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[archive] [École numérique] Discours de Najat Vallaud-Belkacem prononcé le 21 avril 2016
[École numérique]  - Discours - Najat Vallaud-Belkacem - 21/04/2016

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Najat Vallaud-Belkacem s'est exprimée sur la mise en place du plan numérique et l'ensemble des chantiers qui prépare la rentrée de septembre 2016, lors de son déplacement dans l'académie de Nancy-Metz, le jeudi 21 avril 2016. La ministre a indiqué que "si le numérique a beaucoup à apporter à l'Ecole, plus fondamentalement encore, [...] l'École a beaucoup à apporter au numérique".

Seul le prononcé fait foi,

Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil Départemental,
Monsieur le Député-Maire, cher Hervé Feron,
Monsieur le Maire, Vice-Président de la Communauté urbaine du Grand Nancy,
Monsieur le Maire, cher Stéphane Hablot,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Recteur, cher Gilles Pécout,
Monsieur le Président de l’Université, cher Pierre Mutzenhardt,
Monsieur le directeur de la DNE, cher Mathieu Jeandron,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Encore récemment, à l’occasion d’un entretien, on m’a demandé si le numérique n’était pas une mode, voire un gadget, qui n’aurait pas sa place dans l’Ecole de la République.

C’est assez étonnant.

Surtout quand votre interlocuteur est en train d’enregistrer la conversation au format numérique sur un smartphone. Et qu’il y a de grandes chances qu’il transcrive votre échange sur son ordinateur, avec un traitement de texte. Puis qu’il l’envoie à sa rédaction en pièce jointe à un courriel.
Le numérique fait-il tellement partie de nos vies, que nous cessons de le considérer comme une nouveauté, et que nous estimons qu’il suffit d’être né après une date donnée pour avoir une connaissance véritable du numérique ?

J’avais eu l’occasion, lors de précédents discours, d’expliquer les limites du concept de "natifs du numérique". Je ne reviendrai pas dessus : qu’il me suffise de rappeler que, pour être née dans un lieu avec des portes, et pour me servir quotidiennement de porte, il ne s’ensuit nullement que j’aie une connaissance profonde du fonctionnement des portes ou des modalités de leur élaboration.

Je n’en ai qu’un usage. Et c’est également la relation qu’entretiennent la plupart de nos jeunes avec le numérique. Ils s’en servent. Mais en ont-ils une connaissance véritable ?
Non. Pourtant ils vivent dans une société et un monde déjà numériques.

Cette connaissance, nous devons l’apporter, et cela passe à la fois par l’Éducation aux Médias et à l’Information, et par l’intégration du numérique dans nos programmes scolaires. Le numérique doit être pensé et il sollicite des technologies et des pratiques qui doivent être maîtrisées.

Non seulement nos élèves ne naissent pas avec un instinct numérique qui rendrait tout enseignement dans ce domaine inutile, mais en plus, je trouve l’idée que l’École devrait se préserver du numérique, pour le moins surprenante.

A quel moment a-t-il été décidé que, confronté à un changement technologique majeur, qui a contribué, en l’espace de quelques années, à transformer radicalement notre quotidien, l’École devait absolument en être préservée ?
L’École n’a-t-elle pas toujours eu pour préoccupation de préparer nos élèves au monde d’aujourd’hui, voire à celui de demain ?

L’École n’est pas une forteresse qui resterait insensible aux évolutions du monde : elle est, au contraire, un lieu d’innovation. Nous voici aujourd’hui dans une situation comme nous n’en avons plus connu depuis la Renaissance et l’invention de l’imprimerie. Nous avons, entre nos mains, une révolution technologique qui peut faire entrer les savoirs, et les connaissances dans une nouvelle ère.

Or, de la même façon que l’imprimerie ne s’est pas résumée à l’impression des textes d’ordinaire copiés dans les abbayes, mais qu’elle a donné lieu à un mouvement intellectuel et culturel d’envergure, de la même façon, les ressources pédagogiques ne doivent pas se résumer à des fichiers PDF que l’on transmettrait numériquement.

Le numérique n’est pas un simple tuyau qui permet d’aller plus loin et plus vite. Il doit être exploité dans toutes ses dimensions.

