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[archive] Agir pour la mixité sociale et scolaire au collège : retours d'expériences et projets des territoires pilotes

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Najat Vallaud-Belkacem a organisé, le mardi 13 décembre 2016, une journée de travail sur le thème de la mixité sociale et scolaire au collège et consacrée aux retours d’expériences et aux projets des territoires pilotes. Ces derniers ont été lancés conjointement par l’Éducation nationale et les collectivités locales. La ministre a souligné que "ce n’est donc pas la carte qui changera le territoire mais le territoire qui fera évoluer la carte. La mixité sociale se construit, patiemment, collectivement, en concertation avec l’ensemble des personnes concernées".

 

La mixité sociale ne se décrète pas. Elle ne s’impose pas. On peut le regretter. On ne peut pas l’ignorer. Sinon, on s’enferme dans des querelles idéologiques sur la carte scolaire : certains la veulent plus rigide, au risque de figer des situations de ségrégation et d’interdire la mobilité sociale ; d’autres veulent l’assouplir ou la supprimer, avec les conséquences qui ont été dénoncées par la Cour des Comptes sur l’aggravation des inégalités.

Ce n’est donc pas la carte qui changera le territoire mais le territoire qui fera évoluer la carte. La mixité sociale se construit, patiemment, collectivement, en concertation avec l’ensemble des personnes concernées. Cela va des personnels de l’Éducation nationale jusqu’aux élèves et à leur famille, en passant par les élus et tous les acteurs susceptibles d’être mobilisés sur le terrain, mais également par les chercheurs.

Telle est la conviction qui fonde la méthode que nous mettons en oeuvre, celle de l’expérimentation.
C’est en nous appuyant, concrètement, sur ce qui se fait sur le terrain et en diffusant les réussites que nous pourrons progresser sur ce sujet. Un sujet complexe qui, chaque fois qu’il est évoqué, charrie bien des craintes et divise alors qu’il devrait nous rassembler. Il le devrait et il le peut.
Nous avons lancé une expérimentation sur 25 territoires pilotes, grâce à l’engagement d’élus de droite comme de gauche, preuve qu’un consensus est possible quand on construit les politiques publiques à partir des réalités de terrain.

La ségrégation sociale n’est pas une abstraction. Ce n’est pas un "ressent" ou un fantasme.
C’est, en France, une réalité dont nous connaissons l’ampleur et la cartographie. Les collèges sont très hétérogènes : si 10 % des collèges accueillent moins de 15 % d’élèves d’origine sociale défavorisée, 10 % en accueillent plus de 63 %. Pourtant, nous avons besoin de mixité sociale.
Nous en avons besoin, car l’École ne peut transmettre une appartenance commune à la République sur des processus plus ou moins conscients d’exclusion et de ségrégation. Nous en avons besoin car la mixité sociale améliore le niveau des élèves les plus fragiles, sans tirer les autres vers le bas.
Il n’y a donc aucun perdant.

Il est important de le dire et de le rappeler. Il est plus essentiel encore de le prouver. C’est une politique de la preuve, fondée sur l’expérimentation et l’évaluation des résultats, que nous développons aujourd’hui. Il est urgent que la mixité sociale ne soit plus un souhait ou une injonction pour devenir une réalité : nous cesserons alors d’instaurer, au coeur de cette École qui doit nous réunir, des frontières qui, pour être invisibles, n’en ont pas moins des conséquences bien réelles.
Nous mettrons ainsi un terme à cette situation scandaleuse qui conduit des générations d’élèves à grandir dans le même pays, à aller dans une même institution, sans jamais se rencontrer véritablement..

 
Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
 


Agir pour la mixité sociale et scolaire au collège : discours de Najat Vallaud-Belkacem

 

État des lieux de la mixité sociale et scolaire au collège

La composition sociale des collèges français

Les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) du « parent de référence » des collégiens constituent le point de départ de cette étude menée par la Deep (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) sur la composition sociale de la population des collégiens français.

En 2015 :

  • parents de PCS "très favorisées" : 23 % des collégiens ;
  • parents de PCS "favorisées" : 12 % des collégiens ;
  • parents de PCS "moyennes" : 27 % des collégiens ;
  • parents de PCS "défavorisées" : 38 % des collégiens.
     

