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[archive] Rentrée scolaire 2008 : discours de Xavier Darcos
Discours - Xavier Darcos - 28/08/2008

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Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les Journalistes,


J'ai vécu bien des rentrées scolaires, tour à tour comme élève, enseignant, inspecteur général, ministre de l'Education nationale ou encore comme père de famille. Et, comme chaque Français, j'éprouve l'intensité particulière de ces journées, où la nostalgie de ceux qui ont quitté l'école se mêle à la fébrilité de ceux qui s'apprêtent à la retrouver. Une rentrée scolaire est un petit moment d'entre-soi, où chacun décline sur le mode de l'intime une expérience collective vieille de plusieurs générations. Je veux respecter ce temps fort de notre vie républicaine, auquel je suis très attaché. Mais je veux aussi en dire la fragilité.

Chaque rentrée scolaire apporte son lot de nouveautés et de permanences avec celle qui la précède. Il est d'usage d'en faire le détail au cours de cette traditionnelle conférence de presse de rentrée. Mais ce faisant, rentrée après rentrée, l'école finit par ne se comparer qu'à elle-même et à ne trouver qu'en elle-même les motifs de ses propres évolutions. Tel n'est pas le propre d'une école moderne.

Une école moderne - je devrais dire, une école « nouvelle génération » - , c'est une école qui va puiser ses principes aux sources mêmes du projet républicain, et non dans les habitudes ou les travers accumulés au cours de son histoire récente. C'est une école qui comprend et anticipe les besoins de la société plutôt qu'elle ne contraint la société à se plier à ses propres exigences. C'est une école qui recherche en permanence, autour d'elle, ce qui se fait de mieux pour l'offrir à ses élèves. C'est une école qui ne cesse jamais de croire qu'elle est la plus grande richesse de ceux qu'elle instruit et qui n'ont souvent pour seul bagage que leur ambition et leur envie de travailler pour la réaliser. C'est une école qui, forte de ces objectifs, vise à retrouver le consensus avec les familles qui est au fondement du pacte républicain.

Cette école « nouvelle génération », c'est celle qui fait sa rentrée dans quelques jours.

Vous en connaissez déjà les principes, que le Président de la République avait définis dans son projet présidentiel et que je me suis attaché à mettre en œuvre tout au long de la dernière année scolaire : il s'agit d'une école plus juste qui fait progresser les libertés et les droits des élèves et de leurs familles.

La liberté des familles, c'est d'abord de pouvoir s'impliquer pleinement dans les études de leurs enfants. C'est notamment le droit de pouvoir choisir l'établissement scolaire qui semble le mieux adapté aux contraintes de sa vie quotidienne et à l'ambition que l'on forme pour son enfant, sans se trouver enfermé par une carte scolaire conçue pour la France des années 1960, une France qui ne ressemble en rien à celle d'aujourd'hui, ni dans ses structures sociales et familiales, ni dans son organisation urbaine, ni même dans son système scolaire. En supprimant la carte scolaire comme outil systématique, en la remplaçant par un système de critères beaucoup plus souple, beaucoup plus juste et beaucoup plus transparent qui n'intervient que lorsque le nombre de places disponibles dans un établissement ne permet plus de faire face à la demande des familles, nous avons voulu affirmer la nécessité absolue d'un consensus, d'un respect mutuel entre l'école et les familles sans lequel il n'est pas d'éducation réussie. Les familles se sont emparées de ce nouveau droit, cette année encore plus que l'année dernière où elles le découvraient. Les demandes de dérogation ont progressé de 17% cette année ; elles ont été satisfaites dans 88% des cas et le nombre d'élèves boursiers ayant obtenu l'affectation qu'ils sollicitaient a progressé de plus de 30%. Qui peut encore affirmer aujourd'hui que la suppression de la carte scolaire n'est pas conforme à l'exigence de liberté et de justice qu'expriment les Français ?

