Seul le prononcé fait foi
Mesdames et Messieurs,
Je suis arrivé au ministère de l'Éducation nationale avec une certitude : il n'y a pas plus belle mission que celle de servir l'Éducation nationale.
Il n'y a pas plus belle mission que celle de participer à cette grande uvre collective de transmission des savoirs et des valeurs.
Mais c'est également une immense responsabilité.
Car les Français placent dans l'École de très fortes attentes, de très grandes espérances. Ils savent bien que c'est à l'École que se construit l'avenir de leurs enfants, sur un plan professionnel comme sur un plan personnel.
Nous partageons tous cette envie d'une société plus humaine, plus juste pour chacun : eh bien cette société se construit dans nos écoles, nos collèges, nos lycées et dans nos universités !
Oui, en travaillant pour l'Education nationale, j'ai eu le sentiment de contribuer à dessiner le visage qu'aura notre pays dans quelques années.
Le visage d'une France que j'espère plus forte, plus juste, une France fière d'elle-même, de ses valeurs, de ses richesses, mais aussi ouverte sur le monde, une France européenne et qui n'a pas peur de l'être !
Au cours de ces deux années, je me suis appuyé sur une conviction profonde : celle qu'il est possible d'apporter à l'Education nationale des améliorations majeures, celles qu'attendent les Français, sans qu'il soit nécessaire d'annoncer un énième grand plan de réforme !
L'Education nationale a surtout besoin de pragmatisme.
Car elle n'a que trop souffert du déni du réel.
On l'a littéralement asphyxiée de grands principes vides, de théories creuses, d'un pédagogisme verbeux et stérile.
On l'a encombrée de programmes de plus en plus complexes, devenus illisibles pour les parents et parfois même pour les professeurs !
On a mis en doute la valeur de la transmission des savoirs, en décrétant qu'elle était un instrument de ségrégation sociale, alors que c'est au contraire le moteur de l'ascenseur social !
![]() © Philippe Devernay / M.E.N.E.S.R. | Mesdames et Messieurs, ce constat dessine les grandes lignes de l'action que j'ai menée : redonner sa place à la transmission des savoirs, à l'égalité des chances, clarifier les missions de l'École, et lui donner les moyens d'affronter les problèmes et le réel avec pragmatisme, pas avec des slogans. Le premier de ces slogans, vous le connaissez bien, je l'ai souvent entendu : c'est « toujours plus de moyens ». Comme s'il suffisait de donner plus d'argent pour régler les problèmes ! Pour moi, je le dis tout net, ce n'est pas construire une politique, c'est juste acheter sa propre tranquillité de ministre ! C'est ce genre de slogan « Plus de moyens » qui empêche de voir en face la réalité : la première nécessité, ce n'est pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux. |
Dépenser mieux, cela veut dire dépenser là où c'est utile. Notre Recherche était sous-financée : nous avons accompli l'effort financier le plus important depuis 25 ans !
Mais ce qui vaut de la Recherche ne vaut pas forcément ailleurs ! La France est dans le monde l'un des pays qui consacre le plus d'argent à son enseignement primaire et secondaire. Depuis 1980, la dépense moyenne par élève a augmenté de 73% dans le primaire et de 65% dans le secondaire ! Et pourtant, d'autres pays font mieux que nous.
Pour une raison simple : ils s'intéressent d'abord à la qualité du service, et ne dégainent pas la calculette comme la seule arme de la réforme !
Voilà pourquoi j'ai voulu aborder les problèmes non pas sous le seul angle quantitatif des moyens, mais sous l'angle de la qualité et de l'égalité des chances, pour une école plus efficace et plus juste.
1. Que tous les enfants aient un socle commun de connaissances et de valeurs
Pour y parvenir, ma première priorité était de refonder l'École sur l'essentiel, sur la mission fondamentale qu'elle assume devant les Français.
Et cette mission c'est la transmission des savoirs et des valeurs.
A cause de la complexité des programmes, on ne savait plus trop ce qu'il fallait que nos enfants apprennent. On avait perdu le sens des priorités, le cap, la direction.
En m'appuyant sur la loi d'orientation, maintenant, avec le contenu du socle commun de connaissances, l'Education nationale s'est donné des objectifs clairs pour la transmission des savoirs et des valeurs. Avec le socle, l'École sait désormais où elle va !
Et j'oserai même dire que ce nouveau cap ne concerne pas seulement le système éducatif. Il concerne l'avenir des enfants, donc l'avenir de tout notre pays !
Car le socle commun, c'est aussi la définition d'une culture commune, cette culture que tous les élèves doivent partager à la fin de leur scolarité, et qu'ils conserveront dans leur mémoire et leur cur une fois devenus adultes.