Les collèges de France présentent une très forte hétérogénéité en termes de composition sociale

La ségrégation sociale entre collèges est très forte :
  • 10 % des collèges accueillent moins de 15 % d’élèves issus de milieux défavorisés ;
  • 10 % des collèges accueillent plus de 63 % d’élèves issus de milieux défavorisés.
     

Répartition des collèges par proportion d’élèves de milieu défavorisé, à la rentrée 2015

Nombre de collèges 1er décile (en %) 1er quartille (en %) Médiane (en %) 3e quartille (en %) 9e décille (en %)
Public 5 251 22,7 32,2 43,2 54,2 65,3
Privé 1 639 5,9 12,5 22 32,8 43,2
Ensemble 6 890 14,6 25,8 38,6 50,8 62,7


Champ : collèges de France hors Mayotte, secteurs public et privé sous contrat. Source : MENESR-Depp, Système d’information scolarité


Note de lecture : dans le public, le pourcentage d’élèves issus de milieux défavorisés est en moyenne de 42,5 %. 10 % des collèges publics accueillent moins de 22,7 % d’élèves issus de milieux défavorisés (valeur du 1er décile) et 10 % en accueillent plus de 65,3 % (valeur du 9e  décile).
 

Cette hétérogénéité de composition sociale n’est pas identique dans le public et dans le privé :

  • La moitié des collèges publics accueille plus de 43 % d’élèves issus de milieux défavorisés
  • Seulement un collège privé sur dix est dans ce cas, c’est-à-dire accueille plus de 43 % d’élèves issus de milieux défavorisés
     

Mixité sociale dans les collèges et ségrégation sociale
 

La mixité sociale désigne ici le degré avec lequel des établissements scolarisent, en leur sein, des élèves de milieux sociaux différents. Pour la mesurer et en tirer des analyses, il est très important de disposer d’indicateurs de qualité, documentés et objectifs et déclinables à des niveaux territoriaux fins. La Depp contribue au débat public et au pilotage en publiant plusieurs articles de chercheurs dans sa revue "Éducation & Formations".
Plusieurs indices statistiques permettent de mesurer la ségrégation sociale entre les collèges. L’indice utilisé doit rester lisible, il doit être robuste pour des comparaisons dans le temps, entre les établissements et entre les académies, il doit être décomposable selon des regroupements tels que le secteur de scolarisation (public/privé) pour quantifier son rôle dans la ségrégation sociale. Prenons l’indice d’entropie qui possède ces propriétés. Il tient également compte des quatre catégories sociales (très favorisée, favorisée, moyenne, défavorisée).
L’indice d’entropie correspond à une moyenne pondérée (par la taille de chaque collège) des écarts entre la diversité sociale des collèges et celle de la population de référence, normalisés par cette
dernière.

Il est compris entre :

  • 0 (aucune ségrégation, la distribution des groupes sociaux dans chaque collège correspond à celle de l’académie) 
  • 1 (ségrégation maximale, qu’on observerait si les groupes n’étaient jamais mélangés dans les collèges).
Ainsi, la valeur de cet indicateur est comprise entre 0 et 1. Plus il est élevé, plus les écarts sociaux entre les collèges sont importants et plus leur population est homogène.
La mesure dépend du territoire pris comme référence : c’est le premier choix à faire.
Ainsi, les résultats de cette mesure existent bien sûr si l’on considère l’ensemble du territoire français. Mais ces résultats sont plus intéressants si l’on passe à un échelon plus local.
 

Un exemple au niveau départemental : les départements de la Somme et des Vosges

La composition sociale moyenne des collégiens de ces deux départements est très semblable.

L’indice de ségrégation (H) permet de montrer que les collèges de la Somme sont beaucoup plus ségrégués que ceux des Vosges.

Part de collégiens de catégorie ... (en %)
Très favorisée Favorisée Moyenne Défavorisée Indice d'entropie H (ensemble des collèges)
Départements Vosges 14,8 13,1 24,6 47,6 0,038
Somme 15,6 11,0 24,7 48,7 0,087
Académies Grenoble 24,7 14,5 27,1 33,6 0,054
Lyon 27,0 13,6 23,8 35,6 0;092
France hors Mayotte 22,7 12,5 26,9 37,8 0,097


La ségrégation est plus forte en milieu urbain

DP mixité - carte ségrégation

Évolution de l'indice d'entropie et de ses composantes, France, 2013-2015

Le niveau de segrégation sociale dans les collèges est stable depuis 2003

DP mixité - entropie

La stabilité de l’indice d’entropie totale depuis 2003 masque deux évolutions en sens contraire : la ségrégation parmi les collèges publics a diminué et cette baisse a permis de compenser la hausse des écarts de composition sociale entre secteurs public et privé (mesurée par l’indice d’entropie liée à la segmentation public/privé).
 