Faire vivre ce consensus entre l'école et les familles, c'est aussi réaffirmer et faire progresser un certain nombre de droits. Cette année encore, le droit reconnu à chaque élève handicapé de pouvoir être scolarisé en milieu ordinaire  continuera à étendre le nombre de ses bénéficiaires puisque le système scolaire s'apprête à accueillir près de 10 000 élèves handicapés de plus qu'à la rentrée dernière. L'Education nationale poursuivra donc l'effort entrepris durant la dernière année scolaire, en embauchant près de 2 000 auxiliaires de vie scolaire supplémentaires à la rentrée 2008 et en ouvrant 200 unités pédagogiques d'intégration de plus, ce qui nous permettra d'atteindre comme prévu les 2000 U.P.I. en 2010. La place faite aux élèves handicapés ne se limite pas à l'assistance matérielle proposée par le ministère de l'Education nationale, elle porte aussi sur les contenus et pour la première fois, un programme d'enseignement de la langue des signes française sera dispensé à l'école primaire, cette discipline ayant déjà fait son entrée sous la forme d'une épreuve facultative proposée lors de la dernière session du baccalauréat.

Rétablir le consensus entre l'école et les familles, enfin, c'est affirmer la continuité absolue de l'accueil des enfants dans les écoles en cas d'absence de leurs professeurs, y compris les jours de grève où l'Etat financera l'organisation par les communes d'un dispositif d'accueil approprié. Le Conseil constitutionnel ayant approuvé dans leur intégralité les dispositions de la loi votée par le Parlement au mois de juillet dernier, il appartient désormais à l'Etat d'assurer l'accueil des enfants en temps ordinaire et de financer l'organisation d'un dispositif d'accueil par les communes les jours de grève. Les familles pourront d'ailleurs exercer très prochainement ce nouveau droit, la première grève de l'année ayant d'ores et déjà été annoncée pour le 7 octobre prochain. J'ajoute que conformément au texte de la loi, j'aurai l'occasion de m'entretenir avec les syndicats des motifs de cette grève, qui ne me sont pas connus à ce jour, afin de privilégier le dialogue sur l'arrêt de travail systématique.

Le propre de cette école « nouvelle génération », c'est de repenser en profondeur le rôle de chacun des acteurs de la communauté éducative.
 
Longtemps, l'école a cru que son rôle était d'aller le plus loin possible dans la transmission du savoir, mais qu'il appartenait aux familles de compléter ses enseignements par des séances de répétition faites à domicile. Qu'on le veuille ou non, cette répartition des rôles ne correspond plus à la réalité de notre société, dans laquelle les rythmes des parents ne sont pas forcément ajustés à ceux des enfants. Lorsque dans une famille, les deux parents travaillent, qu'ils travaillent tard et qu'ils ont un long trajet à parcourir avant de rentrer chez eux, les enfants se retrouvent seuls dans ce temps intermédiaire entre le temps de la vie scolaire de celui de la vie familiale. C'est à ces enfants que pensait Nicolas Sarkozy en proposant aux Français que soit organisé, après la classe, un accompagnement éducatif offrant la possibilité d'effectuer ses devoirs, de pratiquer une activité sportive ou de prendre part à une activité culturelle et artistique. Cette articulation entre le temps de l'école et le temps des familles est déjà une réalité pour les élèves des collèges situés en éducation prioritaire. Elle le sera, dès cette rentrée, pour l'ensemble des collégiens, et pour tous les élèves des écoles primaires situées en éducation prioritaire. Elle est la marque d'une école qui vit au rythme de la société.

Il y a plus grave : bien des familles - faute de temps, faute de compétences aussi car enseigner est un métier - se trouvent dans l'incapacité objective d'assurer ce temps de la répétition. Cela ouvre aux officines privées un marché immense, celui de la réussite scolaire, réservé de fait aux couches les plus aisées de notre société. Ce n'est pas la conception que je me fais de l'école gratuite et obligatoire voulue par Jules Ferry et j'ai déjà eu l'occasion de dire que le principal défi de notre école aujourd'hui, c'était justement d'offrir à chaque élève une réussite gratuite et obligatoire. Voilà pourquoi depuis les dernières vacances de printemps, des stages gratuits de soutien scolaire et de remise à niveau sont organisés pour les élèves en difficulté des classes de C.M. 1  et de C.M. 2  - rien que cet été, ces stages ont accueilli près de 115 000 élèves volontaires dont les familles ont souvent dit leur satisfaction de trouver ce nouveau service. Devant le succès de ce dispositif voulu par le Président de la République, les lycéens m'ont demandé au printemps dernier de l'étendre aux lycées en difficulté. Ce sont près de 6 000 lycéens volontaires issus de quelque 200 lycées réputés difficiles qui ont pu en bénéficier au mois d'août.

