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RECHERCHE MENÉE PAR L'INRP DANS LE CADRE
DE LA CHARTE
Les effets des modes d'organisation
pédagogique et de partenariat éducatif
sur les apprentissages et le développement des enfants
Note du 20-11-1998
NOR : MENY9802974X
RLR : 510-0
MEN - INRP
1- Le cadre général de la
recherche
La Charte pour bâtir l'école du
XXIe siècle indique les lignes de force d'une évolution
nécessaire de l'école primaire pour faire face, dans les conditions
actuelles, aux défis qui sont les siens.
Les inspecteurs d'académie, directeurs
des services départementaux de l'éducation nationale,
assistés des inspecteurs de l'éducation nationale, dresseront
l'inventaire des écoles qui souhaitent s'inscrire dans ce mouvement
et qui répondent aux critères fixés dans le document
de cadrage du ministère de l'éducation nationale, de la recherche
et de la technologie.
L'Institut national de recherche pédagogique
(INRP) conduira une recherche sur un échantillon choisi parmi les
écoles inventoriées. Cet échantillon sera établi
à partir de deux séries de critères :
- la diversité des situations et de
l'environnement des écoles ;
- la diversité des modes d'organisation
du travail des élèves ainsi que des équipes
pédagogiques et éducatives de ces écoles. Dans ce domaine
seront examinées tout autant les possibilités offertes par
des organisations nouvelles du travail en équipe des enseignants que
les modalités de collaboration des enseignants avec des
aides-éducateurs, des intervenants extérieurs (parents
d'élèves, associations, etc.). De plus, on observera la
manière dont sont utilisées l'ensemble des ressources humaines,
documentaires et technologiques proposé par l'environnement scolaire
et social.
Il ne s'agit pas seulement, dans ce cadre,
d'identifier les pratiques existantes ni de faire un état des lieux
des diverses innovations engagées mais d'amener les équipes
pédagogiques à se mobiliser sur des propositions nouvelles
et à mettre en uvre à cette occasion des formes originales
du travail scolaire. Ces pratiques doivent s'effectuer en prenant toutes
les garanties nécessaires pour que les élèves
impliqués bénéficient d'un enseignement de haut niveau
d'exigence et pour que des conclusions puissent être tirées
de manière rigoureuse.
La constitution de l'échantillon se fera
selon la méthode des quotas en fonction de la plus grande diversité
et représentativité des écoles ; le choix des écoles
pour cet échantillon n'impliquera donc aucun jugement de valeur sur
la qualité de leur projet.
Tout en travaillant de manière suivie avec
les écoles de l'échantillon national constitué, l'INRP
met à disposition de
toutes
les écoles un ensemble de ressources (des grilles d'observation,
d'évaluation et d'analyse, des informations, des personnes ressources,
une aide à la rédaction de bilans, son site internet) qui viendront
en complément des évaluations nationales (CE2, 6e)
et des évaluations internes à chaque école. L'INRP mobilise
son réseau de chercheurs, en particulier les enseignants associés
dans les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) auxquels
seront dévolues des heures spécifiquement réservées
pour cette opération.
2 - Les objectifs de la recherche
La recherche conduite par l'INRP se fixe pour
objectif de dégager les principes
et les modalités d'organisation pédagogique et éducative
ainsi que les formes de partenariat susceptibles de garantir au mieux les
apprentissages scolaires et le développement de chaque enfant.
Cette recherche explore ces modalités
d'organisation dans le respect des programmes nationaux, des volumes horaires
globaux par champ disciplinaire et par élève selon la
réglementation sur le temps à l'école.
Ainsi, il s'agit d'étudier les rapports
entre deux séries de variables :
- d'une part, les modalités d'organisation
pédagogique proposées
(les dispositifs d'enseignement, d'aide et de suivi des élèves,
l'articulation entre les activités proprement scolaires et les autres
activités proposées dans le cadre de l'école, la gestion
du temps sur la journée, la semaine et l'année scolaire) ;
- d'autre part, l'évolution des
élèves, tant dans leur
comportement général (fatigabilité, acquisition de
l'autonomie, mobilisation sur les savoirs scolaires, gestion des activités
effectuées au-delà du temps d'enseignement, socialisation)
que dans leurs acquisitions proprement scolaires au regard des objectifs
spécifiques de l'école primaire.