Vous savez qu'en ce moment, la question de l 'identité nationale agite beaucoup les esprits.
Eh bien, à cette question brûlante, le socle commun apporte une réponse précise : l'identité nationale, ce n'est pas une question de frontière, de couleur de peau, ni de lieu de naissance.
L'identité nationale, c'est d'abord une question de valeurs et de savoirs partagés, et c'est à l'école que ces valeurs, ces savoirs, cette culture communes prennent forme, jadis grâce aux lois de Jules Ferry, et aujourd'hui grâce au socle commun.
| Voilà pourquoi je voudrais redire avec force que la question des apprentissages fondamentaux, savoir lire, écrire, compter, n'est pas seulement une question de performance technique : c'est aussi un enjeu majeur pour l'identité de notre pays. Ma priorité des priorités a donc été l'acquisition des savoirs fondamentaux par tous les élèves. Ce n'est pas de la nostalgie, mais des outils d'avenir. J'ai mis en uvre des solutions cohérentes pour que tous les élèves sachent lire vite et bien, compter, maîtriser la grammaire, utiliser un vocabulaire riche et précis. | ![]() © Philippe Devernay / M.E.N.E.S.R. |
En m'entourant des meilleurs spécialistes scientifiques et des académiciens, j'ai donné les consignes qui ont fait leurs preuves :
- un apprentissage de la lecture fondé sur la correspondance des phonèmes et des graphèmes ;
- des cours de grammaire, de vocabulaire et de calcul systématiques et progressifs ;
- une évaluation régulière des élèves dès le CE1 pour repérer les élèves en difficulté, et leur donner un soutien individualisé, afin de ne laisser personne sur le bord de la route.
2. Ne laisser personne sur le bord de la route : l'égalité des chances et la relance de l'éducation prioritaire
Et justement, ne laisser personne au bord de la route a été ma deuxième grande priorité.
Car j'ai voulu que l'école soit exemplaire en matière d'égalité des chances, pour faire réussir tous les élèves, pour permettre à tout élève de développer ses talents, quel que soit son milieu social, son origine, son quartier.
Notre école républicaine repose sur le travail et le mérite, et elle doit bien sûr valoriser les talents qui peuvent s'exprimer immédiatement.
Mais elle se doit aussi d'être solidaire envers ceux qui n'ont pas la possibilité d'être aidés par leur famille, leur milieu social ou qui souffrent d'un handicap.
L'école est là aussi pour les plus faibles, les moins favorisés par la vie, et elle assume avec fierté ce rôle de protection et de promotion de l'égalité des chances.
Dans ce but, j'ai relancé l'Education prioritaire pour qu'elle soit vraiment prioritaire. C'est pour cela que j'ai créé les réseaux "ambition réussite".
J'ai voulu ce nouveau nom pour les anciennes "ZEP", afin de marquer le nouvel état d'esprit qui préside à l'éducation prioritaire. Un état d'esprit qui valorise l'initiative et l'effort, autour de projets d'excellence.
C'est ainsi que des institutions prestigieuses, comme l'Académie des sciences, ont accepté de parrainer des établissements défavorisés.
J'ai concentré l'aide sur ces élèves et ces territoires avec un millier d'enseignants expérimentés supplémentaires et 2400 assistants pédagogiques.
J'ai aussi décidé que 100 000 élèves ayant obtenu une mention bien ou très bien bénéficient de bourses au mérite.
J'ai aussi développé le tutorat, en mobilisant 100 000 étudiants au service de 100 000 élèves méritants, pour stimuler la volonté des jeunes de réussir à l'école, pour faire renaître l'ambition de réussir par l'école et non pas contre elle.
3. Tout passe par les enseignants et la communauté éducative
Bien sûr, tout cela n'aurait pas été possible sans les professeurs et l'ensemble de la communauté éducative.
Ma troisième grande priorité a été de revaloriser leur rôle et leur place dans le système éducatif.
Dans toutes les enquêtes d'opinion, la très grande majorité des Françaises et des Français font preuve de considération pour les enseignants. Chacun reconnaît l'importance de leurs missions : transmettre, éduquer, former les citoyens de demain.
Dans tous mes déplacements, j'ai pu mesurer la compétence et l'efficacité des enseignants, leur sens de la mission et leur dévouement.
Les professeurs disposent d'une richesse intellectuelle et personnelle incroyable, mais elle est souvent mal utilisée, et pas assez considérée. Beaucoup d'entre eux éprouvent le sentiment que l'exercice de leur métier est de plus en plus difficile, et de moins en moins gratifiant.
