité réaffirmer la vocation scientifique de la filière S. C’est dans ce but que nous créons, en terminale, un enseignement d’informatique et de sciences du numérique.

  • Enfin, la rénovation de la voie technologique va, elle-aussi, nous permettre de conduire davantage de jeunes vers les métiers scientifiques et technologiques.

Implanter la démarche scientifique à tous les niveaux de la scolarité, transmettre le goût des sciences et se donner les moyens de le fortifier : voilà notre ambition commune ! Voilà pourquoi j’attache tant de prix à notre partenariat ! Voilà pourquoi je veux le renforcer et l’amplifier !

Je vous remercie.

En savoir plus

Mise à jour : février 2010

Partager cet article
  • Envoyer à un ami
  • Facebook
  • Twitter
  • Imprimer
  • Agrandir / réduire la police

C'est pratique

     





DISPOSITIF VIGIPIRATE

Consignes de sécurité

Nous suivre, nous contacter

Facebook Twitter LinkedIn Snapchat Youtube lettres d'information