82 projets engagés pour la mixité sociale

DP mixité - carte nationale

Une démarche construite à partir des acteurs locaux et des besoins des territoires

La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République engagée depuis janvier 2015, comme les conclusions du comité interministériel « égalité-citoyenneté » du 6 mars 2015, ont fait de la mixité sociale dans les collèges un objectif majeur de l’action gouvernementale. 

Pourquoi le renforcement de la mixité sociale dans les collèges est-il un objectif ?

L’enjeu de la mixité sociale est central pour la réussite des élèves, notamment les plus fragiles, comme pour le sentiment d’appartenance de tous les enfants de France à la République. Les meilleurs élèves n’y perdent pas non plus : ils ne sont pas pénalisés scolairement et la mixité sociale constitue un enrichissement pour leur constructionindividuelle et citoyenne.

 

Le rapport "Grande pauvreté et réussite scolaire" (mai 2015) de l’inspecteur général Jean-Paul Delahaye a mis en lumière les conséquences de la grande pauvreté à l’École sur l’échec scolaire, lui-même aggravé par la ségrégation sociale qui affecte un trop grand nombre d’établissements. Deux récents rapports du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco) ont permis de dresser un état des lieux de la mixité sociale dans les collèges français et de présenter les expériences internationales. Ces différents travaux complètent les études menées par la Depp en lien avec l’Insee, qui établissent précisément les indicateurs de ségrégation qui peuvent être utilisés à l’échelle territoriale.

Cadre réglementaire

La loi du 8 juillet 2013 a ouvert la possibilité de créer des secteurs multicollèges pour favoriser la mixité scolaire et sociale, à l’initiative exclusive des départements, seuls compétents en matière de sectorisation.

Ainsi, l’article L. 213-1 du Code de l’éducation prévoit désormais que "lorsque cela favorise la mixité sociale, un même secteur de recrutement peut être partagé par plusieurs collèges publics situés à l’intérieur d’un même périmètre de transports urbains". Le décret du 5 juillet 2014 et la circulaire du 7 janvier 2015 précisent les modalités de mise en œuvre de cette mesure.

 

Dans ce contexte, Najat Vallaud-Belkacem a décidé d’engager une démarche formalisée pour renforcer la mixité sociale dans les collèges, à partir de la mise en œuvre de ces dispositions nouvelles.

La singularité de cette démarche repose sur une logique de construction à partir des acteurs et des besoins des territoires, le ministère se positionnant en impulsion et en appui de l’initiative locale.

C’est une inversion importante de la logique qui a souvent prévalu par le passé, avec des résultats limités, voire négatifs comme lors de l’assouplissement de la carte scolaire mis en œuvre en 2007

Bilan de l'assouplissement de la sectorisation en 2007

LoLe rapport de la Cour des comptes de 2009, l’étude du SNPDEN de 2010, comme le rapport de l’école d’économie de Paris de 2012 (Cepremap – Julien Grenet, Gabrielle Fack) convergent pour souligner la fragilisation des établissements déjà en difficulté (hausse de l’éviction) et la déstabilisation des collèges moyens.

 

La mixité n’est pas seulement un enjeu de sectorisation. Les études ont montré qu’il n’existe pas de mesure globalement vertueuse : la libéralisation sans règle aggrave les inégalités, tandis qu’une trop grande rigidité empêche de les réduire.

L’objectif de cette démarche est donc de mobiliser les territoires pour faire émerger des solutions concrètes et pragmatiques en faveur de la mixité dans les collèges.
 

Le repérage de territoires pertinents pour les actions pilotes de mixité sociale et scolaire au collège

Les problématiques de concurrence entre les collèges se jouent à un échelon encore plus local que celui du département.

