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Bulletin Officiel
de l'Education Nationale
 

Hors série N°13 du 26 novembre

1998

www.education.gouv.fr/bo/1998/hs13/inrp.htm - vaguemestre@education.gouv.fr


RECHERCHE MENÉE PAR L'INRP DANS LE CADRE DE LA CHARTE

Les effets des modes d'organisation pédagogique et de partenariat éducatif
sur les apprentissages et le développement des enfants


Note du 20-11-1998
NOR : MENY9802974X
RLR : 510-0
MEN - INRP

1- Le cadre général de la recherche
La Charte pour bâtir l'école du XXIe siècle indique les lignes de force d'une évolution nécessaire de l'école primaire pour faire face, dans les conditions actuelles, aux défis qui sont les siens.

Les inspecteurs d'académie, directeurs des services départementaux de l'éducation nationale, assistés des inspecteurs de l'éducation nationale, dresseront l'inventaire des écoles qui souhaitent s'inscrire dans ce mouvement et qui répondent aux critères fixés dans le document de cadrage du ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie.

L'Institut national de recherche pédagogique (INRP) conduira une recherche sur un échantillon choisi parmi les écoles inventoriées. Cet échantillon sera établi à partir de deux séries de critères :
- la diversité des situations et de l'environnement des écoles ;
- la diversité des modes d'organisation du travail des élèves ainsi que des équipes pédagogiques et éducatives de ces écoles. Dans ce domaine seront examinées tout autant les possibilités offertes par des organisations nouvelles du travail en équipe des enseignants que les modalités de collaboration des enseignants avec des aides-éducateurs, des intervenants extérieurs (parents d'élèves, associations, etc.). De plus, on observera la manière dont sont utilisées l'ensemble des ressources humaines, documentaires et technologiques proposé par l'environnement scolaire et social.

Il ne s'agit pas seulement, dans ce cadre, d'identifier les pratiques existantes ni de faire un état des lieux des diverses innovations engagées mais d'amener les équipes pédagogiques à se mobiliser sur des propositions nouvelles et à mettre en œuvre à cette occasion des formes originales du travail scolaire. Ces pratiques doivent s'effectuer en prenant toutes les garanties nécessaires pour que les élèves impliqués bénéficient d'un enseignement de haut niveau d'exigence et pour que des conclusions puissent être tirées de manière rigoureuse.
La constitution de l'échantillon se fera selon la méthode des quotas en fonction de la plus grande diversité et représentativité des écoles ; le choix des écoles pour cet échantillon n'impliquera donc aucun jugement de valeur sur la qualité de leur projet.
Tout en travaillant de manière suivie avec les écoles de l'échantillon national constitué, l'INRP met à disposition de toutes les écoles un ensemble de ressources (des grilles d'observation, d'évaluation et d'analyse, des informations, des personnes ressources, une aide à la rédaction de bilans, son site internet) qui viendront en complément des évaluations nationales (CE2, 6e) et des évaluations internes à chaque école. L'INRP mobilise son réseau de chercheurs, en particulier les enseignants associés dans les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) auxquels seront dévolues des heures spécifiquement réservées pour cette opération.

2 - Les objectifs de la recherche
La recherche conduite par l'INRP se fixe pour objectif de dégager les principes et les modalités d'organisation pédagogique et éducative ainsi que les formes de partenariat susceptibles de garantir au mieux les apprentissages scolaires et le développement de chaque enfant.

Cette recherche explore ces modalités d'organisation dans le respect des programmes nationaux, des volumes horaires globaux par champ disciplinaire et par élève selon la réglementation sur le temps à l'école.

Ainsi, il s'agit d'étudier les rapports entre deux séries de variables :
- d'une part, les modalités d'organisation pédagogique proposées (les dispositifs d'enseignement, d'aide et de suivi des élèves, l'articulation entre les activités proprement scolaires et les autres activités proposées dans le cadre de l'école, la gestion du temps sur la journée, la semaine et l'année scolaire) ;
- d'autre part, l'évolution des élèves, tant dans leur comportement général (fatigabilité, acquisition de l'autonomie, mobilisation sur les savoirs scolaires, gestion des activités effectuées au-delà du temps d'enseignement, socialisation) que dans leurs acquisitions proprement scolaires au regard des objectifs spécifiques de l'école primaire.

