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Ouverture du séminaire « Enseigner la Défense »
Discours - Gilles de Robien 23/03/2006

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Seul le prononcé fait foi

Madame le Ministre,
Monsieur l'Inspecteur général des Armées,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de prendre aujourd'hui la parole devant vous, à l'occasion de cette journée de réflexion consacrée à l'enseignement de la défense.

Officiers et professeurs n'ont pas forcément les mêmes réflexes, les mêmes habitudes, les mêmes références, mais ils partagent tous, au plus haut point, le service de la République et de ses principes fondateurs. Professeurs et officiers, vous êtes les défenseurs de la République ! 

Aussi je suis très heureux de vous voir aujourd'hui réunis pour réfléchir aux meilleurs moyens de faire acquérir un véritable « esprit de défense » aux futurs citoyens que sont les élèves.

Car il ne s'agit pas seulement d'inculquer un ensemble de connaissances abstraites, mais d'éveiller les élèves au sentiment de leurs devoirs envers la Nation.

Au-delà, il faut aussi les rendre sensibles à l'engagement de la France au sein de la communauté européenne, et à la nécessité d'organiser une véritable défense à l'échelle de l'Union. J'attends beaucoup de vos réflexions sur ces grandes questions.

Ce séminaire s'inscrit bien évidemment dans une continuité -celle d'une élaboration qui se poursuit depuis plusieurs années- mais il intervient à un moment de notre histoire nationale, qui lui donne une signification particulière. Nous avons connu, depuis six mois, des événements qui témoignent d'une crise profonde de l'esprit civique et de la conscience nationale. Cette crise, comme l'a dit le Chef de l'Etat, est une « crise des valeurs », une « crise d'identité ».

Ce problème dépasse bien évidemment la question qui nous occupe aujourd'hui, mais il est clair que l'éducation civique et l'esprit de défense font partie de la solution.

Déjà, l'instruction civique a retrouvé ses lettres de noblesse dans nos écoles. La loi d'orientation sur l'avenir de l'Ecole, adoptée au printemps dernier, l'a d'ailleurs très solennellement proclamé dans son article deux : « la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». 

Cela passe par la définition d'un enseignement plus suivi, plus progressif, plus cohérent, moins impressionniste, tout au long de la scolarité obligatoire : bref, par la construction d'un véritable « parcours civique » pour les élèves.

Et il ne suffit pas de répéter le mot « valeurs » ; ces belles valeurs, il faut les citer et les définir :
Cela commence, bien sûr, par la souveraineté -c'est-à-dire la liberté de la France, qui est le premier des biens à défendre.

Ce sont ensuite les valeurs cardinales de la République :
- La liberté des personnes, qui passe par le respect de la loi démocratique, et s'arrête là où commence celle d'autrui.
- L'égalité, qui n'est pas l'égalitarisme, mais l'égalité des chances et l'égalité devant la loi.
- La fraternité, qui commence par le respect d'autrui sans distinction, et s'accomplit dans l'attachement à la communauté nationale.

La République doit être défendue, parce qu'elle est le rempart de ces valeurs !

C'est pourquoi j'ai demandé au Haut Conseil de l'Education -le jour même de son installation- de réfléchir aux moyens d'en rendre l'enseignement plus efficace.

« Efficace » cela signifie qu'il ne doit pas seulement s'agir d'un enseignement théorique, mais d'un apprentissage, capable d'enraciner les valeurs dans l'esprit des jeunes gens, pour qu'elles guident effectivement leur comportement.

L'enseignement de la défense en fait évidemment partie.
Dans ce domaine, nous ne partons pas de rien, loin de là, puisque trois protocoles successifs ont donné peu à peu sa forme actuelle à la coopération entre le Ministère de la Défense et l'Education nationale.

Aujourd'hui, l'éducation à la défense est obligatoire. 

Elle l'est depuis la loi du 27 octobre 1997 portant modification du service national, qui fait obligation à l'Éducation nationale d'assurer un enseignement « des principes et de l'organisation de la défense nationale et de la défense européenne. » Après la fin du service militaire, il était impératif de maintenir le lien Armée-Nation !

Cette éducation ne commence évidemment pas à l'école primaire, où l'essentiel est d'acquérir la simple conscience d'appartenance nationale, par l'apprentissage des symboles de la République, et l'apprentissage de l'hymne national, que nous avons rendu obligatoire.
Au collège comme au lycée, en revanche, la défense et l'esprit de défense font l'objet d'enseignements spécifiques ; ils peuvent aussi se trouver impliqués dans des enseignements généraux.