Pour ce qui est des variables relatives aux
modalités d'organisation pédagogique, la recherche devra s'efforcer
de construire une typologie présentant celles-ci de manière
à faire ressortir les principes dont elles s'inspirent et la façon
dont elles sont mises en uvre. Cette typologie comportera un niveau
macroscopique afin d'identifier les modèles généraux
et, pour chaque modèle, un niveau microscopique permettant de prendre
en compte les différences d'environnement et de contexte.
Pour ce qui est des variables afférentes
à l'évolution des élèves, la recherche s'appuiera
sur des outils d'observation et d'évaluation, tant dans le domaine
des comportements que dans celui des acquisitions. Ces outils devront être
conçus de manière à pouvoir être utilisés
par les chercheurs en collaboration avec les enseignants concernés.
Ils s'attacheront à présenter un certain nombre d'indicateurs
dont on montrera qu'ils sont significatifs.
Au total, à partir des corrélations
observées, les équipes de recherche s'efforceront, en utilisant
par exemple la méthode des études de cas, de comprendre comment
les modes d'organisation pédagogique produisent des effets précis
et à quelles conditions ces effets peuvent être escomptés.
Il ne s'agit pas ici de dégager un modèle unique mais bien
d'identifier des indicateurs de pertinence susceptibles de guider les
décideurs (administration, équipes pédagogiques,
enseignants) afin que ces derniers puissent, en fonction de leur situation
spécifique, effectuer les choix les plus efficaces.
Tout au long de cette recherche, les chercheurs
s'efforceront de ne jamais se placer en situation de surplomb par rapport
aux praticiens mais bien d'accompagnement critique. Cette posture devrait
permettre une interaction féconde entre recherche et innovation.
3 - Le contexte de la recherche
La journée est la base de référence
pour l'organisation du travail de l'élève. La journée
à l'école, pour de nombreux enfants, dépasse largement
le temps d'enseignement. De plus, un grand nombre d'écoles
bénéficie de l'apport d'aides-éducateurs et d'intervenants
extérieurs. Par ailleurs, de nouvelles formes d'organisations scolaires,
périscolaires et extra-scolaires se sont développées
ces dernières années.
C'est pourquoi, plus que jamais, les directeurs
et les enseignants, chacun pour ce qui les concerne, doivent rester les
coordinateurs et les garants de l'organisation pédagogique et
éducative du temps scolaire. C'est à eux que revient la
responsabilité de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles,
d'articuler les diverses interventions, d'en fixer les objectifs et d'en
évaluer les résultats. Ils sont ainsi, vis-à-vis des
parents, des interlocuteurs privilégiés travaillant à
la mise en uvre des finalités générales de
l'école dans des situations et des contextes spécifiques. Ils
contribuent, de ce fait, à incarner de manière précise
et à travers des activités diverses le projet éducatif
national.
Pour éviter discontinuité et
éparpillement du temps et des activités de l'enfant, et dans
le souci que l'ensemble de ces activités participe de façon
harmonieuse et complémentaire aux apprentissages de l'élève,
aux progrès et à l'équilibre de l'enfant, il est
nécessaire de veiller à la cohérence de toutes les
interventions et à la coordination des actions des différents
intervenants.
Pour cela, il importe d'identifier la nature exacte
des apprentissages qui peuvent être effectués dans l'ensemble
des activités proposées tout au long de la journée.
À cet égard, il est nécessaire de veiller à
éviter toute simplification et tout schématisme : chaque
activité doit être analysée précisément
afin d'identifier les acquisitions qu'elle permet dans tous les
domaines.
Au plan institutionnel, et afin de garantir le
caractère homogène des analyses, la recherche s'appuie sur
le cadre de travail suivant pour effectuer des descriptions plus fines :
- le temps de l'enfant
scolarisé comprend, d'une part,
un temps familial (avec l'ensemble des activités sociales qui en
dépendent), d'autre part, un temps de déplacement entre le
domicile et l'école et, enfin, un temps passé dans le cadre
de l'école.