Pour agir, il faut définir un territoire pertinent, qui présente les caractéristiques suivantes :

  • un ensemble de collèges, pas trop nombreux, entre lesquels vont s’exercer le choix des familles (collège public du secteur, demande de dérogation pour un autre collège public, collège privé) ;
  • un territoire avec une échelle de distance/temps qui rend réaliste les déplacements des élèves ;
  • un ensemble de collèges significativement « ségrégués » entre eux. Cela signifie que les différences entre la composition sociale de chaque collège et la composition sociale moyenne des collégiens du territoire est importante.

Les acteurs de terrain dans les territoires pilotes ont ainsi disposé de deux outils cartographiques d’aide à la décision fournis par le ministère :

  • le premier permet de voir sur la carte d’un territoire la localisation des collèges les uns par rapport aux autres sous forme d’histogramme scolaire;
  • le second permet de visualiser précisément l’adresse des élèves scolarisés dans un collège.

L’objectif était de mieux cerner les territoires sur lesquels l’action locale pourrait conduire à renforcer la mixité sociale à l’intérieur des établissements et de voir quelles sont les zones réelles d’attraction des collèges publics et privés, avec les effets éventuels de concurrence ou d’évitement.

Ces outils ont été enrichis dans les académies par les services statistiques académiques avec des données locales et de nombreuses analyses.

Ce sont tous ces outils cartographiques et analyses qui ont permis d’enrichir les échanges entre le Dasen, le président du conseil départemental et le maire de la commune concernée.
 

6 retours d'expérience en 2016, 7 projets décryptés pour 2017

À la rentrée 2016 : 

  • Nancy, académie de Nancy-Metz : création d’un secteur multi-collèges et action sur l’offre de formation
  • Redon, académie de Rennes : création d’un secteur multi-collèges
  • Montpellier, académie de Montpellier : action sur l’offre de formation
  • Strasbourg, académie de Strasbourg : action sur l’offre de formation et modification de la sectorisation
  • Rive-de-Gier, académie de Lyon : création d’un secteur multi-collèges
  • Brest, académie de Rennes : fermeture d’un collège et création d’un secteur multi-collèges

À la rentrée 2017 : 

  • Castres, académie de Toulouse : création d’un collège et d’un secteur multi-collèges
  • Brest, académie de Rennes : action sur l’offre de formation
  • Marseille, académie de Marseille : déplacement d’un collège et modification de la sectorisation
  • Clermont-Ferrand, académie de Clermont-Ferrand : modification de la sectorisation et action de l’offre de formation
  • Paris 18e, académie de Paris : création de deux secteurs multi-collèges
  • Paris 19e, académie de Paris : création d’un secteur multi-collèges
  • Paris 20e , académie de Paris : création d’un secteur multi-collèges

Télécharger le document de présentation des retours d'expériences et des projets décryptés

"Agir pour une mixité sociale" et scolaire dans les collèges", par Yann Algan, doyen de l’École d’affaires publiques de Sciences Po

Depuis 2015, le ministère de l’Éducation nationale s’est engagé dans une démarche expérimentale innovante reposant sur la concertation et la proposition des acteurs locaux pour agir sur la mixité sociale et scolaire dans les collèges. Une évaluation scientifique et indépendante du dispositif est menée par un ensemble de chercheurs travaillant en complémentarité sur des territoires distincts et des thématiques spécifiques. Parmi eux, une équipe d’économistes composée de Yann Algan, Elise Huillery et Axelle Charpentier est chargée d’évaluer l’impact de la mixité sociale à l’école sur les compétences scolaires et sociales des élèves.

 

DP mixité - portrait Yann Algan Quels sont les bénéfices à attendre de mesures agissant en faveur de la mixité à l’école ? Promouvoir la mixité sociale répond à un objectif de lutte contre les inégalités et de cohésion sociale.

La mixité est censée également développer l’ouverture d’esprit, le respect de l’autre et la coopération pour préparer les générations futures à un monde où les compétences sociales sont au moins aussi importantes que les savoirs.

Les écarts de réussite entre les élèves scolarisés dans des établissements plus ou moins favorisés sont documentés par de nombreuses études, mais celles-ci ne permettent pas de trancher sur les bénéfices de la mixité à l’école. La moindre performance scolaire des élèves scolarisés dans les établissements défavorisés est-elle causée par la ségrégation elle-même ? Les effets de la mixité sont-ils différenciés selon le niveau des élèves ?

