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[archive] Projet de cahier des charges de la formation des maîtres
Discours - Gilles de Robien - 27/11/2006

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Gilles de Robien, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a transmis le lundi 27 novembre 2006 au Haut Conseil de l'Éducation (H.C.E.) le projet de cahier des charges rénové de la formation des enseignants des premier et second degrés.
"Il était devenu urgent de rénover la formation des futurs professeurs ! Pour la mettre en cohérence avec les implications du socle commun, mais aussi, pour aider les maîtres à assurer leur mission, et surtout pour la rendre plus performante et adaptée aux besoins des élèves d'aujourd'hui", a déclaré Gilles de Robien en présentant à la presse les grandes orientations du cahier des charges.
Le ministre a également souligné que ces orientations "doivent être comprises dans la perspective d'I.U.F.M. intégrés à l'université".

© Caroline Lucas / M.E.N.E.S.R   © Caroline Lucas / M.E.N.E.S.R
© Caroline Lucas / M.E.N.E.S.R.

 

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et Messieurs,


Cette semaine est pour l'Éducation nationale une semaine vraiment importante.

Aujourd'hui, je vais vous présenter les grandes orientations du nouveau cahier des charges de la formation des maîtres.

Mercredi, à l'occasion de la remise solennelle du rapport du Professeur Bentolila, j'annoncerai les orientations que je souhaite retenir de ce rapport et hors rapport et mettre en oeuvre pour l'enseignement de la grammaire.


Ces deux grands moments successifs ne s'enchaînent pas par hasard. Ils relèvent tous les deux d'un même projet, d'une même vision des missions de l'Education nationale.
Ils ont tous deux un même fondement : le texte du socle commun des connaissances et des compétences.

A ce propos, je souhaite insister sur ma conception de la fonction qui m'a été confiée : l'évolution du système éducatif, je la veux cohérente et ouverte sur l'avenir, car l'École tire sa force, son efficacité de sa capacité d'adaptation. C'est là, une grande responsabilité nationale dont l'exercice jalonne toutes mes décisions et dont j'ai bien conscience de la portée à long terme. C'est pourquoi, lorsque j'ai présenté à la presse le contenu du socle, j'ai dit que c'était un texte historique, qui entraînerait rapidement trois importants changements :

  • une adaptation de certaines  méthodes d'enseignement ;
  • une adaptation des contenus des programmes du primaire et du collège ;
  • une adaptation de la formation des maîtres.

Concernant les méthodes, j'ai déjà rénové les programmes de l'école primaire en orientant l'apprentissage de la lecture dans le sens d'un travail plus systématique et dès le début sur la correspondance entre les lettres et les sons. Je n'y reviens pas. C'est en place.

J'avais dit que la grammaire serait la prochaine étape : parole tenue ! Mercredi, je vous donne rendez-vous pour vous présenter les grandes orientations que je compte donner à ce nouveau chantier.

Concernant les contenus de l'enseignement, le 18 octobre dernier, j'ai installé le comité d'orientation des programmes, composé de autorités scientifiques et institutionnelles. Je l'ai chargé de superviser la réécriture des programmes, pour les rendre cohérents avec l'esprit et la définition du socle commun des connaissances. Il me remettra les fruits de son travail au début de l'année 2007.

Après les méthodes, les contenus, le troisième grand volet de cette refondation, c'est la formation des maîtres.

La condition de tout changement dans l'Éducation nationale, c'est une formation des maîtres adaptée au socle commun des connaissances.

Les exigences qui ont présidé à l'élaboration de ce cahier des charges, sont à la hauteur de la confiance que je fais aux enseignants dans l'exercice de leur métier : un métier difficile, qui a beaucoup évolué, mais avant tout, un métier qui demeure passionnant. La formation à ce  métier doit être à la hauteur de cette confiance que nous avons dans les enseignants et du désir que nous avons de leur donner tous les moyens de d'exercer leur profession.

Le cahier des charges exprime toute l'importance et la considération que la Nation, notre ministère et les familles portent aux professeurs.

L'objectif est d'améliorer la formation des maîtres. Nous nous donnons deux outils pour le faire :

  • un cahier des charges national de la formation des maîtres ;
  • des I.U.F.M. intégrés à l'université.