Cette école « nouvelle génération », vous le voyez, elle ne s'est pas bâtie sur des théories complexes de ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire, ni sur les lois prétendument universelles de ce que serait ou ne serait pas un enfant. Elle part de la réalité de ce qu'est notre société et notre école d'aujourd'hui. Elle s'attache à briser, méthodiquement, toutes les digues qui refoulent inlassablement les rêves des enfants et les ambitions des parents. Et si je parle d'efficacité, c'est parce que le premier devoir de la République à l'égard de ceux qui lui confient leurs espoirs, c'est de leur permettre de les réaliser à la force de leur travail. Le vrai ennemi de l'école n'est pas l'ignorance : c'est le déterminisme qui désespère jusqu'à l'idée de progrès.

La nouvelle école primaire que découvriront les élèves et leurs parents dans quelques jours offre une réponse ferme à la dégradation persistante des performances de notre système éducatif dans les enquêtes nationales et internationales, enquêtes qui montraient toutes qu'une proportion très importante d'élèves, de l'ordre de 15 à 20%, sortaient de l'école primaire avec de graves lacunes dans la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul. Or ces élèves, chacun sait bien, et depuis des années, qu'ils s'exposent quasi-certainement à l'échec scolaire, à l'absence de qualification, donc à l'absence d'insertion dans la société.
Eh bien pour moi, l'avenir d'un enfant commence au premier jour de sa scolarité et ne pas réagir, ne pas mobiliser toutes les forces de l'école primaire pour donner plus à ceux qui ont moins et leur permettre de combler leurs lacunes à mesure qu'elles apparaissent, c'est commettre un crime contre la postérité.

Dès cette rentrée, l'organisation de la semaine change. Les écoliers français feront moins d'heures et j'assume parfaitement ce choix car ils continueront à en faire encore davantage que leurs camarades des autres pays dont le système scolaire obtient de meilleurs résultats que le nôtre. Ils les feront sur quatre jours ou quatre jours et demi, selon ce qu'aura décidé leur conseil d'école en fonction des caractéristiques locales. Je le rappelle, le conseil d'école regroupe les représentants des enseignants, des familles et de la commune. Les heures ainsi dégagées seront consacrées aux élèves en difficulté. On me dit que répartir deux heures sur une semaine de quatre jours ou de quatre jours et demi est d'une complexité inouïe. Permettez-moi de dire qu'une mère ou un père de famille qui doit emmener l'aîné au judo, le cadet chez l'orthophoniste et le dernier chez la nourrice, fait face à des contraintes autrement plus insurmontables et heureusement mieux surmontées que celle-là.

Je le dis avec amitié, mais je le dis franchement aux élus locaux, notamment aux élus de l'opposition qui voient dans nos réformes matière à lancer leur rentrée politique, les Français ne nous ont pas élus pour qu'on se plaigne inlassablement des difficultés inévitables qu'entraîne toute réforme, mais pour qu'on surmonte ces difficultés et qu'on leur offre les nouveaux services dont ils ont besoin. Après tout, on dit aussi que ce ministère est difficile à réformer, qu'il est complexe : ai-je pour autant jamais demandé un moratoire sur la réforme, fait l'éloge du statu quo ou l'apologie du passé ?

Les programmes de l'école primaire changent aussi, avec des énoncés plus clairs, plus concis, détaillant avec précision les apprentissages essentiels qui devront être maîtrisés par les élèves et dont la progression est désormais indiquée par année scolaire. Les familles auront donc la possibilité de suivre les progrès de leurs enfants et c'est justement parce que je veux qu'elles soient mieux informées de ce qui se fait à l'école, du rôle qu'elles ont à y jouer et des droits qui sont les leurs, que j'ai voulu qu'un guide leur soit remis à la rentrée scolaire. Tiré à 4,5 millions d'exemplaires, il leur sera remis au cours des premiers jours de l'année scolaire et restera d'ailleurs disponible sur Internet pour ceux qui pour une raison ou pour une autre ne l'auraient pas reçu.