C’est justement le sens des ressources pédagogiques numérique que des éditeurs scolaires, groupés avec éditeurs numériques et des sociétés dites de la "ed tech" sont venus nous dévoiler aujourd’hui.
Ces ressources visent en effet à proposer des environnements numériques d’apprentissage pour exploiter des ressources multimédias enrichies, des jeux pour apprendre, de la réalité virtuelle ou augmentée, ainsi que des outils et des services qui permettent de construire des parcours adaptés aux besoins des élèves.

Toutes ces ressources seront progressivement disponibles dès le mois de septembre, gratuitement et pour trois ans, pour tous les élèves du CM1 à la 3ème.

Chers éditeurs, par votre innovation, par votre mobilisation, vous rendez possibles de nouveaux usages pédagogiques, qui donnent au plan numérique tout son sens.

Car, pour être franche, je ne suis pas de ceux qui pensent que le numérique pris isolément est forcément une bonne chose pour l’école. Les résultats de la dernière enquête de l’OCDE sur ce sujet ont montré que le numérique n’était pas une recette miracle. Il ne suffit pas de mettre un élève devant un ordinateur pour que des progrès se réalisent.

Par contre, je suis convaincue qu’il serait grave de laisser le numérique en dehors de l’école. Si l’École ne s’empare pas du numérique, une part importante de la vie de nos élèves restera un non-dit au sein d’un lieu qui a pour vocation d’apporter du sens au monde qui nous entoure.
Si l’École ne s’empare pas du numérique, nous laissons des générations entière devenir de simples usagers, de simples consommateurs, des spectateurs passifs du monde. Et cela, mesdames et messieurs, est contraire à ce que fait l’Ecole.

L’École nous arrache à un rapport passif au monde ; elle nous empêche de subir les choses pour nous donner une autonomie, une liberté véritable, qui s’appuie sur des connaissances solides.

Si j’agis en faveur du numérique à l’École, ce n’est donc pas parce que je crois naïvement que le numérique est forcément une chance. Le numérique n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est une opportunité, dont nous devons nous emparer de manière cohérente.

Voilà pourquoi le plan numérique s’appuie sur une convergence entre la formation des enseignants, la richesse des offres en contenus numériques, une politique d’équipement, et des programmes qui introduisent l’apprentissage du numérique.

Les universités, et au sein de celles-ci les ESPE, ont donc un rôle fondamental à jouer dans ce domaine.

L’université de Lorraine est à cet égard tout à fait exemplaire, et je vous en félicite. En effet, grâce à l’université, des liens s’établissent avec l’enseignement secondaire. Grâce à l’université, des jeunes se forment pour les métiers de demain, notamment numérique. Surtout, l’ESPE, parce qu’elle forme les enseignants, est au coeur de la transformation numérique. C’est à l’ESPE que le numérique, à la fois au service des enseignements, et comme objet d’enseignements, deviendra, pour chaque professeur, une réalité.

Oui, l’ESPE est un acteur central de la réussite du plan numérique pour les années à venir. Mais il y en a d’autres.

Les académies, vous le savez, mettent en place un plan exceptionnel de 3 jours de formation au numérique cette année. Il sera bien sûr corrélé au calendrier de déploiement des équipements dans les collèges.

Alors, j’entends déjà certains s’exclamer "Mais 3 jours, ce n’est pas assez !". Et ils ont raison. Ces trois jours sont importants. Mais ils n’ont pas vocation à rester isolés, et nos efforts vont bien plus loin.
Par exemple, la plateforme de formation en ligne pour nos enseignants "M@gistère" est opérationnelle. Près de 250 000 enseignants y ont déjà accédé. Par ailleurs, des parcours d’autoformation sont déjà disponibles, je pense par exemple à ceux proposés sur le numérique par l’Académie de Versailles.

Et puis, je crois, plus fondamentalement encore, que l’un des principaux enjeux de la question de la formation, c’est de contribuer aux échanges entre enseignants et équipes pédagogiques.
Offrir, à ces échanges, un espace, c’est tout le sens du réseau social Vi@educ. Et le Ministère, je vous rassure, n’a pas vocation à rester en dehors de ce mouvement.

