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3 questions à Claudie Haigneré

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1 octobre 2012

Première femme astronaute française et européenne, Claudie Haigneré est depuis 2010 Présidente d’Universcience, l’établissement public de culture scientifique et technique issu du regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’Industrie. Elle a également exercé des responsabilités politiques en tant que Ministre déléguée à la Recherche et aux nouvelles Technologies (2002) puis aux Affaires européennes (2004).

 

 

- Vous êtes membre du groupe de travail « La réussite scolaire pour tous ». Comment voyez-vous votre rôle au sein de la concertation ?

 

En tant que présidente d’Universcience, l’établissement public issu de la fusion entre le Palais de la découverte etla Citédes sciences, j’interviens pour faire entendre la voix de la culture scientifique et technique dans les réflexions sur l’éducation culturelle des élèves. Universcience n’est pas seulement la réunion de deux sites parisiens, il est aussi un pôle national de référence qui fédère un réseau de 500 acteurs répartis sur tout le territoire : associations d’éducation populaire, centres de sciences régionaux, muséums, planétariums, organismes de recherche, etc. Toutes ces structures, de statut et de taille divers, partagent le même objectif celui d’élargir l’accès à la culture scientifique et technique, en complément des enseignements transmis à l’école.

 

Je me réjouis que l’atelier sur l’éducation culturelle intègre d’emblée la dimension scientifique. Aujourd’hui plus que jamais, les sciences mais aussi les techniques, comprenant le numérique doivent faire partie intégrante du bagage culturel minimum de tout futur citoyen, pour qu’il dispose de repères fiables et solides pour s’informer, s’orienter et in fine participer de façon responsable et éclairée au développement de notre société.

 

Par ailleurs, les ressources, les projets pédagogiques et les formations proposées donnent aux acteurs de la culture scientifique et technique une véritable plus-value éducative, qui doit être davantage mise au service de la jeunesse. Pour cela, il nous faut consolider le partenariat avec l’école, sur les territoires, afin de proposer ensemble un véritable parcours culturel pour chacun. Mes propositions iront en ce sens.

 

 

 - Qu’entend-on par « culture scientifique » ? Les enseignements scientifiques actuellement dispensés dans le cadre des programmes scolaires ne suffisent-ils pas ?

 

Si l’on s’en réfère à la dernière enquête PISA 2009 de l’OCDE, le niveau en maths et en sciences des élèves français de 15 ans est faible et en baisse. Une des causes de cette baisse très préoccupante tient dans le fait que les enseignements souffrent d’être trop théoriques, trop désincarnés. La dimension culturelle des sciences demande à être renforcée dans les disciplines scolaires. Mettre ces enseignements « en culture », c’est chercher à donner du sens aux savoirs en les replaçant dans leur contexte sociétal, historique, culturel, en les incarnant davantage, en les décloisonnant et en les intégrant. C’est aussi développer d’autres pédagogies d’apprentissage : il faut valoriser la pratique des projets culturels à l’école, qui stimulent la capacité des enfants à collaborer, à co-créer. L’éducation culturelle, c’est aussi d’organiser les rencontres et le dialogue entre les différents acteurs du temps éducatif à l’école et en dehors de l’école au service de l’enfant et de ceux qui les encadrent.

 

Par ailleurs, dans l’organisation actuelle du système d’orientation, la voie scientifique est la voie d’excellence. Conséquence fâcheuse : la grande majorité de ceux qui s’orientent vers les autres filières se sentent « nuls en sciences », s’en désintéressent, quant ils ne les rejettent pas. Or paradoxalement, ces mêmes jeunes s’avèrent souvent être passionnés par des domaines directement liés aux sciences et aux techniques. Que l’on pense à l’attrait pour les jeux vidéo !

 

Si nous voulons construire une société de la connaissance durable et solide, il est indispensable que la curiosité et le goût des sciences ne soient pas réservées aux 20% d’élèves ayant suivi la voie scientifique : l’ «illettrisme» scientifique est aussi un danger pour notre démocratie. C’est pourquoi les acteurs de la culture scientifique et technique partent souvent de la culture vécue des jeunes pour la mettre en lien avec les enseignements acquis à l’école. En montrant les savoirs scientifiques et techniques sous un autre jour, ils contribuent à redonner la curiosité et l’envie de comprendre, le développement de l’esprit critique, l’audace de créer et d’entreprendre, en donnant des outils pour l’autonomie et la prise de risque calculée.

 

 

- En quoi l’acquisition de cette culture scientifique contribue-t-elle à la réussite scolaire des élèves ?  

 

Je dis souvent que la culture scientifique n’est pas uniquement une formation aux sciences. C’est aussi une formation par les sciences : la méthode scientifique développe des aptitudes et des compétences indispensables à la réussite scolaire et sociale : poser une hypothèse et la vérifier avec méthode et rigueur, s’appuyer sur des faits et non sur des préjugés, développer son sens critique, son esprit d’analyse et sa capacité de synthèse, etc. Autant d’apprentissages utiles au cours de sa scolarité et bien au-delà !

 

Il ne faut pas oublier la culture technique, encore trop souvent absente des débats sur l’éducation culturelle, alors qu’elle est porteuse de savoir-faire et de savoir-être des plus valorisés dans notre société et plus largement dans la civilisation numérique. Des aptitudes comme la créativité, l’innovation, la prise de risque, l’esprit d’entreprendre ne sont pas innées mais se cultivent. Sans compter que la reconnaissance de la culture technique dans le socle de culture générale contribuerait à revaloriser la place des filières professionnelles dans le système éducatif.

 

Enfin, la culture scientifique et technique peut contribuer à la réussite des élèves en leur ouvrant des nouvelles perspectives professionnelles : les professionnels de la culture scientifique et technique sont engagés dans la promotion des métiers de la recherche et de l’ingénierie, qui souffrent d’une crise relative de vocations, tout particulièrement chez les jeunes filles. Nombre d’entre nous agissent comme des plateformes facilitant les rencontres entre les jeunes et le monde professionnel. Cette dimension de l’éducation culturelle demande à être mieux reconnue et valorisée par l’institution scolaire.

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