Ces deux éléments sont, évidemment, étroitement liés. C'est pourquoi les orientations du cahier des charges doivent être comprises dans la perspective d'I.U.F.M. intégrés à l'Université.

Cette intégration sera effective, pour plusieurs I.U.F.M., dès janvier 2007. Nous travaillons notamment avec les académies de Reims, La Réunion, Limoges, Aix-Marseille, Versailles et Créteil, Grenoble. Cette phase exploratoire n'aboutira pas partout. Mais je vous rappelle que l'université de Cergy-Pontoise et l'I.U.F.M. de Versailles ont déjà voté le principe de l'intégration.

Je voudrais dire deux choses au sujet de cette intégration :

  • d'abord, c'est un grand témoignage de confiance que nous adressons aux universités : c'est à elle que nous remettons désormais la charge de former les futurs professeurs ;

Avec François Goulard, nous voulons que les parcours des étudiants à l'université soient mieux articulés à leur projet professionnel. C'est tout l'enjeu du débat national Université Emploi qui a permis d'avancer dans ce sens. Pour ce qui est des professeurs, l'employeur qu'est l'Éducation nationale est en droit d'attendre que les universités soient à la hauteur de ses exigences. Ces exigences, c'est au cahier des charges de les fixer.

  • ensuite, cette intégration permet de construire une vraie continuité entre la formation académique et la formation professionnelle. Je vais y revenir dans un instant.

Je voudrais dire aussi que je suis extrêmement attentif aux conditions de cette intégration, et que j'ai demandé aux directeurs concernés du ministère, le directeur général de l'enseignement supérieur et le directeur général des ressources humaines, de veiller scrupuleusement aux incidences sur les personnels.

J'en viens maintenant au cahier des charges lui-même.

Pourquoi est-il si important pour notre système éducatif ?

  • Il était devenu urgent de rénover la formation des futurs professeurs ! Pour la mettre en cohérence avec les implications du socle commun, mais aussi, pour aider les maîtres à assurer leur mission, et surtout pour la rendre plus performante et adaptée aux besoins des élèves d'aujourd'hui.
  • Ce changement répond à un besoin souvent exprimé par les jeunes professeurs : bénéficier d'une formation plus pratique.

- J'ai tenu compte des demandes formulées par les jeunes professeurs lorsque je suis allé à leur rencontre, et des observations faites sur un plan européen. Mes décisions prennent également appui sur les recommandations du Haut Conseil de l'Education, dont je salue la qualité du travail.
 
- Moi aussi, je veux que le parcours de formation possède trois grandes caractéristiques :

  • il propose une formation plus concrète, plus ouverte au monde ;
  • il propose une formation plus continue ;
  •  et enfin, il propose une formation mieux évaluée.

J'adresserai, ce soir, pour avis, une proposition de texte d'arrêté au HCE.

D'abord, une formation plus concrète et plus ouverte sur le monde

- Ma première priorité est donc de donner aux jeunes professeurs une formation plus concrète, en prise avec la réalité du métier qu'ils vont exercer.

- Cela veut dire que le grand principe de la formation en IUFM doit être l'alternance : le va-et-vient entre l'expérience en situation, le contact avec la classe, la formation en IUFM, la recherche universitaire, voilà les ingrédients d'une alternance formatrice.

- Ce qui permettra de nourrir cette expérience des jeunes professeurs, ce sont les  stages.

Je pense évidemment au stage en responsabilité, dans une école, un collège ou un lycée. Je souhaite ainsi que les formateurs de l'IUFM puissent appuyer la formation théorique qu'ils dispensent, sur des situations vécues par les stagiaires.

- Mais je souhaite aussi que la formation des futurs professeurs permette, au cours de leur cursus de licence ou au cours de leur formation professionnelle, une découverte concrète de l'environnement économique et social.

Le futur professeur doit connaître la réalité du monde, la réalité du marché de l'emploi, la réalité sociale dans lesquelles devront s'insérer ses élèves.

C'est pourquoi, je souhaite qu'un stage en entreprise, ou éventuellement une expérience directe du travail en entreprise devienne la règle pour tous les futurs professeurs.

- Et puisque le contact avec la réalité devient la règle de la formation des jeunes professeurs, il est donc normal que cette règle s'applique aux enseignants de l'IUFM.