S'agissant des enseignements spécifiques, la première étape est l'éducation civique en classe de cinquième, qui prévoit l'étude de la sûreté et de la sécurité des citoyens. L'enseignement se poursuit en troisième, avec les idées d' « indépendance nationale » et de « relations internationales ».

L'armée est évidemment présentée comme une des conditions de cette indépendance.
C'est ensuite la classe de première, qui aborde en Education Civique Juridique et Sociale le « devoir de défense » du citoyen.
Enfin cette éducation se poursuit en Terminale par l'enseignement d'histoire et géographie, qui prévoit l'étude de la Défense et de la Paix au niveau mondial, à travers l'études des relations internationales depuis 1945.

S'agissant des enseignement généraux, on peut bien évidemment considérer que l'esprit de défense est virtuellement « partout » : en Histoire, en Géographie, en Philosophie…, -puisque les programmes fournissent une multitude d'occasions d'aborder la question capitale de la Défense et de l'implication du citoyen.

Mais il ne saurait être question d'instaurer, au sein des disciplines, des chapitres particuliers uniquement consacrés aux questions de défense. Ce serait artificiel, et les programmes sont au demeurant suffisamment chargés pour qu'on n'y ajoute pas de sections supplémentaires. 

Aussi, je crois plus sage et plus réaliste, et au fond plus efficace, d'encourager les professeurs, de toutes les matières à  approfondir l'implication en matière de défense des questions qu'ils traitent !

Je tiens d'ailleurs à saluer l'action des trinômes académiques, qui ont permis d'enrichir les enseignements dispensés dans le cadre des programmes ! 

Ce que nous demandons aux professeurs, c'est d'être particulièrement conscients de leur rôle d'instituteurs de la République dans le cœur et l'esprit des jeunes gens. 

Le Président de la République l'a dit : le patriotisme doit être réhabilité !
Pourquoi ?
Eh bien pour une raison simple, que l'on ne rappelle pas assez souvent :
La démocratie ne peut pas fonctionner sans le sentiment d'appartenance nationale. 

En effet, pour prendre des décisions ensemble - et pour ensuite les respecter -, il faut que les citoyens aient le sentiment que ce qui les unit est infiniment plus fort que ce qui les sépare.

Ce sentiment d'appartenance est aussi, bien évidemment -et a fortiori- la condition de l'esprit de défense nationale.
C'est dire l'importance de cultiver à l'école tout ce qui fait la fraternité entre les citoyens !
C'est d'autant plus nécessaire que la société est soumise à de fortes secousses, et que l'instabilité internationale se développe -qu'il s'agisse de politique ou d'économie.
Et c'est précisément parce que le Monde change que nous devons réfléchir ensemble -Ministère de la Défense et Ministère de l'Education- à l'évolution de notre coopération. C'est le but du nouveau protocole, en cours d'élaboration, qui devra notamment, et pour la première fois, inclure un volet concernant l'enseignement supérieur.

Il me semble en effet important que l'enseignement d'éducation civique comprenne de manière systématique une information sur les possibilités d'engagement, ainsi que sur les diverses formes de service national, civil ou militaire. C'est là une question cruciale ! Car, comme je le disais : l'esprit de défense, n'est pas seulement un ensemble de notions, cela doit déboucher éventuellement sur l'action, sur l'engagement concret au service de la France.

Par ailleurs, je souhaite que le document de référence pour l'enseignement de la défense -qui date de 1998- soit examiné et éventuellement revu, pour tenir compte des dimensions nouvelles de l'esprit de défense :
Je pense en particulier à la lutte contre le terrorisme, qui fait désormais partie des menaces globales qui déterminent la politique de défense nationale. Le Président de la République l'a rappelé récemment à l'Ile Longue.
Je pense aussi à l'idée de défense économique qui prend aujourd'hui une dimension stratégique dans le cadre de la globalisation.

Le protocole doit aussi être l'occasion de mobiliser nos deux ministères au service de l'emploi : je pense par exemple au programme de la Défense pour la deuxième chance ou bien à l'enseignement de découverte professionnelle au collège, qui doit s'ouvrir aux métiers de la Défense !

Sur ces sujets, comme sur beaucoup d'autres, j'attends beaucoup des réflexions que vous développerez aujourd'hui. C'est donc avec pleine confiance, et un sentiment tout à fait vif de l'importance du rapprochement Education-Défense, que je vous souhaite d'excellents travaux !

Je vous remercie. 

Mise à jour : septembre 2006