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[archive] Ouverture du colloque national sur l'enseignement de l'histoire des arts à l'école, au collège et au lycée
Discours - Luc Chatel - 15/09/2009

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Luc Chatel a ouvert le colloque national "L’enseignement de l’histoire des arts à l’école, au collège et au lycée" en Sorbonne le mardi 15 septembre. Le ministre a expliqué que les enseignements artistiques sont "pour les enfants et les adolescents qui se construisent une méthode sans équivalent pour dépasser les inhibitions, pour se regarder soi-même avec davantage de confiance". Il a ajouté que ces enseignements sont essentiels "pour assimiler un langage universel".

Seul le prononcé fait foi,

Monsieur l’Académicien,
Monsieur le Recteur de l’académie de Paris,
Monsieur le Directeur général de l’enseignement scolaire
Monsieur le Doyen de l’inspection générale,
Mesdames et messieurs les inspecteurs, les professeurs,
Chers amis qui participez à ce grand colloque national dont nous attendons tant,

C’est toujours un grand plaisir de s’exprimer dans ce grand amphithéâtre de la Sorbonne. Je l’ai fréquenté comme étudiant avant de le redécouvrir en juillet dernier à l’occasion de la remise des prix du Concours général, et d’y prononcer mon premier discours comme ministre de l’Éducation nationale. La solennité de l’endroit m’avait de nouveau frappé mais elle n’est pourtant pas exempte d’humanité. En m’en retournant la dernière fois rue de Grenelle, je me faisais cette réflexion. Mais d’où vient cette humanité particulière ?

Aujourd’hui, mesdames et messieurs, je vais vous faire une confidence : je pense que l’humanité de ce grand amphithéâtre qui en enrichit la solennité vient en grande partie de la toile de Pierre Puvis de Chavannes qui est derrière moi. Certes, l’histoire de l’Art n’y figure pas parmi les disciplines. Parce que l’histoire des disciplines artistiques était encore à imaginer à la fin du 19ème siècle. Mais aussi parce que, sans doute, Puvis de Chavannes savait que l’histoire de l’Art s’aventurait bien au-delà du « Bois Sacré », là où s’épanouit la singularité des œuvres artistiques.

Cette toile, nous la connaissons – vous la connaissez si bien – qu’on ne la regarde plus, tant il est devenu une habitude désormais dans les manifestations qui se succèdent ici comme dans bien d’autres lieux de notre patrimoine de mettre des écrans devant les œuvres d’art.

Et pourtant ce « Bois Sacré » a tant à nous dire : sur la capacité de la peinture de se faire témoignage de son époque, sur la facilité de l’art à exalter une pureté souvent disparue dans les autres mondes, sur le lien étrange et pénétrant entre l’enseignement et l’idéal.

L’humanité de cette toile, c’est sans doute le meilleur symbole de la réforme que nous sommes en train de mettre en place.

Quand le Président de la République a souhaité que la France puisse accomplir un effort particulier en faveur de l’enseignement et de la pratique des arts à l’école, lorsqu’il a voulu que tous les enfants de la République soient initiés à l’histoire des arts, ce n’était en effet pas pour complaire à telle ou telle profession, à telle ou telle école. Ce n’était pas non plus pour tenter de compenser de manière arbitraire entre tel ou tel champ disciplinaire. Ce n’était pas davantage pour imposer un nouveau mythe de « mens sana in corpore sano », car à la manière de Juvénal, j’oserais dire qu’il s’agit là d’un oiseau idéal vraiment rare sur la Terre. Même si, à titre personnel, je suis convaincu que l’accomplissement individuel doit être autant physique qu’intellectuel.

Non, je pense que c’était uniquement parce que le Président de la République était conscient que le devoir de ceux qui incarnent l’État, le devoir de ceux qui ont la charge de guider les plus jeunes, le devoir de ceux qui sont en mesure de réenchanter le monde – au premier rang desquels vous figurez, mesdames et messieurs les professeurs – ce devoir était tout à la fois simple et terriblement ambitieux : c’était d’abord de pouvoir permettre à nos concitoyens de bénéficier de toutes les formes possibles de regards sur le monde. Les humanités au service de l’Humanité.