Nous conduisons aussi notre transformation numérique, que ce soit par une formation par voie numérique, ou avec des sessions de cours, en "présentiel", selon le terme en vigueur.
À tous les niveaux, vous le voyez, un mouvement s’initie. Car les mouvements véritables, les grands changements, ne s’imposent pas d’en haut. Verticalement. Ils s’élaborent en commun, par la concertation.
Par l’évaluation, aussi, car ce plan nous engage pour les années à venir. Son évaluation au long cours est donc essentielle pour aider tous les acteurs à le piloter, à l’améliorer, et, si besoin, à le corriger. Ce chantier d’évaluation débute cette année. Doté d’un million d’euros cette action doit être pensée collectivement afin d’en tirer le meilleur parti.

Former. Evaluer. Construire ensemble. Investir. Telle est la cohérence du plan numérique. Et ce plan numérique, nous le voyons à l’oeuvre, dans votre territoire, au coeur de la LORnTECH[1].

Raymond DEVOS commençait un sketch célèbre par cette phrase : "Dieu existe. Je l’ai rencontré." Eh bien, dans ce département, je peux affirmer : "le plan numérique existe. Je l’ai rencontré."

J’ai pu le voir, à l’oeuvre, à l’occasion de ma visite de ce matin au collège de la Haute-Vezouze. J’ai vu des équipes pédagogiques, des enseignants, qui ont su s’emparer du numérique, pour l’intégrer au coeur de leur collège, au coeur de leurs salles de classe, en géométrie comme en anglais.

Et à chaque fois, ils ont mis le numérique au service de ce qui constitue depuis toujours les missions de l’École de la République : former des citoyens instruits, éduqués, cultivés et autonomes.

En ce sens, le numérique n’est pas seulement un projet pour l’avenir. C’est une réalité présente. Nous sommes déjà demain.

Oui, lorsque je vois, grâce aux échanges entre les équipes académiques, pédagogiques et les élus, la façon dont le numérique est mis sur votre territoire, nous sommes déjà demain ! Oui, lorsque je vois que le département de Meurthe et Moselle et les communes sont prêts à équiper 22 écoles et 68 collèges, soit la quasi-totalité des collèges du département, nous sommes déjà demain !

Oui, lorsque je vois, comme ici, la qualité du MOOC sur "les combattants de Verdun, 1916-2016", nous sommes déjà demain !

Je tiens, si vous me permettez cette parenthèse, à souligner que ce MOOC est emblématique d’un savoir universitaire qui se met à la portée de tous. Il est emblématique d’un numérique qui se met au service d’un humanisme du XXIe siècle.

Le format retenu est en effet adapté aux néophytes comme aux érudits. Ce savoir, libre, ouvert et gratuit, en ligne sur la plateforme FUN qui réunit déjà 1,7 millions d’inscriptions, créera de nouvelles communautés apprenantes.

J’incite d’ailleurs, en cette année du centenaire de la bataille de Verdun, tous les enseignants d’histoire à découvrir ce MOOC et le faire connaître à leurs élèves. Ainsi se referme cette parenthèse.

Le plan numérique, comme tout plan, est le préalable nécessaire à une mise en oeuvre concrète. Et c’est cette mise en oeuvre qu’il nous est donné de voir, ici et maintenant.

Et de la même façon que les plus grands bâtiments, après avoir été dessinés sur le papier, ne s’érigent que grâce à un travail collectif et une mobilisation considérable, vous avez su vous mobiliser, et opérer une synergie remarquable, entre tous les intervenants.

Oui, ici s’opère la dynamique positive de la transformation numérique d’un territoire où l’ensemble de la communauté éducative et des chercheurs est mobilisée, et soutenue et accompagnée par les collectivités territoriales.

Je tiens à remercier particulièrement Mathieu KLEIN, président du conseil départemental et les élus pour leur engagement et les choix d’investissements qu’ils opèrent. Je salue aussi la force d’innovation du projet METAL qui va travailler sur le futur de la e-éducation et de la recherche en éducation. Votre université est au coeur de l’innovation pédagogique, avec EFRAN. En finançant des contrats doctoraux, nous renforçons la recherche en éducation et nous permettons à tous de bénéficier des fruits de cette recherche.

Nous ne devons jamais oublier de donner, à notre action en faveur du numérique, du sens. Et ce sens a besoin d’investissements. Financiers, bien sûr, j’y reviendrai. Mais aussi un investissement humain, qui a pour nom, engagement.