L'acquisition de ces nouveaux programmes fera l'objet d'évaluations très régulières, dont deux évaluations à caractère national au CE 1  et au C.M. 2 . Les élèves qui, à la fin du C.M.1., ne maîtriseraient pas parfaitement les savoirs fondamentaux, garderont la possibilité d'effectuer des stages de remise à niveau durant les vacances scolaires, comme ils ont déjà pu le faire dès cette année.

S'assurer de la solidité des débuts de l'enfant à l'école, c'est aussi lui permettre de sortir du système éducatif dans de bonnes conditions. Nous ne pouvons pas attendre que les premières générations bénéficiaires de la nouvelle école primaire parviennent au lycée, et notamment au lycée professionnel où plus d'un élève sur deux quittait jusqu'à présent son parcours de formation après le B.E.P. sans poursuivre jusqu'au baccalauréat professionnel. Avec la généralisation progressive de la préparation du baccalauréat professionnel en 3 ans, les élèves pourront s'engager dans des parcours de formation et plus cohérents, dans lesquels ils seront mieux guidés vers leur future insertion professionnelle ou vers une formation complémentaire de l'enseignement supérieur.
Je tiens beaucoup à cette réforme qui place les baccalauréats professionnels à égale dignité avec les baccalauréats généraux et technologiques.

Tout l'enjeu des quelques mois qui sont devant nous, c'est de faire en sorte que ces réformes que je crois profondément justes se poursuivent au lycée dont l'organisation, l'inspiration, ne correspond en rien aux publics qui le fréquentent. Peut-on franchement admettre qu'en 2008, des lycéens de terminale quasiment majeurs aient quasiment le même type de journées que des collégiens de sixième qui sont presque encore des enfants ? Comprend-on qu'à quelques mois de devenir étudiants, on les traite encore en écoliers, alors même qu'on prétend les préparer au baccalauréat qui est le premier grade universitaire ? Les lycéens eux-mêmes le disent : notre lycée est resté napoléonien dans les contraintes qu'il impose aux élèves, mais il a cessé de l'être dans sa relation particulière à l'Université.

Vous connaissez les principes de la réforme du lycée : plus d'autonomie et de responsabilité pour les élèves, moins de rigidité dans l'organisation des cursus, plus de spécialisation pour ceux qui le souhaitent. Les chefs d'établissement, les syndicats d'enseignants et les organisations lycéennes ont déjà marqué leur accord sur ces points généraux, dont le détail reste naturellement à discuter au cours des prochains mois.

Enfin, et je finirai par ce point car il est pour moi une conséquence et non la raison d'être des réformes que j'ai exposées, l'Education nationale poursuivra en 2009 son effort de réduction de l'emploi public en ne renouvelant pas environ 13 500 départs en retraite. Nous pouvons parfaitement y parvenir, sans modifier en rien le taux d'encadrement des élèves par les enseignants, mais en procédant aux réformes de structure et de productivité qui s'imposent. Je pense notamment à la réforme du système de remplacement qui nous permettra de récupérer une part conséquente des 10 000 E.T.P. qui ne sont pas utilisés chaque année. Même avec ces réformes, le montant des pensions versées par l'Education nationale à ses anciens agents retraités représentera toujours le quart de notre budget, une proportion qui ne cesse de s'accroître du fait de la démographie.
 
Le poids de cette dette est considérable et je refuse pour ma part que l'école gratuite devienne une école à crédit dont les échéances pèseront sur nos enfants.


Mesdames et Messieurs les Journalistes,
Notre école recèle des trésors d'intelligence. Elle incarne l'ambition de millions de Français qui croient au progrès social et à la justice républicaine. Elle a su relever tous les défis et répondre à toutes les attentes de la société depuis plus d'un siècle. Et pourtant aujourd'hui, devant l'immense besoin de réforme qui est le sien, on voudrait nous faire admettre qu'il n'est pas possible d'offrir aux élèves de nouveaux services, de favoriser une meilleure personnalisation des enseignements, de donner à chacun de plus grandes chances de réussite. Eh bien, je vous le dis : à l'école, c'est maintenant que « tout devient possible » !
Je vous remercie.

 

Vidéo de la conférence de presse

Vidéo rentrée 2008

Dossier de presse

Rentrée 2008

Mise à jour : septembre 2008

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