Par ailleurs, quels sont les effets de la mixité sur les compétences sociales des élèves ? Les travaux d’économistes comme ceux du professeur Heckman (lauréat du prix Nobel d’économie en 2000) ont montré le rôle des compétences non-cognitives et sociales dans le domaine des apprentissages scolaires et, à plus long terme, en matière d’insertion sociale et professionnelle. Celles-ci englobent, par exemple, la motivation, la persévérance, la capacité à travailler en équipe, et les savoirfaire relationnels. La diversité sociale au collège est-elle une occasion unique pour développer ces compétences essentielles ?

Répondre à ces questions n’est pas chose aisée, notamment car l’environnement social en milieu scolaire n’est pas indépendant de l’environnement familial de l’élève. Les familles ne laissent pas le choix de l’école au seul hasard. Au sein d’une école, la répartition des élèves entre les classes peut également reposer sur une sélection particulière d’élèves à travers la formation de groupes de niveau, ou de choix d’options, par exemple. Idéalement, pour identifier l’effet causal de la mixité, il faudrait pouvoir observer et comparer la situation d’un élève scolarisé dans une école/classe avec une composition sociale très diverse avec la situation du même élève scolarisé dans une école/classe avec une composition plus homogène. Ce scénario contrefactuel ne peut bien entendu pas être observé, et les études actuelles sont encore parcellaires. 

La littérature scientifique internationale suggère que la mixité a un effet positif plutôt modéré sur les performances scolaires des élèves. Cet effet n’est pas symétrique. Les élèves les plus faibles scolairement ou venant de milieux défavorisés bénéficient de la présence dans leur classe d’élèves meilleurs ou venant de familles plus privilégiées ; par contre, ces derniers ne sont pas pénalisés du fait d’être scolarisés dans des classes avec des élèves moins bons et venant de milieux moins privilégiés.

Néanmoins, les études en question ne révèlent pas les effets de contexte scolaire dans le cas où le choc sur la composition sociale de l’école serait important (en termes de changement de distribution s’agissant du niveau scolaire ou du milieu social). Il existe par ailleurs peu d’études quantitatives rigoureuses restituant des résultats portant sur des données françaises. Enfin, les travaux recensés se concentrent souvent sur les résultats scolaires et mesurent des effets de relativement court terme. Ils ignorent ainsi le canal "non-cognitif" par lequel les effets de pairs sont susceptibles de jouer – qu’il s’agisse par exemple des compétences sociales, des perceptions, des aspirations, ou du bien-être des élèves.

Cet état des lieux des connaissances a nourri le protocole d’évaluation de l’équipe de chercheurs de Sciences Po, qui se propose d’observer tout au long de la scolarité au collège les effets de la mixité sur le contexte scolaire et le développement des compétences cognitives et non-cognitives des élèves.

Deux grands axes structurent le protocole d’évaluation. Le premier objectif de la recherche est d’établir l’effet de la démarche sur la composition sociale et scolaire des établissements concernés par les modifications d’affectation des élèves. Des stratégies de contournement peuvent être déployées par certaines familles et venir annihiler les efforts en termes de mixité sociale. Il convient donc de mesurer à quel point les pairs des élèves changent avec la mise en œuvre des expérimentations. L’évaluation de la composition sociale et scolaire sera également étendue aux établissements environnants susceptibles d’avoir été indirectement affectés par la démarche.

Le second objectif de la recherche est de mettre en évidence les effets de la mixité sur les apprentissages des élèves, leurs compétences non-cognitives et sociales et leur bien-être d’élève. Les indicateurs de résultat incluront notamment les comportements des élèves (vie scolaire), le climat scolaire ressenti, l’identification des groupes de pairs à l’école et en dehors de l’école, les attitudes des élèves face à la différence sociale/scolaire, la perception du mérite, leur ambition et leur estime de soi, etc. Le suivi des élèves se fera jusqu’à la fin du cycle secondaire inférieur afin d’évaluer également l’impact de la démarche sur la réussite au brevet et l’orientation des élèves au lycée.