Pour ce qui est des variables relatives aux modalités d'organisation pédagogique, la recherche devra s'efforcer de construire une typologie présentant celles-ci de manière à faire ressortir les principes dont elles s'inspirent et la façon dont elles sont mises en œuvre. Cette typologie comportera un niveau macroscopique afin d'identifier les modèles généraux et, pour chaque modèle, un niveau microscopique permettant de prendre en compte les différences d'environnement et de contexte.

Pour ce qui est des variables afférentes à l'évolution des élèves, la recherche s'appuiera sur des outils d'observation et d'évaluation, tant dans le domaine des comportements que dans celui des acquisitions. Ces outils devront être conçus de manière à pouvoir être utilisés par les chercheurs en collaboration avec les enseignants concernés. Ils s'attacheront à présenter un certain nombre d'indicateurs dont on montrera qu'ils sont significatifs.

Au total, à partir des corrélations observées, les équipes de recherche s'efforceront, en utilisant par exemple la méthode des études de cas, de comprendre comment les modes d'organisation pédagogique produisent des effets précis et à quelles conditions ces effets peuvent être escomptés. Il ne s'agit pas ici de dégager un modèle unique mais bien d'identifier des indicateurs de pertinence susceptibles de guider les décideurs (administration, équipes pédagogiques, enseignants) afin que ces derniers puissent, en fonction de leur situation spécifique, effectuer les choix les plus efficaces.
Tout au long de cette recherche, les chercheurs s'efforceront de ne jamais se placer en situation de surplomb par rapport aux praticiens mais bien d'accompagnement critique. Cette posture devrait permettre une interaction féconde entre recherche et innovation.

3 - Le contexte de la recherche
La journée est la base de référence pour l'organisation du travail de l'élève. La journée à l'école, pour de nombreux enfants, dépasse largement le temps d'enseignement. De plus, un grand nombre d'écoles bénéficie de l'apport d'aides-éducateurs et d'intervenants extérieurs. Par ailleurs, de nouvelles formes d'organisations scolaires, périscolaires et extra-scolaires se sont développées ces dernières années.

C'est pourquoi, plus que jamais, les directeurs et les enseignants, chacun pour ce qui les concerne, doivent rester les coordinateurs et les garants de l'organisation pédagogique et éducative du temps scolaire. C'est à eux que revient la responsabilité de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles, d'articuler les diverses interventions, d'en fixer les objectifs et d'en évaluer les résultats. Ils sont ainsi, vis-à-vis des parents, des interlocuteurs privilégiés travaillant à la mise en œuvre des finalités générales de l'école dans des situations et des contextes spécifiques. Ils contribuent, de ce fait, à incarner de manière précise et à travers des activités diverses le projet éducatif national.

Pour éviter discontinuité et éparpillement du temps et des activités de l'enfant, et dans le souci que l'ensemble de ces activités participe de façon harmonieuse et complémentaire aux apprentissages de l'élève, aux progrès et à l'équilibre de l'enfant, il est nécessaire de veiller à la cohérence de toutes les interventions et à la coordination des actions des différents intervenants.

Pour cela, il importe d'identifier la nature exacte des apprentissages qui peuvent être effectués dans l'ensemble des activités proposées tout au long de la journée. À cet égard, il est nécessaire de veiller à éviter toute simplification et tout schématisme : chaque activité doit être analysée précisément afin d'identifier les acquisitions qu'elle permet dans tous les domaines.

Au plan institutionnel, et afin de garantir le caractère homogène des analyses, la recherche s'appuie sur le cadre de travail suivant pour effectuer des descriptions plus fines :

- le temps de l'enfant scolarisé comprend, d'une part, un temps familial (avec l'ensemble des activités sociales qui en dépendent), d'autre part, un temps de déplacement entre le domicile et l'école et, enfin, un temps passé dans le cadre de l'école.
C'est à ce troisième temps que la recherche s'intéresse ;