Et c’est cet engagement que nous voyons aujourd’hui : celui de l’académie, du département, de l’établissement, de l’équipe pédagogique, de l’enseignant, des familles.

Toutes et tous, vous vous êtes engagés, investis, au service des apprentissages et des réussites de tous les élèves.

Cet investissement, c’est, aussi celui de l’État.

L’investissement dans l’éducation est une priorité de ce quinquennat. Et l’investissement, pour préparer cette société numérique de manière éclairée est essentiel.

Après avoir annoncé le plan numérique le 7 mai 2015, le Président de la République a fixé un cadre et une ambition : celle de collèges numériques dès la rentrée 2016, et ce département sera l’un des plus équipés, et opérer, ensuite, d’ici 2018, une bascule pour que l’ensemble des collèges de France soient numériques.

L’ambition, vous le voyez, est grande. Elle est aussi légitime et nécessaire. A l’échelle de la France, les résultats des collèges préfigurateurs et des deux vagues des appels à projet "Collèges numériques" nous permettent d’atteindre 21% de collèges pour les classes de 5eme, soit 1510 collèges. Et le taux de collèges publics qui rejoignent le plan atteint 25%.

Au niveau des écoles, nous en sommes à 1256. Surtout, les politiques d’équipement sont coordonnées entre les écoles et collèges d’un même secteur : cela veut dire que nous créons des continuités territoriales, et qu’en même temps nous mettons le plan numérique au service de la continuité entre école et collège. Celle-ci est instaurée par la mise en place du cycle 3, qui réunit, je le rappelle, les deux dernières années de primaire et la première année de collège.

Un mouvement, vous le voyez, se dessine. Une dynamique s’engage. Et nous ne nous arrêterons pas là.

Au service de l’innovation, avec le Commissariat Général à l’Investissement et le secrétariat d’État au numérique, nous lançons dans les prochains jours l’action "services innovants". Cette action, dotée de 5 à 8 millions d’euros et précédée d’une étude de cadrage stratégique, permettra de développer de nouveaux services innovants dans l’éducation.

Toujours avec le Commissariat Général à l’Investissement, nous rendons aussi possible la sélection des derniers projets de collèges et d’écoles pour le plan numérique, dans une troisième vague qui se clôturera le 17 juin prochain.

Cet appel à projets doit en particulier permettre l’arrivée des équipements mobiles au début de l’année 2017.

Et pour les collectivités qui ont des difficultés d’accès au très haut débit, le Commissariat Général à l’Investissement et le secrétariat d’Etat au numérique viennent de relancer le dispositif "école connectée". Celui-ci permet de bénéficier d’une subvention pour un raccordement satellitaire d’excellente qualité.

Ces subventions sont donc possibles pour les écoles et les collèges. L’appel à projets est ouvert pour 18 mois de plus à compter d’aujourd’hui.

Pourquoi ? Parce qu’il est essentiel que les établissements scolaires puissent entrer sans barrières dans le plan numérique, et sans attendre leur raccordement au titre de la mission "France Très Haut Débit".

C’est d’ailleurs pour cette raison que les contenus et les ressources pédagogiques que j’évoquais seront disponibles pour tous les établissements équipés, que ceux-ci soient dans les dispositifs du plan numérique ou non.

Le numérique ne doit pas façonner, entre les établissements, des inégalités : nous ne devons jamais occulter les difficultés concrètes que sont susceptibles de rencontrer les collectivités et les établissements.

Pour une raison simple : si le numérique a beaucoup à apporter à l’Ecole, plus fondamentalement encore, je sais que l’École a beaucoup à apporter au numérique.

Et de cela, je crois que nous sommes tous convaincus.

Je vous remercie.

En savoir plus
Page à consulter

Le plan numérique à l'École pour répondre aux enjeux d'un monde en transformation
Dossier de presse du 21 avril 2016

Site à consulter

Un nouveau site sur le plan numérique pour l'éducation
Découvrez "ecolenumerique.education.gouv.fr", nouveau site d'information sur le plan numérique destiné aux familles, aux équipes pédagogiques et aux élus locaux.
découvrez le nouveau site sur le plan numérique pour l'Éducation
ecolenumerique.education.gouv.fr

Mise à jour : mai 2016

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