ACTIVITÉS
ÉDUCATIVES
Journée
mondiale sans tabac : 31 mai 2003
NOR
: MENE0301133C
RLR : 554-9
CIRCULAIRE N°2003-288
DU 23-5-2003
MEN
DESCO B4 Texte adressé aux rectrices
et recteurs d'académie ; aux inspectrices et inspecteurs d'académie,
directrices et directeurs des services départementaux de l'éducation
nationale ; aux chefs d'établissement, aux directrices et directeurs d'écoleLe décret n° 91-410 du 28 avril 1991 fixe
au 31 mai la date de la "journée sans tabac".
Cette journée revêt une importance particulière
cette année car la lutte contre le tabac constitue, dans le cadre du "plan
cancer", l'une des priorités du Président de la République.
Cette manifestation, placée sous l'égide
de l'Organisation mondiale de la santé a, pour cette année 2003,
un thème en lien avec le cinéma et la mode et s'intitule "cinéma
sans tabac, mode sans tabac".
Ce thème a été choisi car l'industrie
du tabac repose sur l'image et les représentations auxquelles les jeunes
sont sensibles.
La journée "cinéma sans tabac, mode sans
tabac" devra, dans le cadre d'une action continue de prévention, constituer
un temps fort.
Il convient tout d'abord de rappeler un ensemble de
données convergentes qui doivent être portées à l'attention
des équipes éducatives et des élèves.
L'enquête de l'European School survey Project
on Alcohol and other Drugs (ESPAD), à laquelle a participé la France
en 1999, démontre en effet que plus d'un tiers des jeunes Européens
fument et que les jeunes Français se situent légèrement au
dessus de la moyenne : 31 % des élèves de 16 ans fument quotidiennement
; de 12 à 17 ans, les jeunes filles sont plus nombreuses (26,9 %) que les
garçons (21,9 %) à fumer.
Ce constat est d'autant plus préoccupant que
la consommation de tabac est un des facteurs prédictifs de la consommation
de cannabis : 35 % des jeunes de 16 ans ont expérimenté le cannabis
durant leur vie, 12 % en ont consommé 10 fois ou plus par an. Ces proportions
placent la France parmi les pays où les jeunes de 16 ans sont les plus
"expérimentateurs" de cannabis.
Ces données peuvent être complétées
par l'enquête menée en collaboration entre le ministère chargé
de l'éducation, la Mission interministérielle de lutte contre la
drogue et la toxicomanie (MILDT) et l'Observatoire français des drogues
et des toxicomanies (OFDT) visant à dresser un état des lieux de
l'application de la loi Evin, sur la lutte contre le tabagisme en milieu scolaire
et lancée en octobre 2001.
Parmi les collégiens, 6 % se déclarent
fumeurs quotidiens et 8 % fument de temps en temps. Chez les lycéens, ces
chiffres s'élèvent respectivement à 32 % et 12 %, soit un
total de 44 %. Cette prévalence du tabagisme (quotidien et occasionnel
confondus) culmine à 59 % pour les lycéens âgés de
18 ans. Par ailleurs, les comportements des filles et des garçons sont
très proches. Le tabagisme des enfants est significativement corrélé
à celui des parents.
Les personnels des collèges et des lycées
comptent 24 % de fumeurs quotidiens.
En ce qui concerne la protection des non-fumeurs, la
question de la tolérance à l'égard de la fumée des
autres et la question du tabagisme passif a été posée dans
l'enquête. La gêne engendrée par la fumée est importante
chez les lycéens non fumeurs (30 % sont "beaucoup" gênés et
18 % "pas du tout") et plus encore pour les collégiens non fumeurs (34
% et 16 % respectivement).
Dans les collèges et les lycées, les
personnels sont moins tolérants encore que les élèves à
l'égard du tabagisme passif.
Ces données sont d'autant plus inquiétantes
qu'elles sont étayées par :
- l'augmentation de la consommation et la généralisation
du phénomène chez les élèves.
L'évolution de la consommation du tabac, considérée
au même titre que celle de l'alcool, comme une des entrées dans la
polyconsommation de produits psychoactifs par les jeunes, et ce, malgré
les mesures et instructions mises en place depuis de nombreuses années
dans les établissements scolaires, doit alerter et mobiliser la communauté
scolaire ;
- l'application encore inégale de la réglementation
dans les établissements scolaires.
En effet, 4 collégiens sur 5 n'ont pas entendu
parler de la loi Evin, et près de la moitié des lycéens sont
dans le même cas. Cette situation démontre que l'interdiction de
fumer dans les lieux publics ne fait pas encore l'objet d'une application systématique.