C’est pourquoi, la réforme qu’il a souhaitée, que Xavier Darcos a engagée dans le premier degré à la rentrée 2008 et que je lance dans le secondaire en cette rentrée est donc simple et ambitieuse. Simple parce que concevoir un enseignement obligatoire d’histoire des arts à tous les niveaux de la scolarité semble aller de soi.

Ambitieuse parce que c’est la première fois qu’un tel effort est accompli dans notre pays. Ce défi témoigne de notre volonté de transmettre désormais une culture artistique commune à tous nos enfants, comme l’école a toujours su transmettre un socle de références historiques, littéraires et scientifiques sur lequel s’est construite la République.

Car l’histoire des arts et, au-delà, l’ensemble des enseignements artistiques, ne sont pas seulement une manière d’appréhender l’autre et son environnement par l’intermédiaire du Beau, c’est aussi pour les enfants et les adolescents qui se construisent une méthode sans équivalent pour dépasser les inhibitions, pour se regarder soi-même avec davantage de confiance et aussi, c’est à mes yeux essentiel, pour assimiler un langage universel.

Cet enseignement des cultures artistiques que nous avons voulu transversal à tous les niveaux de la scolarité et non pas enfermé dans une seule discipline, était inscrit depuis la rentrée dernière dans les programmes du primaire. Il devient désormais obligatoire dans le secondaire et trouve toute sa place dans les programmes du collège qui entrent en vigueur à partir de cette rentrée.

Je sais qu’il y a eu des débats, parfois vifs, sur ce choix. Le nom même d’histoire des arts a été sujet à discussion. Certains se sont même inquiétés qu’un corps de professeurs spécifiques ne soit pas créé. Ces débats, je les connais : ils me paraissent salutaires car ils expriment autant de justes interrogations pédagogiques. À condition toutefois qu’une fois dégagée une ligne de certitudes, ils n’entravent pas la mise en action. Je n’ai eu de cesse depuis mon entrée en fonctions de rappeler que je serai le ministre du dialogue : je le suis ici aussi.

Dans un contexte marqué par l’entrée en vigueur de nouveaux programmes au collège cette année et une réforme ambitieuse du lycée général et technologique à la rentrée 2010, j’ai pleinement conscience que nous demandons beaucoup à nos enseignants.

Mais je sais pouvoir aussi compter sur leur ouverture d’esprit. Car les professeurs sont souvent les premiers décrypteurs du monde. Et je suis admiratif devant la pertinence et l’originalité qui prévalent souvent dans les projets pédagogiques culturels qu’ils mettent en œuvre.

Depuis des décennies, ils étaient les premiers à regretter que les discours ne soient pas suivis d’effets... Et d’ailleurs, regardons objectivement les choses, l’esthétique s’imposait comme un élément essentiel des savoirs philosophiques contemporains. Le marché de l’art devenait une composante importante de nos économies de plus en plus tournées vers le loisir. La mondialisation permettait l’accès à des formes culturelles chaque jour plus nombreuses et plus variées. Et nous en restions à des disciplines artistiques traditionnelles, bien souvent confinées aux marges des emplois du temps.

Ce temps est désormais révolu.

La réforme dont je vous ai signalé le caractère exceptionnel, vous allez pouvoir en approfondir les conséquences dans les débats de ce matin et de demain. L’organisation du nouvel enseignement a été fixée en août 2008. Il s’agit bien d’un enseignement d’histoire des arts et non d’histoire de l’art par distinction avec la discipline universitaire. L’enjeu est de ne pas se limiter aux « beaux-arts», qui seront bien évidemment étudiés, mais d’intégrer également les formes d’expression artistique différentes, plus contemporaines, comme le cinéma ou la photographie.

Pour moi, ministre de l’Éducation nationale, la mise en place d’un enseignement obligatoire d’histoire des arts à tous les niveaux de la scolarité a l’avantage d’ouvrir bien des pistes nouvelles. Car au-delà de l’histoire des arts, sachez que notre ambition culturelle à l’école est immense.

Il faut en effet aller plus loin. Poursuivre notre réflexion avec tous les spécialistes, se rapprocher de nos amis allemands et italiens si présents dans ces domaines, enrichir la formation de nos professeurs, mettre des ressources à leur disposition et préparer les évaluations des dispositifs que nous lançons. Ces deux jours de colloque vont constituer une première étape de dialogue entre professionnels de la culture, experts de l’Éducation nationale et universitaires.