Pour ce faire, les chercheurs proposent de comparer les établissements qui sont engagés dans la démarche en faveur de la mixité sociale avec des établissements semblables qui ne sont pas engagés dans cette démarche. Cette comparaison permet d’identifier les bénéfices de la mixité dans les collèges dès lors que les collèges engagés et les collèges non-engagés sont comparables au départ, c’est-à-dire avant la mise en œuvre des actions en faveur de la mixité sociale.

L’équipe de recherche s’appuiera sur son expertise dans le champ de l’éducation et des compétences non-cognitives et sa connaissance fine des contraintes liées à l’organisation d’enquêtes de grande ampleur en milieu scolaire. Comme tout travail statistique, la précision est un paramètre essentiel de l’évaluation, car elle détermine la capacité de l’évaluation à détecter des effets quand ceux-ci existent. L’inclusion du plus grand nombre de territoires expérimentaux (une quarantaine) est donc un prérequis indispensable à la réussite de l’étude.  


 
 
Agir pour la mixité sociale et scolaire au collège : retours d’expériences et projets des territoires pilotes

Couverture dossier mixite sociale 2016
Sommaire du dossier de présentation
  • Programme

  • État des lieux de la mixité sociale et scolaire au collège

  • 82 projets engagés pour la mixité sociale
    - Une démarche construite à partir des acteurs locaux et des besoins des territoires
    - Le repérage de territoires pertinents pour les actions pilotes de mixité sociale et scolaire au collège
    - Six retours d’expérience en 2016, 7 projets décryptés pour 2017

  • "Agir pour une mixité sociale et scolaire dans les collèges" par Yann Algan

  • Biographies des scientifiques

Télécharger le dossier "Agir pour la mixité sociale et scolaire au collège : retours d’expériences et projets des territoires pilotes"

 



Un vademecum pour les collectivités territoriales

vademecum mixité

Ce vademecum a pour ambition d’accompagner les collectivités locales dans les démarches de promotion de la mixité sociale sur le terrain en envisageant les différentes étapes du processus de travail et en proposant pour chacune d’entre elles des points de vigilance et des pistes pour des situations diverses.

  • Quels leviers pour les acteurs locaux ?
  • Une concertation des acteurs locaux pour agir sur la mixité sociale
  • Comment susciter l'adhésion des familles à une démarche visant l'amélioration de la mixité sociale
  • Comment affecter les élèves dans le cadre spécifique d'un secteur multi-collèges ?
  • Prolonger la mixité sociale et scolaire à l'intérieur des classes 

Télécharger le vademecum "Agir pour une mixité sociale et scolaire dans les collèges"

En savoir plus
Pages à consulter

Renforcer la mixité sociale dans les collèges
Najat Vallaud-Belkacem a présenté la démarche engagée pour renforcer la mixité sociale dans les collèges, le lundi 9 novembre 2015. La ministre a exprimé son souhait d'impulser des initiatives fédérant la communauté éducative à l'échelle de territoires pilotes, pour imaginer les solutions concrètes qui pourront ensuite être déployées sur le territoire national. Les 17 territoires pilotes seront rejoints par de nouveaux dans les prochaines semaines : ils bénéficieront d'un accompagnement scientifique pour appuyer les acteurs locaux et permettre la diffusion des bonnes pratiques.
Dossier du 9 novembre 2015

Massification scolaire et mixité sociale
Ce numéro de la revue Éducation & formations propose de mettre en perspective des données statistiques pour éclairer les transformations de l’École par les politiques publiques. Il aborde des sujets tels que la massification scolaire et l’allongement de la durée des études, l’hétérogénéité sociale entre collèges publics et privés, l’impact des procédures d’affectation sur la mixité sociale et scolaire des lycées, l’effet de la composition des classes sur la réussite des élèves de seconde, l’approche localisée de la lutte contre le décrochage, les usages des comparaisons internationales dans l’aide au pilotage des systèmes éducatifs.
Certains de ces articles sont issus de travaux réalisés par des chercheurs dans le cadre d’une collaboration avec la DEPP ou dans le cadre de l’appel à projets de recherche "L’égalité des chances à l’École" lancé en 2012 par la DEPP, le Défenseur des droits et le Commissariat général à l’égalité des territoires.
Revue Éducation et formations - n° 91, septembre 2016

Dossier de presse - Najat Vallaud-Belkacem - 13/12/2016
Mise à jour : mai 2017
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