Face à cet état de fait, il convient
de mener une politique de prévention volontariste dans les établissements
scolaires.
Les axes de cette politique ont été clairement
affirmés dans la communication en conseil des ministres du 26 février
2003 du ministre délégué à l'enseignement scolaire.
Elle repose d'abord sur un rappel systématique
des dispositions de la loi Evin telle qu'elle existe actuellement. Il incombe
en conséquence aux directrices et directeurs d'école et aux chefs
d'établissement de veiller strictement au respect des dispositions prévues
par ce texte.
Mais une évolution importante de la loi est
à prévoir. Elle concernera en particulier la situation des élèves
de plus de 16 ans.
Dans l'attente de cette modification, il importe que,
dès la rentrée 2003, l'interdiction de fumer s'applique à
tous les élèves dans les établissements scolaires et que
les dispositions concernant les personnels fumeurs soient strictement mises en
oeuvre.
Par ailleurs, je vous rappelle que les règles
organisant la vie de l'établissement, définies et acceptées
collectivement par les membres de la communauté éducative doivent
être inscrites au règlement intérieur, conformément
à la circulaire ministérielle n° 2000-106 du 11 juillet 2000.
Elles doivent préciser le cadre des mesures de prévention, de surveillance
et les sanctions encourues en cas d'infraction. Elles doivent être connues,
appliquées et respectées de tous, faute de quoi le règlement
perd sa valeur éducative et sa valeur de repère.
Il appartient au chef d'établissement d'exercer
son pouvoir disciplinaire face à toute transgression.
Par ailleurs, je vous rappelle que le tabagisme, facteur
de risque, est un problème majeur de santé publique qui doit faire
l'objet d'actions de prévention au même titre que l'ensemble des
conduites à risques.
Pour l'ensemble des écoles et des établissements
scolaires, des actions pourront être mises en place, autour des programmes
de prévention, "Classes non fumeurs", "École sans tabac", ou "Campagne
du timbre" pour :
- développer l'aide à l'arrêt du
tabac, en s'appuyant sur les professionnels de santé et les consultations
d'aide au sevrage tabagique.
Les équipes éducatives pourront bénéficier
des informations et outils pédagogiques diffusés sur les sites télématiques
spécialisés de l'Institut national de prévention et d'éducation
à la santé (www.inpes.sante.fr), de la Caisse nationale d'assurance
maladie (www.cnamts.fr) et du Comité national des maladies respiratoires
(www.lesouffleclavie.com) ;
- réfléchir à la gestion des conflits
occasionnés par le non-respect de la réglementation ;
- étudier les conséquences du tabagisme
sur l'état de santé des jeunes.
Dans les collèges, le concours initié
en janvier 2003 par l'association "Institut cur et vaisseaux" sous le nom
classes non fumeurs (www.classesnonfumeurs.com)
revêt un intérêt particulier. Cette opération est menée
en partenariat avec le Comité national contre le tabagisme, la Ligue contre
le cancer, la fédération française de cardiologie et la Mission
interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Elle est
conduite auprès des collégiens des classes de 5ème et 4ème
et se terminera, pour les classes finalistes, par un tirage au sort de nombreux
cadeaux, lors de la journée mondiale sans tabac, le 31 mai 2003.
Le comité d'éducation à la santé
et à la citoyenneté, parce qu'il associe l'ensemble des partenaires
de la communauté éducative et donne un rôle actif aux élèves,
constitue un dispositif privilégié pour conduire une prévention
qui a un double objet : d'une part, modifier les représentations associées
au tabac dont l'usage entraîne une dépendance psychologique et physique,
d'autre part, apprendre aux élèves à mieux respecter leur
capital santé.
Dès la rentrée 2003, vingt centres d'expérimentation
pilotes, dans des établissements volontaires, équipés de
matériel et de documentation leur permettant de jouer un rôle de
centre de ressources pour l'information et le conseil contre le tabac, seront
créés. Un appel à projets sera très prochainement
adressé aux académies.
Les infirmières accompagneront les élèves
qui souhaitent engager une démarche de sevrage et pourront délivrer
ponctuellement des substituts nicotiniques.
Enfin, même si cette journée met plus
particulièrement l'accent sur la consommation de tabac, j'insiste sur le
fait qu'elle ne doit pas constituer une action isolée, mais qu'elle s'inscrit
dans le cadre du plan de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances
adopté par le comité interministériel présidé
par le Premier ministre, le 16 juin 1999.
Pour le ministre de la jeunesse,
de l'éducation nationale et de la recherche
et par délégation,
Le directeur de l'enseignement scolaire
Jean-Paul de GAUDEMAR