Le cahier des charges stipulera donc que la formation des maîtres doit être assurée par des formateurs en contact réel avec le terrain.


Quelle que soit la qualité académique des formateurs, elle ne peut se substituer au contact régulier avec classes et élèves. Bref, pour apprendre à enseigner aux professeurs stagiaires, il est indispensable que les formateurs aient eux-mêmes une solide et fréquente expérience des élèves, de la classe et des établissements.

Pour tous les formateurs en IUFM, le service en temps partagé doit donc se généraliser progressivement.

Après la formation concrète, 

Le second grand principe du cahier des charges, c'est la continuité de la formation

La continuité, cela veut dire :

  • que la formation professionnelle du jeune enseignant doit être préparée en amont, avant le concours de recrutement ;
  • qu'on va mieux aussi l'accompagner en aval, après son année de formation, une fois que le jeune professeur sera placé en situation d'autonomie devant les élèves.

On va donc remédier à deux grands défauts de la situation actuelle, souvent relevés par les jeunes professeurs :

  • ils se plaignent de ne pas avoir été informés de la réalité du métier avant de rentrer en IUFM. Et avant de passer un concours pour exercer une profession, il vaut mieux savoir à quoi s'en tenir !
  • et puis ils se plaignent d'être trop brutalement livrés à eux-mêmes, après leur formation en IUFM, alors qu'ils auraient encore besoin de conseils pratiques.

Pour éviter ces deux difficultés, nous allons créer un véritable parcours continu de formation professionnelle, avant le concours de recrutement, et aussi après l'année de formation.

- Avant le concours, le cahier des charges prévoit la création de cursus universitaires qui préparent mieux au métier de l'enseignement : bref de véritables cursus pré-professionnalisants.

Ces cursus permettront pour les futurs professeurs des écoles une meilleure approche de la polyvalence, et pour les professeurs du secondaire, de les ouvrir, par des mentions complémentaires et par la création de CAPES bivalents, à la bivalence qui sera très utile au collège. Dans tous les cas, ces cursus devront être ouverts à des approches transversales, dans l'esprit du socle commun des connaissances.

Par ailleurs, il semble indispensable que les candidats aux concours connaissent la réalité concrète du métier de professeur. Les cursus devront donc ménager une place à des stages d'observation en milieu scolaire.

Voilà pour l'anticipation de la formation professionnelle en amont des concours.

- Mais ce n'est pas tout. Comme je l'ai dit, il n'est pas souhaitable que les jeunes professeurs soient trop vite laissés en situation de totale autonomie. Leur entrée dans le métier doit être progressive.

Voilà pourquoi le cahier des charges propose d'étaler sur trois ans la formation professionnelle après le concours, sur le principe d'une acquisition progressive de l'autonomie des jeunes professeurs.

 


Concrètement, après une première année de formation après le concours, les professeurs seront en responsabilité dans les écoles, les collèges et les lycées, mais en gardant un lien régulier avec l'université pendant les deux années suivantes.

Cet accompagnement de l'entrée progressive dans le métier a souvent été décrétée dans le principe mais jamais réellement mise en ¿uvre. Cela suppose que pour être efficace, cet accompagnement doit permettre au jeune professeur titulaire d'être encadré par la même équipe de formateurs que pendant son année de formation professionnelle à l'IUFM.

C'est pourquoi je souhaite introduire une autre nouveauté, en suivant l'avis du HCE : il s'agit, dès l'obtention du concours, de nommer en académie les professeurs stagiaires de façon à ce qu'ils puissent être formés sur le terrain de leurs premières années d'exercice. Cette mesure, à mes yeux essentielle, est en cours d'étude. On voit bien que cela renforcerait l'efficacité des instituts de formation des maîtres.

Vous le voyez, avec le nouveau cahier des charges, nous créons un véritable continuum de formation qui commence depuis la licence, et qui s'étale trois ans après la réussite au concours.

La troisième grande nouveauté de la formation des maîtres, c'est l'évaluation

Cette évaluation revêt deux aspects :

  • Il s'agit d'abord de l'évaluation de la qualité de la formation elle-même.

- En confiant aux universités la charge de la formation des maîtres, la Nation est en droit d'attendre que cette formation corresponde à un haut niveau d'exigence et de qualité, et respecte le cahier des charges. Et je sais que cette confiance, l'Université française l'honorera.