- le temps de présence dans l'école comprend lui-même :
. le temps d'enseignement dû réglementairement aux élèves (26 heures hebdomadaires sur 36 semaines). Pendant ce temps, l'enseignant peut solliciter l'aide d'aides-éducateurs ou d'intervenants extérieurs et faire appel à des ressources documentaires ou technologiques. Cette démarche s'effectue toujours sous son contrôle et son entière responsabilité. C'est l'enseignant qui fixe les objectifs, garantit les processus d'apprentissage et évalue directement les résultats ;
. le temps d'accompagnement dans toute sa diversité :
accueil des élèves, récréation, cantine, études, clubs, groupes d'intérêts, activités socioculturelles. Ce temps d'accompagnement peut être géré en partenariat avec d'autres acteurs que les enseignants mais les enseignants, notamment lorsqu'il s'agit d'activités effectuées dans l'enceinte de l'école, doivent pouvoir veiller à ce qu'une articulation existe avec le projet pédagogique, dans le cadre du projet d'école.
On voit ainsi que, au cours de la recherche engagée, le rôle nouveau de l'enseignant des écoles sera précisé. La recherche mettra à jour la définition possible de ce nouveau rôle et les conditions de son exercice.

4 - Les principes pédagogiques de la recherche
La recherche engagée s'inscrit délibérément dans un projet de transformation qui doit permettre à l'école d'être à elle-même son propre recours.

1 - La réussite de chacun des élèves requiert des pratiques diversifiées (collectives et individualisées, magistrales et expérimentales, orales et écrites, etc.) mobilisant des ressources multiples (ressources humaines et documentaires, technologies nouvelles et propositions de l'environnement, etc.) dans la perspective de la meilleure acquisition des contenus.

Afin de voir comment ce principe est mis en œuvre, il convient d'observer précisément les différentes activités proposées aux élèves en ne se contentant pas d'en décrire les modalités organisationnelles mais en regardant de près les modes d'apprentissage : qu'est-ce qui est acquis ? De quelle manière ? À quel niveau ? Avec quels transferts éventuels de l'acquisition à d'autres activités ou d'autres domaines? Quelles sont, dans l'apprentissage, les fonctions spécifiques de la situation, des ressources mobilisées, des personnes qui interviennent ?

2 - Les activités proposées aux élèves doivent s'effectuer selon des formes de regroupement adaptées aux objectifs poursuivis et aux besoins de chacun (enseignement par classe, groupes d'intérêts ou de besoins, études dirigées, tutorat, etc.).

Afin de voir comment ce principe est mis en œuvre, il convient d'observer précisément comment sont organisées les progressions à l'intérieur des cycles et entre ceux-ci, comment et à quelles fins sont utilisées des procédures telles que le décloisonnement, quels sont les critères de répartition des élèves dans l'ensemble des regroupements proposés, quelle est la mobilité des élèves entre les différents groupes auxquels ils participent. À cet égard, il conviendra d'être particulièrement attentif à la question de "l'enfermement" des élèves dans des modalités de travail, de l'effet ségrégatif ou, au contraire, intégratif, des groupes à objectifs spécifiques. C'est dans ce cadre que l'on pourra examiner la question de la place de dispositifs particuliers d'aide et de prise en charge de certains élèves.

3 - Les enseignants sont responsables de l'articulation de ces activités sur la journée, la semaine et l'année scolaire afin de garantir leur cohérence et de permettre à tous d'atteindre les objectifs de l'école primaire.

Afin de voir comment ce principe est mis en œuvre, il convient d'observer comment s'effectue la concertation entre les différents intervenants : les enseignants entre eux, les enseignants avec les aides-éducateurs, les enseignants et les intervenants extérieurs. On analysera également sur quoi porte cette concertation, quel est son statut, quelle place occupe la définition des objectifs communs et des objectifs spécifiques poursuivis par chacun.

Dans ce registre, il conviendra de se demander si l'interaction entre les différentes activités et leurs acquis fait bien l'objet d'un travail commun : peut-on identifier des transferts d'acquisition, des déblocages, des progressions dans un domaine qui puissent servir de points d'appui pour favoriser les progressions dans un autre, etc. ?

4 - Un suivi personnalisé prenant en compte le parcours de chacun doit être mis en place avec des outils adéquats. Il permet l'organisation au sein de l'école des recours nécessaires en cas de difficulté et sert de base au dialogue avec les parents.

Afin de voir comment ce principe est mis en œuvre, il convient d'observer les modalités précises d'évaluation utilisées et leurs fonctions.
Pour cela, on étudiera de près les outils employés, la manière dont ils sont mis en circulation, la façon dont ils sont reçus par les élèves et les parents. On s'interrogera sur les principes qui régissent l'évaluation mise en œuvre et, surtout, sur la manière dont cette évaluation mise au service de l'inventivité pédagogique permet d'imaginer des dispositifs de remédiation et contribue à la progression de chaque élève.