C'est à ce troisième temps que la
recherche s'intéresse ;
- le temps de présence dans
l'école comprend lui-même
:
. le temps d'enseignement dû
réglementairement aux élèves (26 heures hebdomadaires
sur 36 semaines). Pendant ce temps, l'enseignant peut solliciter l'aide
d'aides-éducateurs ou d'intervenants extérieurs et faire appel
à des ressources documentaires ou technologiques. Cette démarche
s'effectue toujours sous son contrôle et son entière
responsabilité. C'est l'enseignant qui fixe les objectifs, garantit
les processus d'apprentissage et évalue directement les résultats
;
. le temps d'accompagnement dans toute sa
diversité :
accueil des élèves,
récréation, cantine, études, clubs, groupes
d'intérêts, activités socioculturelles. Ce temps
d'accompagnement peut être géré en partenariat avec d'autres
acteurs que les enseignants mais les enseignants, notamment lorsqu'il s'agit
d'activités effectuées dans l'enceinte de l'école, doivent
pouvoir veiller à ce qu'une articulation existe avec le projet
pédagogique, dans le cadre du projet d'école.
On voit ainsi que, au cours de la recherche
engagée, le rôle nouveau de l'enseignant des écoles sera
précisé. La recherche mettra à jour la définition
possible de ce nouveau rôle et les conditions de son exercice.
4 - Les principes pédagogiques de la
recherche
La recherche engagée s'inscrit
délibérément dans un projet de transformation qui doit
permettre à l'école d'être à elle-même son
propre recours.
1 - La réussite de chacun des
élèves requiert des pratiques diversifiées (collectives
et individualisées, magistrales et expérimentales, orales et
écrites, etc.) mobilisant des ressources multiples (ressources humaines
et documentaires, technologies nouvelles et propositions de l'environnement,
etc.) dans la perspective de la meilleure acquisition des
contenus.
Afin de voir comment ce principe est mis en
uvre, il convient d'observer précisément les
différentes activités proposées aux élèves
en ne se contentant pas d'en décrire les modalités
organisationnelles mais en regardant de près les modes d'apprentissage
: qu'est-ce qui est acquis ? De quelle manière ? À quel niveau
? Avec quels transferts éventuels de l'acquisition à d'autres
activités ou d'autres domaines? Quelles sont, dans l'apprentissage,
les fonctions spécifiques de la situation, des ressources
mobilisées, des personnes qui interviennent ?
2 - Les activités proposées aux
élèves doivent s'effectuer selon des formes de regroupement
adaptées aux objectifs poursuivis et aux besoins de chacun (enseignement
par classe, groupes d'intérêts ou de besoins, études
dirigées, tutorat, etc.).
Afin de voir comment ce principe est mis en
uvre, il convient d'observer précisément comment sont
organisées les progressions à l'intérieur des cycles
et entre ceux-ci, comment et à quelles fins sont utilisées
des procédures telles que le décloisonnement, quels sont les
critères de répartition des élèves dans l'ensemble
des regroupements proposés, quelle est la mobilité des
élèves entre les différents groupes auxquels ils
participent. À cet égard, il conviendra d'être
particulièrement attentif à la question de "l'enfermement"
des élèves dans des modalités de travail, de l'effet
ségrégatif ou, au contraire, intégratif, des groupes
à objectifs spécifiques. C'est dans ce cadre que l'on pourra
examiner la question de la place de dispositifs particuliers d'aide et de
prise en charge de certains élèves.
3 - Les enseignants sont responsables de
l'articulation de ces activités sur la journée, la semaine
et l'année scolaire afin de garantir leur cohérence et de permettre
à tous d'atteindre les objectifs de l'école
primaire.
Afin de voir comment ce principe est mis en
uvre, il convient d'observer comment s'effectue la concertation entre
les différents intervenants : les enseignants entre eux, les enseignants
avec les aides-éducateurs, les enseignants et les intervenants
extérieurs. On analysera également sur quoi porte cette
concertation, quel est son statut, quelle place occupe la définition
des objectifs communs et des objectifs spécifiques poursuivis par
chacun.
Dans ce registre, il conviendra de se demander
si l'interaction entre les différentes activités et leurs acquis
fait bien l'objet d'un travail commun : peut-on identifier des transferts
d'acquisition, des déblocages, des progressions dans un domaine qui
puissent servir de points d'appui pour favoriser les progressions dans un
autre, etc. ?
4 - Un suivi personnalisé prenant en
compte le parcours de chacun doit être mis en place avec des outils
adéquats. Il permet l'organisation au sein de l'école des recours
nécessaires en cas de difficulté et sert de base au dialogue
avec les parents.
Afin de voir comment ce principe est mis en
uvre, il convient d'observer les modalités précises
d'évaluation utilisées et leurs fonctions.