- Pour cela, une Commission nationale d'évaluation de la formation des enseignants sera instituée. Elle expertisera les plans de formation élaborés par les universités pour les I.U.F.M. intégrés et attestera de leur conformité aux cahiers des charges national.

  • Mais l'évaluation portera aussi sur l'acquisition par les jeunes professeurs de tout un ensemble de compétences professionnelles définies par le cahier des charges. (à quel moment ? concours ? titularisation ?)

- De ce point de vue, le cahier des charges sera exigeant. Ses exigences sont, j'insiste,  à la hauteur de la confiance que je fais aux enseignants dans l'exercice de leur métier et expriment la très grande considération qui est la mienne pour le service public d'éducation.

- Pour terminer je dirai un mot de ces compétences professionnelles attendues des jeunes enseignants.

Le cahier des charges définit 10 grandes compétences, qui correspondent à celles qui m'ont été recommandées par le Haut Conseil de l'Education dans son rapport du 31 octobre dernier.

Je ne vais par entrer dans le détail de ces 10 grandes compétences, mais je souligne qu'elles se déclinent en trois grands ensembles.

 

[1er ensemble]

Les deux premières compétences énoncent ce qui est requis de tout enseignant, quels que soient sa discipline et son niveau d'enseignement, à savoir :
- agir de façon éthique et responsable ;
- et maîtriser la langue française.

Ce sont vraiment les deux grandes conditions primordiales : faire en sorte que chaque professeur agisse et s'exprime de façon irréprochable. Vous noterez qu'avec la mise au premier plan de la maîtrise de la langue française, nous retrouvons une des grandes exigences du socle commun.

[2ème ensemble]

Les six compétences suivantes touchent à l'enseignement de la discipline dans le contexte de la classe. Il faut que le jeune professeur  sache :

- maîtriser sa ou ses disciplines, tout en ayant une bonne culture générale ;
- il faut qu'il sache concevoir et mettre en oeuvre son enseignement ;
- qu'il sache gérer la classe ;
- prendre en compte la diversité des élèves ;
- et les évaluer ;
- enfin, maîtriser les technologies de l'information et de la communication.

[3ème ensemble]

Les deux dernières compétences concernent le rapport du professeur avec le contexte plus général de son enseignement :

  • tout d'abord, il doit savoir travailler en équipe avec tous les membres de la communauté éducative : ses collègues bien sûr, mais aussi les parents et les associations péri scolaires ;
  • ensuite, il doit savoir entretenir un rapport vivant et évolutif avec son champ disciplinaire : il doit savoir se former et innover tout au long de son parcours professionnel.

L'autonomie et l'initiative, c'est aussi une des grandes exigences du socle commun des connaissances : ce qui est exigible des élèves doit l'être aussi des professeurs !

Voilà donc, brossées à grands traits, les orientations du nouveau cahier des charges que je vais soumettre, pour avis, à l'expertise du Haut Conseil de l'Education.

Vous voyez qu'il fait évoluer en profondeur la formation des maîtres au sein des I.U.F.M. intégrés aux universités.

Je suis conscient qu'il s'agit d'un chantier extrêmement important, car de la qualité de la formation des professeurs dépend aussi celle de l'enseignement dispensé aux enfants et aux jeunes de notre pays.

Avec le cahier des charges se joue donc la réussite des élèves.

Mais je suis convaincu qu'avec cette formation plus pratique, plus progressive, mieux évaluée, les jeunes professeurs seront mieux préparés à l'exercice de leur métier, et donc que l'enseignement donné aux élèves sera mieux adapté, plus efficace, que leur vocation d'enseigner sera encore mieux épanouie.

Nos professeurs méritent toute notre attention : la Nation leur confie une mission essentielle, mais ils ont besoin qu'elle leur donne la meilleure formation possible pour accomplir cette mission.

Le nouveau cahier des charges y contribuera !

Je suis désormais à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et je tiens à saluer, à mes côtés, la présence de mon conseiller sur ce dossier, Monsieur Jean-Louis Nembrini qui pourra, si vous le souhaitez, aller plus loin dans le détail des évolutions envisagées.

Je vous remercie

 

Mise à jour : décembre 2006

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