5 - L'organisation de la recherche
Le pilotage de la recherche est confié à l'INRP. L'institut est assisté par un comité national de suivi présidé par le directeur de l'INRP. Ce comité comprend dix-neuf membres. Il veillera à ce que toutes les équipes de chercheurs travaillent en respectant le protocole de recherche rédigé par l'INRP.

Un chef de projet académique est désigné par le recteur, en concertation avec le directeur de l'INRP. Ce chef de projet a une bonne connaissance de l'école primaire, il possède une expérience de l'animation d'équipes et du travail en réseaux ainsi qu'une très solide expérience de la recherche. En effet, c'est lui qui garantit, sous l'autorité scientifique de l'INRP et dans le cadre du protocole national de recherche, la qualité des travaux menés.

Ses tâches consistent à :
- constituer le groupe académique de recherche,
- coordonner et animer, avec lui, la recherche au niveau académique,
- mettre en réseau les équipes engagées,
- organiser la recherche sur le terrain pour qu'elle puisse s'effectuer dans les meilleures conditions,
- participer aux rencontres nationales permettant la cohérence de l'opération,
- participer à l'organisation des colloques académiques et des rencontres départementales.

Le chef de projet académique anime, en coordination permanente avec l'INRP, l'équipe de recherche dont il se sera entouré. Celle-ci peut comprendre des formateurs de l'institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), des universitaires (enseignants-chercheurs en sciences humaines...), des professionnels de terrain (des enseignants maîtres-formateurs, des instituteurs et des professeurs des écoles, des directeurs, des membres des mouvements pédagogiques...).

Les services académiques facilitent le travail du chef de projet académique, des équipes et des chercheurs.

La recherche débutera en janvier 1999 ; un premier colloque départemental ou académique se tiendra à la fin de l'année civile 1999.
L'accompagnement des écoles et la recherche se poursuivront pendant trois ans.

Les écoles engagées sont associées à la recherche. Elles construisent, avec l'aide de l'équipe académique, des éléments de réponses aux questions posées par les différents principes pédagogiques de la recherche.


Fait à Paris, le 20 novembre 1998
Le directeur de l'Institut national de recherche pédagogique
Philippe MEIRIEU

Annexe 1


UNE REPRÉSENTATION DU TEMPS À L'ÉCOLE

le temps à l'école (représentation)

Annexe 2


PREMIERE GRILLE D'ANALYSE DES MODALITÉS D'ORGANISATION PÉDAGOGIQUE ET DU PARTENARIAT UTILISÉS DANS LES ÉCOLES

1 - Montrer comment l'organisation du temps d'enseignement garantit la cohérence des apprentissages et des activités des élèves

- étudier la définition et la pertinence des modalités retenues pour faciliter ces apprentissages (leçons, recherches individuelles ou en groupe, groupes classe, groupes cycle, groupes de besoins, groupes d'intérêts ou de choix, monitorat entre élèves, soutien, rééducation, études dirigées, clubs, ateliers, etc.), ainsi que toutes les combinaisons possibles de ces différentes modalités et la manière de les encadrer,

- observer le contenu des différentes interventions tout au long de la journée scolaire,

- identifier la qualité et le nombre des différents intervenants,

- analyser les systèmes d'évaluation et de remédiation du travail, des résultats et du comportement des élèves,

- repérer l'intégration à l'enseignement de l'informatique et des techniques modernes d'information et de communication.

2 - Montrer comment l'organisation d'un temps hors enseignement garantit la meilleure cohérence avec le temps d'enseignement

- étudier la manière dont l'organisation générale de ce temps a été pensée, y compris le temps de pause du déjeuner et celui des études surveillées,

- observer la place, la durée et l'organisation des récréations,

- décrire le contenu des différentes interventions et leur articulation avec les activités scolaires,

- analyser le prolongement des acquis tant scolaires que comportementaux,

- repérer les différents cadres institutionnels d'interventions.

3 - Montrer comment l'organisation du travail des équipes pédagogiques et éducatives garantit la cohérence des différentes interventions et la coordination des différents intervenants

- repérer l'objectif et la périodicité des réunions de travail des équipes,

- décrire les modalités de diffusion de l'information aux différents partenaires (membres des équipes éducatives et de circonscriptions, enfants, parents, municipalités, associations),

- analyser les modalités de formation des différents partenaires (enseignants, aides-éducateurs, intervenants extérieurs).