Pour cela, on étudiera de près les
outils employés, la manière dont ils sont mis en circulation,
la façon dont ils sont reçus par les élèves et
les parents. On s'interrogera sur les principes qui régissent
l'évaluation mise en uvre et, surtout, sur la manière
dont cette évaluation mise au service de l'inventivité
pédagogique permet d'imaginer des dispositifs de remédiation
et contribue à la progression de chaque élève.
5 - L'organisation de la recherche
Le pilotage de la recherche est confié
à l'INRP. L'institut est assisté par un comité national
de suivi présidé par le directeur de l'INRP. Ce comité
comprend dix-neuf membres. Il veillera à ce que toutes les équipes
de chercheurs travaillent en respectant le protocole de recherche
rédigé par l'INRP.
Un chef de projet académique est
désigné par le recteur, en concertation avec le directeur de
l'INRP. Ce chef de projet a une bonne connaissance de l'école primaire,
il possède une expérience de l'animation d'équipes et
du travail en réseaux ainsi qu'une très solide expérience
de la recherche. En effet, c'est lui qui garantit, sous l'autorité
scientifique de l'INRP et dans le cadre du protocole national de recherche,
la qualité des travaux menés.
Ses tâches consistent à :
- constituer le groupe académique de
recherche,
- coordonner et animer, avec lui, la recherche
au niveau académique,
- mettre en réseau les équipes
engagées,
- organiser la recherche sur le terrain pour qu'elle
puisse s'effectuer dans les meilleures conditions,
- participer aux rencontres nationales permettant
la cohérence de l'opération,
- participer à l'organisation des colloques
académiques et des rencontres départementales.
Le chef de projet académique anime, en
coordination permanente avec l'INRP, l'équipe de recherche dont il
se sera entouré. Celle-ci peut comprendre des formateurs de l'institut
universitaire de formation des maîtres (IUFM), des universitaires
(enseignants-chercheurs en sciences humaines...), des professionnels de terrain
(des enseignants maîtres-formateurs, des instituteurs et des professeurs
des écoles, des directeurs, des membres des mouvements
pédagogiques...).
Les services académiques facilitent le
travail du chef de projet académique, des équipes et des
chercheurs.
La recherche débutera en janvier 1999 ;
un premier colloque départemental ou académique se tiendra
à la fin de l'année civile 1999.
L'accompagnement des écoles et la recherche
se poursuivront pendant trois ans.
Les écoles engagées sont associées
à la recherche. Elles construisent, avec l'aide de l'équipe
académique, des éléments de réponses aux questions
posées par les différents principes pédagogiques de
la recherche.
Fait à Paris, le 20 novembre
1998
Le directeur de l'Institut national
de recherche pédagogique
Philippe MEIRIEU
1 - Montrer comment l'organisation du temps d'enseignement garantit la cohérence des apprentissages et des activités des élèves
- étudier la définition et la pertinence des modalités retenues pour faciliter ces apprentissages (leçons, recherches individuelles ou en groupe, groupes classe, groupes cycle, groupes de besoins, groupes d'intérêts ou de choix, monitorat entre élèves, soutien, rééducation, études dirigées, clubs, ateliers, etc.), ainsi que toutes les combinaisons possibles de ces différentes modalités et la manière de les encadrer,
- observer le contenu des différentes interventions tout au long de la journée scolaire,
- identifier la qualité et le nombre des différents intervenants,
- analyser les systèmes d'évaluation et de remédiation du travail, des résultats et du comportement des élèves,
- repérer l'intégration à l'enseignement de l'informatique et des techniques modernes d'information et de communication.
2 - Montrer comment l'organisation d'un temps hors enseignement garantit la meilleure cohérence avec le temps d'enseignement
- étudier la manière dont l'organisation générale de ce temps a été pensée, y compris le temps de pause du déjeuner et celui des études surveillées,
- observer la place, la durée et l'organisation des récréations,
- décrire le contenu des différentes interventions et leur articulation avec les activités scolaires,
- analyser le prolongement des acquis tant scolaires que comportementaux,
- repérer les différents cadres institutionnels d'interventions.
3 - Montrer comment l'organisation du travail des équipes pédagogiques et éducatives garantit la cohérence des différentes interventions et la coordination des différents intervenants
- repérer l'objectif et la périodicité des réunions de travail des équipes,
- décrire les modalités de diffusion de l'information aux différents partenaires (membres des équipes éducatives et de circonscriptions, enfants, parents, municipalités, associations),
- analyser les modalités de formation des différents partenaires (enseignants, aides-éducateurs, intervenants extérieurs).