J’en suis persuadé. Ce qui nous rassemble est plus important que nos différences sociologiques historiques. Tous, nous souhaitons éveiller les enfants à la culture. Tous, nous espérons leur transmettre un patrimoine artistique commun et les initier à la pratique artistique. Tous, nous aspirons à ce qu’ils soient bien dans leur tête et dans leur corps. Car c’est ce bagage indispensable qui leur permettra ensuite de comprendre les joies et les désarrois de la création, d’affirmer une présence au monde chaque jour plus complexe et de s’inscrire dans un développement individuel vraiment démultiplié.

Cette mission est tellement importante que je demande à tous les responsables éducatifs d’en être les défenseurs sans cesse sur le qui-vive, en particulier pour veiller à ce que tous les projets d’établissement intègrent un volet culturel et que les classes à horaires aménagés se développent. Pour être sûr du résultat, je suggère une méthode : le partenariat. Que chaque école, chaque établissement puisse bâtir un partenariat avec une structure culturelle de proximité ! C’est en effet essentiel pour que l’histoire des arts s’enrichisse de la confrontation directe avec les œuvres. Allez vers les institutions culturelles. Je vous soutiendrai sans retenue car les échanges que vous avez avec vos partenaires, je les ai moi aussi avec mon collègue Frédéric Mitterrand. Et je peux vous assurer que nous partageons une même volonté d’aller, ensemble, de l’avant.

Avec lui, j’ai déjà évoqué quelques-unes des nombreuses avancées communes de ces derniers mois, qui montrent que les choses évoluent dans le bon sens et qui donnent tout son sens à notre réforme de l’histoire des arts. Permettez-moi d’en citer quelques-unes : le « pass education », le portail interministériel de l’éducation artistique et culturelle et la nomination prochaine du premier inspecteur général dans le domaine de l'histoire des arts.

Toutes ces mesures ne constituent qu’un début, car je suis sûr que la réforme que le Président de la République a voulue va lancer une nouvelle ère. Je n’ose dire une Renaissance. Je ne doute pas que vous l’attendez avec autant d’impatience que moi.

Je vous envie d’avoir la chance de pouvoir « rencontrer les œuvres » cet après-midi. Mon agenda ne me permet malheureusement pas de rester avec vous et de profiter de ce moment exceptionnel avec des talents aussi divers que ceux d’Olivier Py, de Jean-Pierre Changeux, d’Eric de Chassey, tout nouveau directeur de la villa Médicis, de Didier Lockwood et de Pierre Rosenberg, qui a longuement présidé le plus grand musée du monde et que je veux remercier pour sa présence. Ces rencontres sont à mon sens la meilleure manière d’aborder la culture. C’est la méthode que nous espérons voir petit à petit conquérir les classes de nos écoles.

En conclusion, permettez-moi d’évoquer le génie artistique le plus prodigieux d’une époque qui les engendrait par bataillons. Beaucoup s’interrogent encore pour savoir ce que Léonard de Vinci voulait exprimer quand il affirmait que la peinture est « chose mentale ». Expérience intime, allusion à l’alchimie, héritage du symbolisme médiéval ? Peu importe. Pour moi - et vous m’excuserez cette avancée vers des chemins que je ne traverse que rarement - il souhaitait peut-être simplement rappeler que la représentation artistique exigeait, elle, un labeur, un travail, un vrai effort humain de recomposition au-delà du premier choc esthétique.

Tout cela pour vous dire que l’essentiel est dans ce que vous allez maintenant pouvoir accomplir pendant ces deux journées. Je vous souhaite donc bon courage et je ne doute pas que la Sorbonne de Puvis de Chavannes qui est derrière moi vous écoutera avec attention car il en va de sa relation avec les générations d’étudiants qui continueront à venir la fréquenter  dans cet amphithéâtre magnifique.

Malraux avait l’habitude d’affirmer que « l’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme ».  Je vous transmets donc les outils. Et c’est avec un infini plaisir que je déclare ouverts les travaux de votre colloque.

Mise à jour : septembre 2009

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