![]() © Philippe Devernay / M.E.N.E.S.R. | J'ai voulu leur donner plus de moyens de réussir et de s'épanouir dans leur métier, quelque soit le lieu d'exercice. Pour y parvenir, j'ai d'abord voulu leur donner une meilleure formation : plus efficace, plus concrète. Jusqu'ici, les professeurs étaient recrutés sans avoir eu un contact concret avec leur futur métier, ni avec les élèves. Et c'est seulement après avoir passé et réussi le concours que certains se rendaient compte qu'ils n'étaient pas fait pour ce métier ! Dorénavant, tous les candidats aux concours de recrutement devront effectuer un stage d'initiation dans une école, un collège, ou un lycée pour comprendre ce que signifie être professeur aujourd'hui. |
Leur place à l'école est désormais mieux reconnue, les modalités de rencontre avec les enseignants sont plus claires, mieux définies. Cela permettra aux parents de mieux s'impliquer dans la réussite de leurs enfants.
Cette ouverture de l'école, j'ai voulu qu'elle se fasse également en direction des entreprises.
Pour cela,
- j'ai mis en place un enseignement de découverte professionnelle au collège, pour que les jeunes découvrent plus tôt le monde de l'entreprise,
- j'ai créé aussi l'apprentissage junior, pour ceux qui veulent apprendre dès 14 ans un métier,
- j'ai multiplié les partenariats entre l'école et de grandes entreprises, avec notamment le réseau national des entreprises pour l'égalité des chances,
- j'ai inscrit des stages en entreprise dans la formation des professeurs.
Bref, c'est une petite révolution qui s'amorce.
L'École et l'Entreprise étaient deux mondes un peu hermétiques l'un à l'autre. Maintenant ces deux mondes communiquent, ils collaborent, pour que la fin des études ne soit plus un grand saut dans l'inconnu, avec tout ce que cela comporte d'inquiétudes et d'angoisses.
Oui avec François Goulard, j'ai été touché par ce malaise des étudiants qui ne trouvaient pas de travail, ou qui n'en trouvait pas à la hauteur de leurs ambitions et de leurs compétences.
Nous avons mesuré que nous avions une immense responsabilité envers eux. Et c'est pourquoi je me suis engagé à améliorer leur insertion professionnelle.
Et j'ai confiance, car je suis persuadé que les mesures qui ont été prises au collège, au lycée et dans les universités les aideront, dès cette année, à trouver plus facilement leur voie et leur place dans le monde du travail.
D'ailleurs, notre enseignement supérieur et notre recherche peuvent répondre aux défis de l'excellence : grâce au Pacte pour la Recherche, la création des Pôles de recherche et d'enseignement supérieur (P.R.E.S.) et des Réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA), la réforme du L.M.D. et des études doctorales nous donnent, désormais, de nouveaux et performants outils. Mesdames et Messieurs, demain commence la traditionnelle période de réserve. Je voudrais dire un mot sur la campagne.
Dans cette période électorale majeure, les candidats à l'élection présidentielle mais aussi les médias ont plus que jamais un devoir de vérité, de responsabilité et d'information des citoyens.
En tant que ministre, je continuerai de veiller à ce que le débat sur l'Education nationale ne soit pas manipulé ou déformé pour des raisons électorales.
Bien sûr, la grande tentation, en ce moment, c'est de vouloir flatter les préoccupations corporatistes.
Le discours actuel du "qui séduira le plus" "qui donnera le plus de gages", "qui fera le plus de promesses", ce n'est pas la base d'un bon contrat entre l'Education nationale et les Français.
Ma conviction, c'est que de telles façons de faire ne sont pas sérieuses. Elles ne sont pas respectueuses de l'engagement politique, elles ne sont pas respectueuses des enseignants.
C'est avoir une bien piètre opinion des professeurs que de penser qu'on peut acheter leurs voix à coup de promesses qu'on ne pourra pas tenir. Des candidats se disent réformateurs et veulent « abroger les réformes » !
| Des candidats veulent abolir le décret sur les décharges horaires ? Je maintiens ici qu'aucun ne l'abolira ! Pour une raison simple : c'est une mesure juste. Pourquoi donnerait-on des avantages à certains professeurs sans qu'ils fournissent un surcroît de travail ? Je ne suis pas contre les décharges : je suis même prêt à en créer de nouvelles ! Mais il faut qu'elles soient justes, c'est à dire qu'elles correspondent à un travail. C'est aussi simple que cela. Je sais qu'on me prête l'intention de vouloir faire sans cesse plus d'économies sur le dos des professeurs. | ![]() © Philippe Devernay / M.E.N.E.S.R. |
Mise à jour : mai 2007